À travers l’œil mature du jeune Steven Baboun

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POUR LA PREMIÈRE FOIS, Steven Baboun utilise la vidéo dans The Last Haiti : The Moving Portraits.

Vingt ans seulement et Steven Baboun trace déjà sa marque dans le circuit des arts visuels en Haïti. Fondateur de Humans of Haiti, il a lancé ce projet pour raconter les histoires du peuple haïtien à travers la photographie. Des portraits qui personnifient l’âme haïtienne.
Son plus récent projet The Last Haiti : The Moving Portraits est son premier film d’art.

Dans ses réalisations récentes, Steven Baboun a abordé plusieurs projets photo-journalistiques. Il a documenté la religion islamique en Haïti (l’un des premiers à créer formellement un photo-essai sur l’islam au pays) et les rôles des vodouisantes. Son travail pour Humans of Haiti a attiré l’attention de publications telles que Potent Magazine et Caribbean. Pour lui, Humans of Haiti est une plateforme pour éduquer les étrangers sur la sagesse, la diversité et pour partager les histoires du peuple haïtien : « Je veux que Humans of Haiti soit le microphone et un espace d’expression pour nous, le peuple haïtien. Je veux que ce projet soit une référence et où les personnes peuvent connaître et découvrir notre vérité. »

Pour le jeune artiste, son travail pourrait se résumer à raconter le quotidien ordinaire et banal et de le rendre extraordinaire au travers de sa lentille. Celui qui est en constante évolution et en quête de sens puise son inspiration et sa détermination auprès de sa famille et des personnes qui l’entourent ou qui croisent son chemin. Le photographe américain Robert Mapplethorpe est une grande source d’inspiration pour lui.

Des histoires en images
Steven Baboun est obsédé par son pays. Il en parle constamment. Il est fasciné par le peuple haïtien et reconnaît son impact dans sa vie et dans le développement de l’artiste qu’il est aujourd’hui. Photographier les hommes et femmes d’Haïti est sa façon de les remercier et de les célébrer : « Ayiti se san mwen, se konfò mwen, se sous kreyasyon mwen », dit-il avec fierté. Avec ses photos, il veut raconter les histoires qu’il a toujours eu peur de raconter.

Des histoires de sexualité, des histoires douloureuses, des histoires de bonheur, des histoires d’espoir… Il n’a pas de tabou : « Je veux raconter les histoires qui m’inspirent, des histoires qui aident les gens à comprendre l’histoire d’autres personnes. Je veux raconter des histoires qui me font sentir mal à l’aise. Au final, je ne veux pas imposer ma vision, je veux que le public crée ses propres histoires quand il voit mes photos. » Steven Baboun a une facilité à se connecter avec ses sujets. Ils s’ouvrent à lui de manière si organique qu’en résultent des portraits d’une sensibilité telle que leur simple regard permet de découvrir leurs âmes. Cette conversation visuelle qu’il arrive à établir avec les personnes qu’il photographie donne un caractère et une dimension unique à son travail.

Quand on lui demande l’histoire qui l’a le plus touché, le choix n’est pas facile : « Je suis toujours touché ou inspiré par les histoires que j’entends. Mais je pense que l’histoire qui m’a le plus marqué est celle de cette femme qui prend soin de ses neveux suite à la mort de leurs parents. Elle à cinq emplois pour pouvoir les envoyer à l’école. Elle m’a dit qu’elle n’a même pas le temps de trouver un mari, parce qu’elle a d’autres priorités. Sa confiance en elle-même et son indépendance m’ont vraiment touché. »

Portraits en mouvement
The Last Haïti : The Moving Portraits marque un tournant dans le travail de Steven. La vidéo vient supporter les récits et apporte une nouvelle dimension. Sans aucun dialogue, les sujets se dévoilent. Par leur regard, leurs mouvements, leurs expressions, on devine leur condition, leur dualité, leur existence. Pour Steven Baboun, il n’y a pas une grande différence entre les histoires qu’il raconte à travers la photographie ou la vidéo. Cette dernière ajoute simplement une autre dimension et stimule le public d’une manière que la photographie ne permet pas. Cela permet au public de devenir partie intégrante de l’histoire.

AUTOPORTRAIT de Steven Baboun.
AUTOPORTRAIT  de Steven Baboun.

Steven Baboun développe présentement une série sur sa mère qu’il réalisera cet été. Il travaille également sur un projet qui portera sur l’homosexualité et « l’homoérotisme ». L’un de ses souhaits est de collaborer avec l’artiste haïtienne Nathalie Jolivert : « Je pense que son art est très enraciné dans la culture haïtienne. J’adore cet aspect de son travail ! Elle est énergique et sa créativité est si éclectique. Je dis toujours que si je pouvais dessiner ou peindre, je serais la version homme de Nathalie Jolivert. »

Carla Beauvais

www.thestevenbaboun.com