Une campagne électorale sans éclat ni argent

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Photographie de gauche à droite : Timothé H. Jackson / Challenges, Georges H. Rouzier / Challenges, Tatiana Mora Liautaud / Challenges

Contrairement à 2015, les candidats engagés dans la course électorale n’ont pas fait forte impression en termes de déploiement d’affiches géantes et autres supports coûteux. À l’exception de Jude Celestin et de Jovenel Moise qui ont pratiquement occupé tous les espaces disponibles et multiplié les sorties à travers le pays.

Un an après la présidentielle de 2015 marquée par de graves irrégularités et fraudes, qui ont d’ailleurs entraîné l’annulation de ce scrutin, le secteur privé haïtien est resté réticent, ceux de l’étranger prudents. La crise économique sans précédent, résultant de la persistance de l’impasse politique, a contraint le gouvernement provisoire à soustraire de son budget toute subvention aux partis. Certains d’entre eux, opposés à tout appui venant de sphères occultes, se sont contentés apparemment de fonds collectés auprès des membres, des amis d’ici et d’ailleurs. C’est le cas de Pitit Dessalines, sous la bannière de laquelle Moise Jean Charles brigue la plus haute fonction de l’État. Selon Mathias Pierre, qui fait office de chef de campagne, le budget de la Plateforme était limité à quatre millions de dollars américains. «On a privilégié la communication directe avec les populations des différentes zones du pays, les canaux de masse, radios, télévisions…On s’est gardé d’agresser les gens avec des dizaines de milliers de posters et des centaines de billboards », a expliqué le PDG de Gama. De son côté, Edmonde Supplice Beauzile s’est tout particulièrement tournée vers les médias pendant toute la campagne, même si, à une certaine mesure, elle s’est manifestée dans plusieurs départements géographiques du pays à travers quelques rassemblements. Outre les affiches, les t-shirts frappés à son effigie, arborant les couleurs de la Fusion des sociodémocrates distribués aux sympathisants, sont en partie des contributions. Avec un budget de moins de trois millions de dollars, elle n’allait pas pouvoir atteindre les résultats escomptés.

Tout un fossé…
L’argent faisant défaut, nombreux sont ceux qui sont passés totalement inaperçus ou presque. Dans cette catégorie, on retrouve le candidat du parti l’Union Nationale pour l’Intégrité et la Réconciliation (UNIR). Clarens Renois, interrogé par Challenges magazine, osait à peine parler de budget, sachant pertinemment que le parti n’allait bénéficier d’aucun support financier du secteur privé des affaires et de l’État haïtien cette année. Sans moyens économiques, il n’était pas à la hauteur face à des candidats poids lourds qui peuvent investir plus de vingt millions de dollars dans une seule campagne. Le célèbre journaliste haïtien fait allusion à Jovenel Moise du PHTK (le parti de l’ancien président Michel Martelly) et Jude Celestin de Lapeh (le dauphin de l’ancien président René Préval en 2011). Le PDG d’ Agritrans et l’ancien directeur du Centre national des équipements (CNE) peuvent exécuter aisément un package de l’ordre de 16 millions, estime le responsable d’UNIR. 16 millions, c’est le coût d’une campagne en Haïti (depuis 2011), estime Edmonde Supplice Beauzile, secrétaire générale de la Fusion et candidate à la présidence. Elle obtient ce chiffre en se basant sur les pro-forma collectés dans le cadre de sa campagne comme les panneaux d’affichage, les affiches, la location de tout terrain, les spots dans les médias, les impressions de t-shirt, casquettes, bracelets ou stickers, les déplacements héliportés…Pour une campagne « version intelligente », il faudrait inclure les distributions de billets de mille gourdes, les kits alimentaires, le financement des sondages et des manifestations pour influencer les résultats du vote, si l’on en croit les candidats interrogés ne figurant pas sur la liste des quatre potentiels (Jude Celestin, Moise Jean Charles, Jovenel Moise et Maryse Narcisse). « Il faudra enquêter sur la provenance des fonds pharaoniques utilisés dans leur campagne électorale. Dans un pays aussi pauvre où des gens meurent de faim…c’est insensé», dénonce Clarence Renois, démontrant du coup l’aspect illégal de l’extravagance électorale de certains.

Cossy Roosevelt


istock_26925326_large-ret-smQue dit le décret électoral ?

En son article 135-1, le décret électoral indique  « pour assurer un juste équilibre entre les compétiteurs, un plafond des dépenses est établi pour chaque niveau d’Assemblée électorale. Dans le cas d’un candidat au poste de Président de la République, il est limité à 100 millions de Gourdes. »

NB : Au 14 septembre 2016, il fallait 65.15 gourdes pour 1 dollar. Les prix de quelques matériels publicitaires en us$

BILLBOARDS
 8x10  8x20  16x40
8 x 10 8 x 20 16 x 40
1 MOIS  400.00 1,000.00 3,000.00
MENSUEL
(3 mois)
250.00 500.00 1,800.00

 

BANDEROLE
(2.5 x 20)
1-49 125.00
+ 50 105.00
+ 100 100.00

 

DBL FACE
1-49 205.00
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