Une crise agricole majeure

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Photo by Tatiana Mora Liautaud / Challenges

Thomas Jacques a été ministre de l’Agriculture de mai 2012 à janvier 2015. Né le 2 octobre 1962, il détient une Maîtrise en Economie agricole. Il a ouvert la voie à l’investissement privé dans le secteur agricole, au renforcement de l’agriculture familiale et au développement de l’entreprenariat agricole avec plus de six cents millions de dollars d’investissements privés dans le secteur.

Monsieur le président de la République, en tant que citoyen concerné par les problèmes du pays, permettez-moi de vous suggérer certaines actions nécessaires afin d’endiguer cette crise alimentaire qui s’annonce et qui peut avoir des conséquences plus graves que la crise électorale que nous vivons présentement.

Je me réfère au dernier bulletin perspectives de la CNSA/FEWSNET qui identifie 37 communes en situation de crise en phase 3 pour la période octobre-décembre 2015. Cette situation risque d’empirer jusqu’aux prochaines récoltes de printemps prévues pour mai/juin 2016.

La CNSA estime entre 300 000 à 560 000, le nombre de personnes en crise au niveau des 37 communes et qui nécessitent des actions urgentes pour protéger leurs moyens d’existence, prévenir la malnutrition et les décès. A mon humble avis, ce nombre est aujourd’hui très sous-estimé, quand je regarde ce qui se passe dans certaines localités des communes de Terre-Neuve, Anse-Rouge, les communes du far-west du département du Nord-Ouest, certaines communes du département du Nord-Est, du Sud-Est (arrondissement de Belle-Anse) et même de la Vallée de l’Artibonite, etc.

Sans une réponse ciblée à cette situation d’insécurité alimentaire causée par la sécheresse, la situation va continuer à se dégrader durant les prochains mois jusqu’aux prochaines récoltes de la campagne agricole de printemps (mai-juin 2016) et je crains l’enregistrement sous peu des cas de décès à cause de la sous-alimentation, ce qui peut conduire le pays à une autre crise plus grave et plus difficile à résoudre immédiatement.

Monsieur le président de la République, permettez que je vous suggère de prendre immédiatement les actions suivantes (suggérées aussi par la CNSA) pour endiguer cette crise qui peut atteindre son pic dès les premiers mois de l’année 2016 :

  • Convocation des acteurs de l’humanitaire pour le renforcement des mécanismes de surveillance ;
  • Renforcement du financement des services préventifs et de prise en charge de la malnutrition ;
  • Mise en place immédiate d’activités à haute intensité de main-d’œuvre jusqu’au début de la prochaine campagne agricole (février/mars 2016), afin de créer des opportunités d’emploi pour les ménages comptant des membres aptes à travailler ;
  • Lancement d’un programme de stockage d’eau de pluie (citernes) et de ruissellement (microretenues, mares, lacs collinaires) au niveau des bassins-versants ;
  • Lancement immédiat d’un programme d’arboriculture fruitière ;
  • Support important pour la campagne agricole de printemps (réparation des systèmes d’irrigation, labourage, semences, engrais) ;
  • Renforcement des programmes de filet de sécurité alimentaire tels que des distributions de coupons alimentaires, des transferts monétaires ou des distributions alimentaires, en ciblant les ménages les plus vulnérables ;
  • Renforcement du financement des programmes d’alimentation scolaire.

J’ai l’honneur, Monsieur le président de la République, de vous prier d’agréer l’expression de ma très haute considération.