Sophia Saint-Rémy Martelly

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Sophia Martelly, Première dame de la République, est l’épouse du 56e président de la République d’Haïti, Michel Joseph Martelly.

Ady Jeangardy

LA PASSION POUR LA CAUSE HUMANITAIRE

InterviewPDSM2540Originaire des Gonaïves, Sophia Saint-Rémy, dès son jeune âge, épousait la cause des plus démunis à travers des activités de volontariat. Depuis bon nombre d’années, elle est connue pour ses activités sociales. Elle confie que son fils aîné, Olivier, n’avait que sept ans lorsqu’il participa aux premières distributions à Noël pour les enfants pauvres. Elle a maintenu ses œuvres caritatives et inculqué à sa famille des notions de charité. D’années en années, le mouvement prit de l’ampleur et enfin en 2008 elle lança la Fondation Rose et Blanc. Ce n’est donc pas étonnant que Sophia Martelly ne soit pas uniquement une Première dame qui mène une vie de représentations officielles aux côtés de son mari. Elle consacre beaucoup de son temps à œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie des populations les plus démunies en faisant de la santé sa grande priorité.

L’INTERVIEW

Sophia Martelly, parlez-nous de votre parcours professionnel et personnel
« Assez jeune j’ai travaillé au sein d’organisations internationales. J’y suis restée plusieurs années. C’est grâce à cette expérience que j’ai pu acquérir une bonne maîtrise de l’administration, ce qui m’a beaucoup servi lorsque je suis devenue manager du groupe Sweet Micky puis présidente de la Fondation Rose et Blanc. D’un point de vue personnel, avec mon mari, j’ai éduqué mes quatre enfants. Je connais en ce moment la joie d’être grand-mère. En réalité, mes responsabilités familiales, mes activités professionnelles et les longues heures dédiées à la gestion du groupe Sweet Micky n’ont rien changé dans mon intérêt pour les bonnes causes. J’ai pu transmettre ceci à mes enfants, qui sont impliqués dans mes activités. Très jeunes, ils avaient conscience que tous, nous n’avons pas les mêmes privilèges, et qu’il est un devoir d’aider. Je suis contente de voir qu’ils ont gardé cela.»

Parlez-nous de l’homme, Sweet Micky
« J’ai connu Michel en 1978. Nous fréquentions les mêmes amis. J’ai été attirée par sa passion de réussir tout ce qu’il fait, sa joie de vivre. C’est un homme de cœur, qui adore amuser, toujours au-devant de la scène. Nous avons quand même des points communs, d’abord le sens de la famille et aussi nous chérissons tous les deux le rêve d’une Haïti meilleure. Au fil des ans, avec le groupe Sweet Micky, qui était le gagne-pain de notre famille, nous avons vécu de bons, mais aussi des moments difficiles. Nous demeurons toutefois unis car notre famille a toujours été primée par-dessus tout. Ce sont là, les bases de cette relation, vieille maintenant de presque trente ans, avec Michel. »

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Exclusif
« J’AI CHOISI D’ÊTRE HAÏTIENNE »

De band leader de Sweet Micky au président Michel Joseph, comment avez-vous vécu la transition ? Qu’est-ce qui a changé ou non?
« En fait, notre mode de vie n’a pas vraiment changé, nous avons gardé les mêmes habitudes. Nous misons encore sur des valeurs qui n’ont pas de prix : le respect, l’altruisme, le sens du service. Michel est resté un père aimant, très attaché à sa famille, nous avons maintenant une petite-fille que nous chérissons. Michel s’adonne aujourd’hui, avec encore plus d’ardeur, à servir notre pays. C’est un hyperactif qui aborde tous ses projets avec cœur et courage. Pour cette raison, il a toujours été, d’une façon ou d’une autre, sous les projecteurs, alimentant toutes sortes de perceptions autour de sa personne. Certes, nos vies personnelles sont maintenant beaucoup plus scrutées, analysées, interprétées à tort ou à raison. Notre relation et notre vie de famille nous ont permis de toujours garder les pieds sur terre. »

Quels ont été les moments forts avant la présidence ?
« En 2004, j’ai organisé avec la HAMCHAM, un Téléthon qui a recueilli plus de 11 millions de gourdes pour les victimes des inondations de mai 2004 à Mapou et à Fonds-Verrettes. Un autre moment fort s’est déroulé au Stade Sylvio-Cator, avec Sweet Micky All Stars. Nous collections des fonds pour l’achat de tests Elisa en rupture de stock dans le pays. Nous avons pu réunir plusieurs artistes pour une cause commune : la lutte contre le SIDA. En novembre 2008, j’ai été honorée par le président René Préval en recevant la plus haute distinction du pays – l’Ordre National Honneur et Mérite au grade de Chevalier – suite à notre intervention à Nerettes lors de l’effondrement de l’école. Et puis, bien entendu, lorsque Michel et moi nous avons créé la Fondation Rose et Blanc en 2008. »

Quelles ont été vos actions et votre influence durant ce mandat présidentiel ?
« Je suis d’abord l’épouse de Michel depuis maintenant vingt-huit ans, sa partenaire, son amie et ensuite, depuis seulement quatre ans et quelques mois, la Première dame de la République d’Haïti. J’ai arrêté d’être le manager du groupe musical mais j’ai continué à m’adonner à ce qui m’avait toujours passionné, le développement social. J’ai tout de suite identifié la santé comme mon champ d’intervention privilégié, ayant longtemps nourri le rêve de voir implanter dans chaque commune d’Haïti un centre de santé. Entretemps, j’ai mis sur pied la clinique mobile. Nous nous sommes rendus, entre autres, à Médor dans l’Artibonite, lorsqu’il y a eu la poussée de l’infection, nous sommes allés à Cité Soleil, la Gonâve, les Irois, Cap-Haïtien, Gressier, Arcahaie… Enfin, plusieurs milliers de personnes ont été vues à travers la clinique mobile. J’ai initié sur le parcours du carnaval un centre d’urgences avec une salle de chirurgie permettant de répondre rapidement et efficacement au besoin. Ce centre a prouvé son utilité lors de l’incident malheureux survenu en février dernier. Parallèlement, j’ai été élue présidente du CCM Haïti, l’instance de coordination multisectorielle qui assure une bonne gestion et coordination des projets sur trois maladies: le sida, la tuberculose et la malaria. J’ai parcouru tous les départements du pays, dans le cadre de ma tournée qui avait pour thème “Regarder, Ecouter, Comprendre et Agir”. J’ai pu me rendre dans des zones reculées et difficiles d’accès, ce qui m’a permis d’avoir une meilleure compréhension de la réalité de ces communautés et de plusieurs problématiques, toujours avec la santé au centre de mes préoccupations. »

« MA CONVICTION PROFONDE EST SIMPLE: HAÏTI A BESOIN DE TOUS SES ENFANTS
INDISTINCTEMENT»

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Quel est votre plus grand challenge ?
« Le plus grand challenge reste moi-même et l’impact positif que je peux apporter au sein de ma communauté. Cela vient du souci de faire la balance adéquate entre mes responsabilités de mère, grand-mère, épouse et celles d’être la Première dame. En tant que femme, notre société exige beaucoup de nous. Les rôles que remplissent les femmes sont multiples et non interchangeables. Lorsqu’on est sous les projecteurs, ces obligations et leur exécution deviennent plus intenses. »

Pourquoi avez-vous voulu devenir sénatrice de la République?
« Comme je le disais tantôt, je me suis rendue dans tous les départements du pays et j’ai pu constater par moi-même l’ampleur de la tâche à accomplir. Il y a beaucoup à faire. Le rôle des élus locaux est parfois sous-estimé et souvent mal compris. Les parlementaires, de par les attributions liées à la fonction, sont proches de leurs électeurs, dans le sens que leurs plaidoyers doivent refléter les desiderata des populations qu’ils représentent. Cette forme de proximité avec la communauté est ce qui m’avait le plus interpellée. J’ai aussi réalisé l’importance du régime parlementaire qui est déterminant dans les processus de prises de décisions pour le développement et l’avancement du pays. Je crois en la justice sociale, la création d’emplois, le renforcement des capacités des femmes, l’importance de la structure familiale, l’épanouissement des jeunes et l’éducation des enfants. Le gouvernement du président Martelly en a posé les bases et je voulais poursuivre sur cette lancée. C’était pour moi une autre façon de continuer à servir mon pays. »

On a beaucoup parlé de votre nationalité étrangère, qu’avez-vous à dire sur ce sujet ?
« Je suis née à New York de parents haïtiens. On ne choisit ni ses parents, ni sa famille. On vit avec et on assume. On ne choisit pas son lieu de naissance, moi j’ai choisi d’être Haïtienne. Je le suis de cœur et de sang. Je le suis dans mon âme. J’ai grandi dans les rues des Gonaïves où l’Hôpital de la Providence m’était plus que familier. J’ai usé mes premiers crayons chez Mlle Marcelle Weiss; adolescente, j’ai connu les vacances idylliques dans nos fières campagnes. J’ai aussi connu la détresse des milliers de compatriotes de ma ville, Les Gonaïves, qui se sont retrouvés du jour au lendemain dépourvus de tout après le cyclone Jeanne ! J’ai vécu de près le désespoir de cette mère qui a perdu son fils unique le 12 janvier 2010 ! L’exclusion, quelle que soit sa forme, quel que soit son objectif, n’est plus de mise. Nous sommes des Haïtiens, fils et filles de la même terre. Des circonstances ont peut-être fait que nous soyons nés ici ou ailleurs mais il n’en est pas moins vrai que l’amour que nous avons pour ce pays ne connaît pas de frontière. Ma conviction profonde est simple : Haïti a besoin de tous ses enfants indistinctement. »

Que pensez-vous de la période électorale actuelle ?
« Les élections sont incontournables dans tout pays où la démocratie est de mise. Le peuple choisit les représentants qui devront défendre ses intérêts au plus haut niveau, faire valoir ses revendications les plus profondes. Il est primordial pour l’avancement de notre pays que tous les citoyens participent dans le choix des leaders qui auront à nous diriger, qu’ils fassent des choix éclairés, des choix pour l’avenir. Maintenant, si vous croyez comme moi, qu’Haïti est trop riche pour être pauvre : c’est le moment d’agir. J’encourage tous ceux et celles en âge de voter de le faire, avec conscience et en pensant au progrès du pays! Votez, parce que votre vote compte. Votez !!! Votez des leaders qui nourrissent de hautes aspirations pour les enfants de notre pays et votez pour ceux qui croient qu’après 215 ans, la division doit être bannie pour la matérialisation de notre devise : L’Union fait la force. »

Quelles sont vos perspectives après le 7 février 2016?
« Tout simplement continuer à remplir mes devoirs civiques. Je continuerai à contribuer au bien-être de ma communauté, à mener le plaidoyer en faveur de la santé pour tous, sur tous les fronts qui me seront offerts. Kelkeswa jan sa ye, map kontinye travay tèt kale.

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DATES CLÉS

2004 Organisation de Téléthon en faveur des victimes des inondations de Mapou et FondsVerrettes

2008 Ordre National Honneur et Mérite au grade de Chevalier Création de la Fondation Rose et Blanc

2011 Première dame de la République