Widlyn Dornevil

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Timothé Jackson/ Challenges
Timothé Jackson/ Challenges

Ancien Président de la Jeune Chambre internationale (JCI Haïti) et Jeune ambassadeur de la Francophonie des Amériques, Widlyn Dornevil détient une Maîtrise en communication et relations publiques (Université Laval, Canada), une licence en communication sociale (UEH, Haïti) et un diplôme en coordination de projets humanitaires (Thaïlande).

De l’avis des sceptiques, Haïti est le pays de toutes les crises. La population est confrontée depuis plus de 50 ans à l’effondrement de l’État, à la déliquescence des institutions républicaines et au règne de la corruption. Ajouter à ce lot : les effervescences politiques, les catastrophes naturelles, le chômage généralisé et l’insécurité. Devant une telle situation, peut-on espérer voir déclencher le véritable processus de développement d’Haïti dans les mois qui viennent ? Quand on considère les engagements pris par des citoyennes et citoyens haïtiens responsables, les initiatives entrepreneuriales et sociales des jeunes, et les mouvements de solidarité déclenchés après des intempéries de grande ampleur, ce rêve est encore possible. Mais pour y arriver, il faut d’abord avoir le courage de questionner nos élites, reconnaître la place de la jeunesse dans un tel processus et ensuite harmoniser nos efforts devant déboucher sur une alternative politique capable d’améliorer les conditions d’existence de la population.

Les élites haïtiennes n’ont pas réussi jusqu’ici à orienter le pays vers le progrès social et économique. L’explication est simple : elles sont depuis toujours déconnectées de la réalité. Les murs en béton érigés devant quelques entreprises commerciales après les évènements de juillet 2018 démontrent qu’on évolue encore dans le système qui veut que « chak koukouy klere pou je yo ».

«TANT QUE LES JEUNES HAÏTIENS MAINTIENDRONT LA MOBILISATION CONTRE L’INACCEPTABLE, IL RESTE DE L’ESPOIR POUR LA DÉMOCRATIE.»

Face à l’inexistence de l’autorité de l’État, tout un chacun est en droit d’assurer sa sécurité à sa manière et en fonction des moyens dont il dispose. Celles et ceux dépourvus de tout n’ont pas d’autre choix que de s’attaquer au gouvernement pour que ce dernier puisse assumer ses responsabilités. Plus de 80 % des manifestants qui occupent généralement les rues, comme on l’a vu lors de la mobilisation du 17 octobre pour demander que lumière soit faite sur l’utilisation du fonds Petro Caribe, sont des jeunes de 18 à 35 ans. Pourtant cette force n’est toujours pas prise en compte et est loin d’être considérée par l’État comme le moteur du changement. Nul ne peut oser minimiser la mobilisation pour la reddition des comptes des petrochallengers parce qu’elle a réussi à changer la donne. Beaucoup diront qu’il s’agit de manœuvres dilatoires de la part du pouvoir quand par exemple des proches du président Jovenel Moïse indexés dans le plus grand scandale de corruption jamais enregistré dans le pays sont écartés. Les plus optimistes croient que ce mouvement va déboucher sur un procès historique. L’opinion publique suit aussi de près le dossier de trafic illégal d’armes à feu dans lequel l’ancien directeur général de la Police Nationale d’Haïti, Godson Orélus, et bien d’autres personnalités importantes sont accusés d’implication. La justice qui agit de manière à redorer son blason laisse comprendre qu’il est possible de changer bien des choses en Haïti et d’entamer définitivement le virage vers l’État de droit et le développement. Au même titre que le ministère de la justice et de la sécurité publique, les autres institutions de la République sont gangrenées par la corruption et certaines sont déjà pourries jusqu’aux os. À dire vrai, c’est le pays en entier qui est malade, comme l’indique le contexte actuel caractérisé par un dysfonctionnement généralisé ces trois dernières décennies. Mais tant que les jeunes maintiendront la mobilisation contre l’inacceptable, il y a de l’espoir que les autorités se décident à combattre véritablement la corruption et sévir contre notamment les dilapidateurs du fonds Petro Caribe. Les cas de fraudes pendant les joutes électorales sont légions, affectent trop souvent la crédibilité des résultats et l’image même des élus qui constituent le personnel politique appelé à renforcer la démocratie. Il faut tracer des exemples. En ce sens, le dossier de l’ex-conseillère électorale Yolette Mingual est instruit par le juge d’instruction Wilner Morin. Les opposants avec à leur tête Moïse Jean Charles croient que tout changement réel passe par la démission de Jovenel Moïse et le chambardement total du système en place.