Vivres et légumes: Pour faire face à la famine dans le grand sud

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DES ZONES EN haute altitude dans le grand Sud peuvent produire des fruits et légumes en quantité
DES ZONES EN haute altitude dans le grand Sud peuvent produire des fruits et légumes en quantité

Alors que des voix s’élèvent pour demander que l’Etat d’urgence soit déclaré sur la Grand-Anse, entre autres départements ravagés par l’ouragan Matthew début octobre 2016, les autorités s’éternisent à enquêter et évaluer. Des investissements dans les légumes et les vivres aideraient à juguler la famine tout au long de l’année, estiment les agriculteurs.

Ma question se pose à travers la capitale et dans les régions concernées :
que font les autorités pour faire face à la famine qui frappe les populations du Grand Sud ? Dans la Grand-Anse, certains insistent sur la nécessité de mettre sur pied un plan d’urgence pour sortir du chaos dans lequel le département est plongé. Si les paysans ont dû faire face à des pluies diluviennes quelques semaines après l’ouragan, une longue période de sécheresse a sapé leurs tentatives de se doter d’un minimum de moyens de subsistance. Le soleil a malheureusement grillé les plantations de maïs, de pois et de légumes en pleine croissance au cours des mois de janvier et février. Une situation qui se complique de  plus en plus au point que la tendance à l’exode se renforce alors que ceux qui étaient déjà partis vers les villes, principalement Port-au-Prince, ne songent pas à retourner au bercail.

Pour le déploiement de techniciens agricoles

PLACIDE LUCTONG/ CHALLENGES
PLACIDE LUCTONG/ CHALLENGES

L’information inspire la pitié à Port-au-Prince.  La situation va de mal en pis dans la Grand-Anse où la famine s’enracinerait de plus en plus dans les foyers paysans. Elle préoccupe Valet, un vieil homme réfugié à Port-au-Prince depuis près de deux mois. En fait, ce septuagénaire était venu se reposer un peu après avoir travaillé durement pour reconstituer ses plantations de maïs et de pois. Son espoir de pouvoir recommencer à remplir le grenier de la famille était grand par rapport à la précarité qui caractérise la nouvelle réalité de la région depuis le passage de Matthew. Son espoir tourne au désespoir après avoir appris que toutes les plantations ont été détruites et, par conséquent, Valet est obligé de prolonger son séjour à Port-au-Prince. Six mois après le passage de Matthew, les autorités haïtiennes évaluent encore l’ampleur du chaos dans les départements du Sud, des Nippes et de la Grand-Anse. Ce que conteste le maire de Dame-Marie, Gilbert Jean, lors d’une Table Verte qui s’est tenue à Port-Salut les 30 et 31 Mars. Il a fait part de son désappointement du fait que l’État traîne à organiser des « rassemblements pour identifier des problèmes et les classer ». Les problèmes sont connus depuis longtemps, a-t-il dit. L’heure, selon l’édile de Dame-Marie, est au déploiement des agronomes et des agents agricoles dans la paysannerie pour former les producteurs à la relance de l’agriculture, le reboisement, la protection de l’environnement, en général.

Le maire Gilbert Jean a d’autant plus raison que le Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) vient de clôturer une Enquête Nationale de Production Agricole. Il s’agit de « collecter des données fiables et pertinentes sur la production des principales cultures et l’élevage des principales espèces exploitées dans le pays », peut-on lire sur le site www.agriculture.gouv.ht. « Les résultats de cette enquête serviront à l’État, aux ONG, aux Organisations Internationales, à l’Université, aux associations, coopératives, groupements, aux planteurs pour la prise de meilleures décisions en matière de politiques, de stratégies et d’interventions dans le cadre du développement du secteur agricole et du monde rural ».

L’alternative…

Toutefois, en attendant la disponibilité des résultats de ces enquêtes et rassemblements, la situation des populations du Grand Sud risque de s’aggraver davantage. Des voix s’élèvent pour demander que l’État d’urgence soit déclaré sur la région, notamment sur la Grand-Anse, qui a été sévèrement dévastée. Ainsi, le gouvernement mobiliserait des fonds aux fins d’investissements dans les filières qui donnent des récoltes qui s’échelonnent sur six mois. Et c’est ce que défend Valet qui reste convaincu que l’intervention publique devrait porter sur les légumes d’abord et les vivres et tubercules, ensuite. Père de huit enfants, dont cinq résident actuellement à Port-au-Prince, Valet est prêt à regagner les Iles-Blanches d’où il est originaire pour offrir sa contribution à une telle politique, si les autorités politiques décidaient de la mettre en œuvre. Il s’estime assez expert pour y jouer un rôle. Le vieux, encore gai, est persuadé que si l’État investissait un peu d’argent dans des légumes comme le mirliton, le chou et le giraumon, la famine n’aurait pas eu le temps de s’abattre sur la population.

Malgré tout, il n’est pas trop tard, selon Donis, qui vient de fuir sa région natale pour échapper à la famine mais qui malheureusement est accueilli par le chômage qui mène la danse à Port-au-Prince. « Au contraire des arbres fruitiers tels que l’Arbre Véritable, le Manguier, les Avocatiers, les Cocotiers, entre autres, qui se développent sur plusieurs années, il faut entre six et dix mois pour tirer de la patate douce, de l’igname, du manioc et de la pomme de terre de la terre », argumente le trentenaire, qui fait aussi remarquer que même une plantation de bananiers fournirait à manger en peu de temps.

Les autorités haïtiennes ont révélé que Matthew aurait provoqué des dégâts évalués à 2 milliards de dollars dans la Grand-Anse, les Nippes, le Sud et le Sud-est, les 3, 4 et 5 octobre 2016.

Guamacice Delice