Venezuela, un pays qui se meurt

24
Istock/ Getty Images
Istock/ Getty Images

La sortie de crise au Venezuela n’est pas pour demain. La réélection contestée de Nicolas Maduro n’a fait qu’aggraver la situation sociopolitique et économique, selon ce que rapportent les médias locaux. Des analystes, comme Mirlande Hyppolite Manigat, craignent un renversement brutal via un coup d’État ou une intervention militaire étrangère.

Mirlande Hyppolite Manigat a le cœur déchiré devant la dégradation actuelle de la situation politique et économique du Venezuela, ce pays que la dirigeante démocrate-chrétienne aime tant. Elle y a passé, avec son défunt mari, l’ancien président de la République d’Haïti, Leslie François Manigat, huit années d’exil, après avoir fui la dictature de Jean-Claude Duvalier, de 1978 à 1986.

Madame Manigat se réjouit aujourd’hui encore d’avoir été bien accueillie dans le pays de Hugo Chavez où elle compte toujours de nombreux amis, notamment au sein du Comité d’Organisation Politique Électorale Indépendante (COPEI), membre, tout comme son parti le «Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes» (RDNP), de l’Organisation Démocrate-Chrétienne d’Amérique (ODCA). Je ne peux m’empêcher de penser que c’est regrettable, se désole-t-elle, en référence à la présidentielle anticipée organisée le 20 mai dernier dans la République bolivarienne, boycottée par l’opposition réunie au sein la Table de l’unité démocratique (MUD) et contestée par de nombreux pays de la communauté internationale, y compris des membres de l’OEA et l’Union Européenne. C’est un pays qui aurait pu être leader en Amérique Latine, soutient-elle, pour s’être débarrassé depuis 1958 de la dictature et pour avoir entamé, avec succès, la construction démocratique. Même s’il persistait, certes, concède-t-elle, des problèmes d’équilibre social, d’injustice sociale. Mais le socialiste Carlos Andres Perez (1974 à 1979 et 1989 à 1993) avait commencé à rectifier les choses qui auraient pu évoluer, pense-t-elle, dans le sens de ce rééquilibrage social, sans pour autant tomber dans l’excès auquel elle assimile le chavisme. Celle qui a enseigné les relations internationales à l’Université Simón Bolívar de Caracas (de 1978 à 1986) constate un pays pris dans un étau, bien que disposant d’un fort appui, avec les 3 millions de barils de pétrole exportés chaque jour et la possession des plus grandes réserves mondiales d’or noir (18 %, soit 3 % de plus que l’Arabie Saoudite). Elle relève, d’un autre côté, une situation économique intenable qui porte les gens à franchir la frontière, certains pour aller vivre en Colombie et d’autres pour s’y procurer des produits de première nécessité. Un taux de chômage de 25 %, une inflation galopante et une monnaie nationale (le Bolivar, VEB) qui n’arrête pas de se déprécier, finissent d’assombrir le tableau dressé par la professeure Hyppolite Manigat.

Quelle issue possible ?
Elle ne veut pas se hasarder à émettre des hypothèses quant à l’issue de la crise vénézuélienne, se montrant prudente, surtout par rapport au scénario d’un renversement brutal via un coup d’État militaire ou une intervention militaire étrangère. Dans ce dernier cas, elle doute que les États-Unis et l’OEA puissent accepter d’assumer seuls la tâche d’occuper et de faire fonctionner ce pays grand quand même d’un million de kilomètres carrés. Quant à l’armée vénézuélienne, Mirlande Hyppolite Manigat identifie en elle le principal appui de Nicolas Maduro réélu pour un nouveau mandat de 5 ans. Pourtant, celle-ci s’interroge sur le degré de solidarité et de fidélité des militaires à l’actuel homme fort du Venezuela. Le cas de figure d’une décision finale de la rue ne lui semble pas non plus évident après l’échec des nombreuses manifestations des « anti-Maduro » au cours de la période ayant précédé la campagne électorale. Depuis sa réélection, Nicolas Maduro s’active à trouver les meilleures stratégies pour calmer les ardeurs. Entre autres décisions, il a augmenté le revenu minimum, le faisant passer à 5 196 000 VEB (65 dollars au taux de change officiel) et mise sur la tendance à la hausse du pétrole pour relancer l’économie vénézuélienne.

Rodrigue Lalanne