Thierry Gardère

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Le 1er mars dernier disparaissait brutalement Thierry Gardère, PDG de la Société du Rhum Barbancourt, fleuron de la production nationale et ambassadeur sans égal du goût haïtien sur la terre. Portrait d’un homme d’affaires international et d’un mécène efficace et discret.

Thierry Gardère avait 24 ans lorsqu’il entrait en 1976 dans l’entreprise familiale, frais émoulu de Polytechnique Lausanne. Il allait conduire les affaires du Rhum Barbancourt pendant les 40 prochaines années. C’est avec émotion que William Eliacin, directeur financier de Barbancourt, évoquait le PDG dans un éloge funèbre poignant le 7 mars 2017, lors des funérailles de Thierry Gardère.

« Quand on tombe de cheval, il faut remonter… »

Thierry Gardère a grandi en Haïti puis en France où il fit ses études secondaires. Son diplôme en génie mécanique le préparait  à comprendre les dessous de la production familiale, mais c’est sur le terrain et « sans considération particulière » pour son statut de fils du patron, qu’il s’est préparé à prendre les rênes de l’entreprise créée en 1862 par Dupré Barbancourt et tour à tour dirigée par Nathalie, Paul et Jean Gardère avant lui. En 1990, Thierry devient capitaine d’une entreprise qui représente bien plus qu’une fabrique de produits agroalimentaire.

 

Ancrée dans la terre et le terroir de la plaine du Cul-de-Sac, elle fait non seulement vivre des milliers de planteurs mais elle représente un emblème national : le rhum d’Haïti, la fierté des Haïtiens, le sésame de notre richesse partout dans le monde. « Discret et réservé, Thierry était un homme de caractère qui a su introduire les réformes nécessaires pour faire entrer le Rhum Barbancourt dans le nouveau millénaire » rappelle William Eliacin. Il a dû faire face à la catastrophe du 12 janvier 2010, qui mit à terre les installations et détruisit une partie du rhum qui vieillissait tranquillement dans les tonneaux en chêne. « Quand on tombe de cheval il faut remonter » disait-il. Le Rhum Barbancourt se relève et fête en 2012 les 150 ans de la prestigieuse liqueur. Comme le souligne son ami Eliacin, Thierry a toujours su se battre et relever les défis, efficacement et sans faire de bruit.

Capitaine d’entreprise et humaniste

Thierry Gardère était aussi un homme engagé. Comme le décrit son principal collaborateur, « Thierry était un homme bon, toujours à l’écoute de l’autre ». En 1998, il crée la Fondation Barbancourt qui canalisera les actions philanthropiques de l’entreprise dans la communauté. Alphabétisation des planteurs, dépistage du SIDA, don d’un terrain pour la construction du centre Gheskio, centre communautaire, bourses scolaires pour les enfants des employés, … Thierry Gardère a permis à la culture haïtienne de s’exprimer en Haïti, en faisant du Rhum Barbancourt le parrain inégalable de la création artistique, du spectacle vivant, de la musique, du carnaval et des festivals.

Au-delà du Rhum, Thierry s’est largement impliqué dans le monde des affaires, notamment comme président de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), par la création de la FONDIH (Fondation des Industries d’Haïti) et du centre de formation Haïti Tech. Il était aussi actionnaire et membre du conseil de Unibank.

Son déces brutal laisse son épouse Muriel et sa fille Delphine sous le choc. Il ampute aussi l’entreprise phare de la production nationale, d’un patron apprécié par ses employés et collaborateurs de tous les secteurs, mais aussi l’ensemble de la société haïtienne, qui perd ici un modèle de droiture et de citoyenneté. Les successeurs de Thierry Gardère devront poursuivre ce que décrivait William Eliacin dans son éloge, « une histoire de construction, de mise en œuvre institutionnelle, de développement d’une expertise, de travail et de dévouement acharné ». Le monde du rhum est en deuil.

Stéphanie Renauld Armand