Witzer Cyprien

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Photographie par Cossy Roosevelt / Challenges

De 2002 à 2015, l’entrepreneur Witzer Cyprien n’a pas lésiné sur les moyens pour faire prospérer Thiotte, sa ville natale. Agronome de formation, il envisage de concevoir en 2016 de nouveaux modèles d’affaires pour lancer cette commune sur la voie du développement durable.

Witzer Cyprien voit le jour le 28 novembre 1968 à Thiotte, chef-lieu de l’arrondissement de Belle-Anse, dans le département du Sud’Est. Il y décroche son certificat d’études primaires en 1982 puis arrive à Port-au-Prince en 1990 pour boucler son cycle du secondaire. Elevé dans une famille attachée aux valeurs de la terre, il préfère la faculté d’Agronomie à l’Académie militaire où la plupart de ses amis s’enrôlent la même année. Cinq ans plus tard, son diplôme d’agronome en main, il se rend à Plaisance où il approfondit à titre de stagiaire ses connaissances dans des projets de conservation de sol et d’adduction d’eau potable. Après sept ans de perfectionnement, il décide de retourner dans sa ville natale pour mettre ses projets à exécution de concert avec des groupes communautaires de la région. Il retrouve ainsi, en 2002, une commune qui a du mal à se lancer sur la voie du développement et de la modernité. Réputée pour ses mines de bauxite qui attendent d’être exploitées, Thiotte tente de mobiliser ses ressources humaines et adopte les idées de Witzer Cyprien. Un espace socioculturel, le club Le Caféier, est créé en 2004 qui mobilise les jeunes de la zone autour de séances de réflexion ciblant les contraintes entravant le développement soutenable de la région. Des réunions et des séminaires sont par ailleurs organisés sur les mêmes thématiques par des organisations non gouvernementales locales et internationales. Convaincu que le développement durable de Thiotte passe par l’éducation des enfants et le développement de compétences répondant aux besoins actuels et futurs, il finance les études des jeunes et facilite l’accès des finissants à des stages qui leur permettent, entre autres spécialités, de maîtriser les techniques de production agricole et de conservation des sols. Witzer Cyprien devient ainsi un véritable leader communautaire et un entrepreneur avisé qui fonde la première entreprise de matériaux de construction de Thiotte, permettant ainsi d’offrir de nouvelles opportunités dans le bâti.

Le défenseur de l’environnement
En 2005, une année après les graves inondations qui ont dévasté la commune de Fonds-Verrettes, il lance le projet « Espace vert ». Objectif : réhabiliter l’environnement en produisant annuellement plus d’un million de plantules d’arbres forestiers et fruitiers. Il accorde une importance capitale à la production de café d’autant que des plantations entières sont menacées par la rouille et le scolyte. En 2015, il distribue plus de 10 000 plantules à des paysans dans le cadre d’une stratégie d’amélioration de la couverture boisée des sols. Il s’investit par la suite dans la relance de la production agricole par la production de semences (maïs, haricot) dont 92 % des grains passent avec succès les tests de germination. Il devint, jusqu’en 2014, le principal fournisseur en semences du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) et des projets financés par la communauté internationale contre l’insécurité alimentaire. Witzer Cyprien mobilisa également des ressources pour mettre sur pied un centre de production de centaines de milliers de plantules de bambou. Le profit généré par ces initiatives est partagé sous forme de salaires avec les personnes engagées dans la mise en œuvre de ses projets. L’agronome se réjouit d’avoir ainsi contribué à renforcer la protection des bassins-versants de la commune.

Aujourd’hui, Witzer Cyprien concentre ses efforts dans la construction d’infrastructures hôtelières pour créer des opportunités d’un développement touristique dans la zone. Il a fait construire trois édifices pouvant accueillir des touristes locaux et étrangers, dont un de standard international destiné aux VIP. Tous les investissements consentis depuis son retour ont eu des retombées positives sur la communauté thiottelaise qui attend maintenant de l’Etat haïtien des infrastructures routières indispensables à son développement.

Cossy Roosevelt