Wynne Farm : Un site à protéger absolument

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Wynne Farm par : PHILIPPE ELIE

La réserve écologique Wynne Farm de Kenscoff est en danger. Des squatters et pillards ont pris pour cible cette ferme qui existe en Haïti depuis près de soixante ans et tentent de la réduire à néant. Un vandalisme qu’il faut stopper au plus vite.
Par James Exalus

Les attaques ont débuté le 22 mars 2014. Des pillards sont entrés sur l’habitation Wynne Farm à Kenscoff (dans le département de l’Ouest) et ont commencé par abattre les arbres, les empiler et les emporter.

SÉMINAIRE ET VISITES se multiplient sur les lieux. Par : PHILIPPE ELIE
SÉMINAIRE ET VISITES se multiplient sur les lieux.
Par : PHILIPPE ELIE

Le gardien, battu sauvagement, est laissé pour mort. Les chevaux, qui broutaient de l’herbe tranquillement, sont attaqués et blessés à coups de couteau et de bâtons ; les stocks de nourriture volés. Une journée d’enfer. Depuis ce jour, l’horreur s’est renouvelée plus d’une fois. Wynne Farm est devenu le terrain de prédilection des assaillants. La police, qui est passée voir quelques dégâts une fois, s’est retirée, annonçant n’être pas qualifiée pour gérer des « conflits terriens ». Wynne Farm apprend, médusé, qu’il s’agit d’une histoire de terres. Au cours de ce mois de septembre 2015, des tractations se font autour de la propriété : les assaillants se déclarent propriétaires de la Wynne Farm.

PHOTOGRAPHIES PAR PHILIPPE ELIE
PHOTOGRAPHIES PAR PHILIPPE ELIE

Et se donnent tous les droits, à commencer par celui de vouloir vendre la propriété au plus offrant. « Cette affaire de terres est une invention », signale Melissa Day. Elle a été élevée sur l’habitation, possédée par Victor Wynne depuis près de soixante ans. « Toute tentative de vente de cette propriété est illégale » affirme-t-elle avec force. Wynne Farm est une réserve écologique mondialement connue, un espace vert bien préservé depuis des années en Haïti.

PHOTOGRAPHIE PAR PHILIPPE ELIE
PHOTOGRAPHIE PAR PHILIPPE ELIE

La conservation de la nature et l’éducation environnementale en Haïti demeurent les priorités de cette institution. Se battre pour survivre Aujourd’hui Wynne Farm se bat pour survivre. Des avocats sont venus spontanément sur les lieux pour empêcher le pire. Les frais juridiques restent à couvrir. Les assaillants dans les parages attendent une nouvelle occasion pour foncer, guidés, selon les responsables de la ferme, par « une puissante autorité » qui veut mettre la main sur la propriété. Melissa Day garde son calme : « Nous sommes agressés et nous ne voulons pas en rester là. Nous voulons faire respecter nos droits et faire comprendre qu’il n’y a aucun problème foncier qui nous concerne ! » Elle compte ériger une clôture autour de la réserve et augmenter les effectifs de

MELISSA DAY ET SA MÈRE JANE WYNNE, propriétaires de la Wynne Farm. par : DANIELLE DREIS
MELISSA DAY ET SA MÈRE JANE WYNNE, propriétaires de la Wynne Farm.
par : DANIELLE DREIS

« NOUS NE NOUS LAISSERONS PAS INTIMIDER »

 

LA WYNNE FARM est en activité depuis 1956 par : PHILIPPE ELIE
LA WYNNE FARM est en activité depuis 1956
par : PHILIPPE ELIE

sécurité pour empêcher la coupe abusive d’arbres sur sa propriété. Et d’insister sur la mission que s’est donnée le fondateur de ce site : « Victor Wynne a toujours voulu célébrer la nature haïtienne, prendre soin de la Terre, l’une des plus nobles entreprises de l’être humain. S’en occuper est l’une des fonctions les plus importantes pour notre propre préservation. Nous sommes tous interconnectés. À Wynne Farm, nous avons la volonté de nous battre pour cette cause et nous ne nous laisserons pas intimider ! » De la responsabilité du gouvernement de protéger le site Au cours d’une rencontre avec des écoliers sur le site de Wynne Farm, Melissa Day se montre réellement passionnée : « Nous n’allons pas laisser faire, ni nous croiser les bras. Nos mots, nos pensées et chaque action comptent. Si nous unissons nos forces, nous pouvons faire une différence. Nous devons honorer et célébrer ensemble la Terre-Mère sans nous laisser décourager par des personnes qui veulent couper des arbres pour vendre du charbon de mort. C’est un privilège pour nous de faire partie de cette grande planète Terre, mais avec ce privilège vient la responsabilité. Nous ne devons plus être passifs et insouciants. » Wynne Farm nous rappelle que nos actions ont un impact significatif sur l’existence et le maintien de la vie sur terre : « En novembre aura lieu la Conférence internationale sur les changements climatiques à Paris. Nous devons savoir que, peu importe où nous vivons dans le monde, les choix que nous faisons dans notre vie quotidienne peuvent assurer une planète plus saine aujourd’hui et pour les générations futures. » Cette réserve écologique doit pouvoir poursuivre son objectif de protection et de partage des connaissances, comme elle le fait depuis des années. C’est de la responsabilité du gouvernement, actuellement totalement inactif sur ce sujet, de protéger vraiment ce site. Il est temps de réagir.

La mission de la Wynne Farm
La réserve écologique de Wynne Farm s’étend sur 30 hectares dans les montagnes de Kenscoff, à une altitude de 1 800 m. Son but est d’enseigner la gestion des sols par des méthodes de conservation moderne et, ainsi, de défendre la nature et préserver des plantes en voie de disparition. Différentes espèces d’arbres y sont soignées pour l’agroforesterie. L’eau stockée en quantité est redistribuée à la communauté. La réserve vit de la vente de ses produits horticoles, des frais payés par les visiteurs, des dons et séminaires de formation. Un exposé sur la biosphère, la biodiversité, la pollution, la déforestation, l’érosion et la nécessité de protéger la terre pour les générations futures accompagne toujours les visites qui durent 45 minutes. Les touristes peuvent notamment découvrir les méthodes de recyclage de papier pour l’artisanat, la fabrication de cartes avec des fleurs séchées, l’usage artistique du bambou, la fabrication des briquettes pour la cuisson, le compostage, la cuisson solaire, le jardinage ou encore la création de terrarium. « C’est tout cela qui se trouve menacé aujourd’hui. Et c’est tout cela qu’il faut absolument défendre », conclut Melissa Day.