Un centre pour la mémoire géologique

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Photo par Ralph Thomassaint Joseph / Challenges

Le premier centre de documentation géologique d’Haïti est en construction au Cap-Haïtien. Construit en mémoire de Fritz Pierre-Louis, il accueillera des étudiants et des chercheurs intéressés à la géologie du pays.

Dans la cour du Bureau régional Nord des Mines et de l’Energie au Cap-Haïtien, une structure est créée pour conserver et diffuser la mémoire géologique d’Haïti. Cet espace a été élaboré pour accueillir des étudiants et chercheurs travaillant sur la géologie du pays. Il est aménagé en dortoirs, cuisine, réfectoire, une salle de conférences d’une capacité d’accueil de 50 personnes, une salle d’exposition et une carothèque qui conservera les échantillons de roches prélevées par les compagnies minières opérant en Haïti.

Selon Ludner Remarais, directeur du Bureau des Mines et de l’Energie (BME), il sera facile de faire la promotion de la géologie d’Haïti à travers des visites guidées et des conférences. « Grâce à ce centre, nous pourrons résoudre quelques problèmes structuraux liés à l’environnement, l’aménagement du territoire, la recherche de l’eau et des mines. Il aidera aussi à avoir une meilleure connaissance de la sismologie et la tectonique d’Haïti », souligne-t-il.

En mémoire de Fritz Pierre-Louis
Construit majoritairement à partir des fonds du Trésor public, ce centre de documentation a bénéficié du soutien de quelques personnalités et institutions du secteur privé. La société minière Newmont Mining a fait don d’une génératrice qui alimente le BME du Nord et le centre de sismologie hébergé dans la cour.

Le centre de conservation géologique est construit en hommage à Fritz Pierre-Louis qui fut le premier géologue à publier un ouvrage sur la géologie d’Haïti. Cet ancien ministre des Mines et des Ressources énergétiques fut un grand défenseur de la valorisation et de l’exploitation des ressources géologiques du pays. Son ouvrage Géologie d’Haïti a servi à former plusieurs générations d’étudiants en géologie.

Le centre pourra accueillir des étudiants de toutes les facultés du pays pour des travaux de recherche, des visites guidées et des expositions sur la géologie. « Ce sont eux l’avenir, ils doivent connaître la géologie de leur pays », insiste Ludner Remarais qui a choisi l’emplacement au Cap-Haïtien en raison de l’importance géologique du département du Nord. « C’est dans le Nord qu’il y a cette ceinture minéralisée acide propice à des gîtes métallifères. C’est là qu’il y a des sites miniers », fait-il remarquer.

LUDNER REMARAIS, directeur du BME, est impatient de voir le centre commencer son activité.
LUDNER REMARAIS, directeur du BME, est impatient de voir le centre commencer son activité. Photo par Ralph Thomassaint Joseph / Challenges
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Photo par Ralph Thomassaint Joseph / Challenges

Des signes positifs en matière géologique
Il existe actuellement très peu d’archives sur la géologie d’Haïti. A la faculté des Science de l’UEH, il n’y a qu’un cours de géologie au niveau de la licence et aucun programme de maîtrise en géologie. Seule l’Ecole nationale de Géologie appliquée forme des techniciens géologues depuis 1970.

Sur demande de l’Etat haïtien, la firme sud-africaine Council for Geoscience (CGS) a délégué le docteur Ambrose Walemba pour établir un inventaire des ressources minières d’Haïti. Cet expert a compilé les travaux de recherche des sociétés minières qui ont travaillé en Haïti. Il a ainsi consulté les documents de l’Institut fédéral de géoscience et des ressources naturelles (BGR) en Allemagne, du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) en France, de l’USGS aux Etats-Unis et du PNUD. Ses travaux ont porté sur sept départements : Sud, Sud-Est, Nord-Ouest, Nord, Nord-Est, Artibonite et Centre.

Il a remis la première partie de son travail, une carte des indices métalliques du pays. « Le rapport du CGS indique que nous avons un potentiel minier certain sur lequel il faut investiguer », déclare, satisfait, Ludner Remarais. Il lui reste à soumettre les fiches techniques pour chaque indice et une évaluation du potentiel des gisements. La carte des indices métalliques révèle la présence d’une soixantaine d’indices de gisements. Il faut maintenant approfondir les recherches. Désormais, les renseignements sur le potentiel minier d’Haïti seront actualisés et numérisés pour une meilleure disponibilité et une plus large diffusion.

Pour le moment, le Bureau des Mines et de l’Energie ne dispose pas de fonds pour le fonctionnement du centre de documentation. Son directeur mise sur la compréhension des autorités publiques pour son émargement au budget national. « Compte tenu de son importance, nous devons disposer de fonds », lâche Ludner Remarais, confiant.

Le développement du secteur minier est aujourd’hui l’un des piliers du Plan stratégique de développement de l’Etat pour faire d’Haïti un pays émergent d’ici 2030.

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Ralph Thomassaint Joseph / Challenges

Ralph Thomassaint Joseph