Talot Bertrand: L’agriculture un secteur clé de l’économie en Haïti

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Talot Bertrand est ingénieur agronome, spécialiste en Éducation Relative à l’Environnement. Il est Secrétaire Général de la PROMODEV
Talot Bertrand est ingénieur agronome, spécialiste en Éducation Relative à l’Environnement. Il est Secrétaire Général de la PROMODEV

L’agriculture représente l’un des problèmes majeurs dans la stabilité sociale, la lutte contre la pauvreté et la sécurité alimentaire en Haïti. De plus, elle est un secteur favorisant la création de richesse et la croissance économique. En effet, 53% de la population est rurale selon IHSI (2009) et dépend directement de l’agriculture qui génère 44,6% des emplois dans le pays et 62,6% des emplois en milieu rural.

La superficie agricole utile (SAU) du pays est de 1 053 107 carreaux ou 1 358 508 hectares.  La SAU du département de l’Artibonite reste la plus importante (12 % du total) tandis que la SAU la plus petite se trouve dans le département du Sud-Est (1 % du total). Le nombre des exploitations agricoles dont la superficie est inférieure à un carreau (ou 1,29 ha) varie de 49 % pour le département du Nord-Est à 85 % pour le département du Sud-Est  avec une moyenne de 73 % pour les dix départements géographiques.

Du point de vue environnemental, Haïti connaît de grandes limitations avec moins de 1,5 % de réserves forestières et des bassins-versants presque complètement dénudés. Le taux de déforestation qui tourne autour de 98 % explique les pertes massives de sol de l’ordre de 30 000 tonnes métriques par an, la sédimentation subséquente des lacs et des cours d’eau, le blanchiment consécutif des coraux et l’accentuation du régime torrentiel des principales rivières dont les débits erratiques menacent la stabilité de la production agricole dans les plaines.

L’aggravation du morcellement des terres a atteint la limite du supportable, techniquement parlant,  puisque la superficie des exploitations inférieures à un carreau est passée de 33 % de la superficie totale en 1971 à 73% de la SAU en 2012.  Ceci est la conséquence du partage égal de l’exploitation agricole entre les héritiers, à chaque génération. En effet, la loi successorale qui régit ce partage égal a été héritée du Code Napoléon. En France, elle était considérée comme une véritable machine à pulvériser le sol et abandonnée après qu’on eût observé ses méfaits. En Haïti, cette loi obsolète demeure toujours en vigueur malgré les recommandations formulées pour en changer.

Plus de 60 % de la population s’adonnent à l’agriculture et contribuent au PIB (Produit Intérieur Brut) estimé à environ 21%. La production alimentaire ne couvre que 50 % des besoins nationaux pour une population d’environ 12 000 000 habitants alors que la sécurité alimentaire n’est point garantie, faute de stagnation du pouvoir d’achat de la population qui vit, à plus de 75 %, en dessous du seuil de la pauvreté absolue, selon la Coordination Nationale de Sécurité Alimentaire (CNSA). En outre, il est à noter que l’agriculture est toujours la plus grande victime des catastrophes naturelles et qu’il n’y a pas jusqu’à présent de plan de contingence lié aux aléas climatiques et aux risques réels pour le secteur agricole en Haïti.

En 2015, la Banque de la République d’Haïti estimait le PIB agricole à 3,19 milliards de gourdes. Ce qui représente 20,4% du produit intérieur brut du pays. À noter que cette contribution à la richesse totale du pays a chuté de 20% en 10 ans, passant de 25,5% en 2005 à 20,4% en 2015.  L’essentiel de la production agricole est consommé au niveau national qui constitue le premier marché de destination de nos produits agricoles et qui assure la sécurité alimentaire des concitoyens et des revenus aux agriculteurs.

« L’AGRICULTURE EST TOUJOURS LA PLUS GRANDE VICTIME DES CATASTROPHES NATURELLES . »

Les résultats jusqu’ici mesurés dénotent une agriculture faiblement productive, faiblement transformée, peu compétitive, rémunérant très faiblement ses tenants  et apportant peu de devises au pays. Le cadre légal régissant le secteur est aujourd’hui totalement dépassé d’autant que l’économie nationale s’est totalement tertiarisée durant ces trente dernières années.

Préoccupée, la PROMODEV (Promotion pour le Développement) demande au Gouvernement de la République de mettre en avant l’agriculture comme un secteur clé de développement et prioritaire dans le budget national. Les autorités établies doivent considérer le secteur agricole comme étant la locomotive de croissance économique et comme un axe transversal des programmes de développement et des grandes orientations politiques de la Patrie.