Semaine du 11 Mars

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SERGIO VALKENBURG est le directeur exécutif de la CCIHB. Photo par Georges H. Rouzier / Challenges

Haïti-Benelux, un lien économique naturel

Créée à l’automne 2015, la Chambre de Commerce et d’industrie Haïti-Benelux (CCIHB) établit le lien entre Haïti et les trois pays du Benelux – Belgique, Pays-Bas et Luxembourg – ainsi que les îles des Antilles néerlandaises.

Depuis de nombreuses années, une coopération technique informelle existait avec les Pays-Bas à travers PUM, une organisation à but non lucratif émanant de la confédération de l’industrie et des employeurs des Pays-Bas et du ministère des Affaires étrangères hollandais. Grâce à cela, plus de 2 000 projets par an ont trouvé un appui dans le monde. Cette coopération a ainsi favorisé l’appui d’experts séniors hollandais à des projets et des entreprises en développement en Haïti. Sur une base de données de 3 000 experts hollandais dans tous les domaines, une quarantaine sont ainsi venus partager leur expertise avec diverses PME et projets, de Lèt-a-gogo à Caribbean Craft ou encore Musca TV. « Ce dont les entreprises haïtiennes bénéficiaires avaient le plus besoin, c‘était de guidance, notamment de conseils en développement de marchés ainsi que pour renforcer leur capacité à trouver des opportunités avec un réseau étranger », explique Sergio Valkenburg qui a travaillé avec PUM et est aujourd’hui en charge de la Chambre de Commerce et d’Industrie Haïti-Benelux qui a été créée à l’automne 2015.

Créer des liens de proximité commerciale
Face à l’absence de liens entre Haïti et les ABC –Aruba, Bonaire et Curaçao, des îles néerlandaises dans les Antilles – si proches dans la région, la chambre s’est donnée pour objectifs de créer une passerelle avec les Pays-Bas et leurs îles caribéennes. « Curaçao, par exemple, n’a jamais eu de relations avec Haïti mais importe pour 4 milliards de dollars de produits agricoles. Un marché à explorer. Quand on pense export international, on pense USA ou Canada, mais les Antilles néerlandaises sont un marché potentiel avec leurs 5 millions de touristes annuels, notamment pour l’artisanat », ajoute Sergio Valkenburg qui aime à rappeler le slogan de la Chambre : « Il y a bien plus que la mer qui nous connecte ». Bien qu’Haïti n’ait toujours pas signé les accords avec le Caricom, on peut tabler sur la concrétisation de cette intégration dans un futur proche. Les exportations vers les marchés de la Caraïbe représentent un grand potentiel, avec l’agro-industrie, l’artisanat et même en visant les Haïtiens qui vivent dans les ABC. La Chambre de Commerce et d’Industrie Haïti-Benelux (CCIHB) cherche donc à favoriser les opportunités d’exportation en apportant l’expertise de professionnels aux entreprises qui ont un potentiel exportateur. « Les Pays-Bas font la même taille qu’Haïti, ils se sont développés avec cette contrainte et un esprit très compétitif. Aujourd’hui, c’est à travers la Chambre de commerce que la Hollande pourra partager cet esprit et ces ambitions, son expertise et ses connaissances », explique le directeur exécutif de la CCIHB.

Une chambre accessible
Première mission de la chambre, promouvoir le commerce et les investissements entre Haïti, le Benelux (Belgique, Nederland, Luxembourg) et les Antilles néerlandaises. Cela implique l’organisation de missions d’affaires, de séminaires en ligne ou l’appui à la participation de foires commerciales. La CCIHB poursuit également le travail coopératif préexistant avec le PUM et souhaite faciliter l’accès à ces connaissances aux PME haïtiennes. Créée il y a quelques mois, la Chambre s’est dotée d’un conseil formé entre autres de Patrick Brun (EGI), Joël Dresse (Caribbean Craft), Hans Garoute (Indepco) et Gaétan Chancy (Musca). Le credo de la chambre est l’accessibilité : une petite entreprise de moins de 10 employés peut devenir membre pour 100 USD par an. Déjà, dix entreprises se sont affiliées. La Chambre travaille avec le Centre de facilitation des Investissements (CFI) pour promouvoir la participation de producteurs de cacao au Cacao Fair qui se tiendra en Hollande, en février prochain. Elle prépare également une mission à Aruba. « Même si les plus gros projets d’investissements actuels comme Marriott, Lafito ou E-Power sont financés à travers des banques du Benelux, même si Heineken a été en 2014, la plus grosse entreprise étrangère à investir en Haïti, il n’existe presque aucuns liens commerciaux avec Haïti », analyse Sergio Valkenburg. « Il faut les créer », constate-t-il, en rappelant que le président Préval est diplômé en Belgique, que Wilson Laleau a un master au Pays-Bas et que Leger est historiquement l’un des plus gros exportateurs de vétiver vers la Hollande. C’est fort de ces quelques liens et de ce qu’elle estime être d’énormes potentiels que cette jeune chambre entend bien développer un réseau entre les pays qu’elle rassemble.

Stéphanie Renauld Armand


Passage de témoin chez Brana/Heineken

José Matthijsse va rejoindre Budapest, en Hongrie, et cède la place à Wietse Mutters. Cet Hollandais, comme elle, reprend les rênes de la Brasserie nationale. Occasion pour Challenges de revenir sur les récentes évolutions de Brana, quatre ans après le rachat de 95 % de l’entreprise par Heineken.

José Matthijsse est une grande femme, souriante et directe. Autant de qualités qui lui ont permis de faire passer la Brasserie nationale (Brana) dans la famille de la multinationale Heineken. Arrivée en février 2012, son premier défi est donc d’adapter une entreprise locale aux règles d’un groupe international. « Il fallait s’adapter aux procédures, aux rapports, au respect des deadlines et à tout ce qui vient avec une multinationale qui travaille dans de nombreux pays selon des standards précis. Ce n’est jamais facile d’entrer dans un nouveau système », admet-elle. Elle s’attaque donc immédiatement à un plan de modernisation et d’agrandissement de Brana.

Près de 100 millions de dollars d’investissement en quatre ans
Bien que le tremblement de terre ait secoué la chaîne d’embouteillage, la brasserie n’avait pas subi de graves dommages. Il fallait remettre en route mais, surtout, moderniser. C’est donc en 2013 que commencent les transformations avec une ligne ultramoderne d’embouteillage pour la bière. « En 2014-2015, nous sommes passés à une nouvelle ligne de PET pour les boissons gazeuses. Ces deux lignes nous ont permis d’innover, Malta H en plastique d’une part et Prestige en grand format ainsi que Kinanm », explique la directrice. La salle de brassage double sa capacité en 2014 et le stockage doit également doubler. En conséquence, la brasserie a élargi sa capacité de stockage avec un nouveau dépôt. Au total, ce sont près de 100 millions de dollars d’investissements qui ont été menés depuis le rachat à 95 % de l’entreprise par Heineken. Environ 1 200 personnes travaillent pour la Brana. Les équipes, plutôt stables, ont connu beaucoup d’évolutions internes. Les ressources humaines sont passées d’un service à l’autre, les structures ont changé et ont dû s’adapter. « Vente, sécurité entretien… nous avons énormément investi dans la formation. Changer une ligne de production, ce n’est pas que mettre des machines en place. Il faut que les équipes s’adaptent à des équipements du XXIe siècle, de nouvelles technologies et de nouveaux automates. Cela demande non seulement de nouvelles capacités mais aussi un changement de mentalité. Ces nouvelles opportunités viennent avec d’autres exigences et de nouveaux challenges. C’est difficile et il faut travailler en équipe », reconnaît José Matthijsse. La transition Brana/Heineken n’est pas encore achevée mais semble en bonne voie. Et la directrice évoque les systèmes extrêmement modernes observés chez Haytrac ou Comme Il Faut pour constater que ce n’est pas plus difficile en Haïti qu’ailleurs.

L’enjeu de cette modernisation est bien sûr la qualité. Ces lignes permettent d’optimiser la constance et le contrôle du produit. Aujourd’hui, les lignes d’embouteillage sont contrôlées chaque heure, comme le veulent les procédures d’Heineken partout dans le monde. Les équipes voyagent, notamment au Mexique, pour voir comment fonctionnent les autres brasseries et apprendre de leurs expériences. Environ trois-quart des équipes ont eu cette opportunité. Brana a également modernisé les espaces en réaménageant la cafétéria qui assure à chaque employé un repas et en créant des vestiaires avec douche et casiers pour leur confort. « C’est la politique d’Heineken : nos équipes doivent connaître et prendre leurs responsabilités, tout autant qu’elles doivent se sentir reconnues et travailler dans un environnement confortable », explique José Matthijsse.

Diversification des intrants avec le petit mil
La grande révolution de Brana, c’est aussi d’avoir introduit le sorgho, ou petit mil, dans la fabrication de la bière. En 2014, elle lance Kinanm, une nouvelle bière lager. Avec un goût différent, Kinanm vise un autre marché, celui de la nouveauté, des clients plus jeunes, plus aventureux qui cherchent à se différencier de la génération précédente. Pour élaborer cette bière, Brana a souhaité utiliser une céréale produite localement, pour stimuler l’agriculture et l’économie locale. D’abord intégré au Malta H, le sorgho s’est naturellement imposé aux brasseurs qui l’ont intégré à 20 % dans la nouvelle bière. Pari réussi et pas seulement au niveau du goût : Brana s’est engagée à améliorer les pratiques de la filière du sorgho, afin qu’elle produise plus et mieux. Des formations prodiguées aux fermiers leur ont permis de mieux choisir leurs semences, d’optimiser leur façon de planter, de récolter et de sécher. Le petit mil se développe désormais au point que certaines cantines scolaires peuvent le substituer au riz importé et où certains boulangers utilisent la farine de sorgho. La Brana évalue à près de 60 000 personnes vivant aujourd’hui des activités de la brasserie directement ou et indirectement.

Une nouvelle étape commence
José Matthijsse évoque avec fierté et plaisir ces quatre dernières années. « Ce fut un défi très intéressant. Je suis très fière de cette équipe très dévouée que je laisse derrière moi. J’ai aussi été accueillie avec chaleur par le milieu des affaires où Brana tient une place importante à travers des institutions comme l’Amcham et l’Adih, mais aussi dans la chaîne d’activité. Ce n’est pas facile de partir mais j’emporte mon meilleur souvenir : une magnifique plage avec une bière Prestige… Sincèrement, il n’y a pas plus beau ailleurs, à Turks and Caicos ou aux Bahamas ! », confiait-elle à quelques jours du départ. Elle laisse à son successeur le soin de fêter dignement les 40 ans de la bière Prestige, la fierté d’Haïti. Wietse Mutters embrasse avec enthousiasme le nouveau challenge qui l’attend. Expatrié depuis huit ans au sein du groupe Heineken, il est passé de l’Île de la Réunion à la République démocratique du Congo, puis du Nigéria à la Macédoine avant de découvrir Port-au-Prince. « Je suis honoré de prendre ces responsabilités, explique-t-il. Heineken est une grande famille qui partage une seule stratégie. Ces quatre dernières années ont été riches en défis et en succès. La phase initiale de l’installation de Brana dans le groupe Heineken s’achève et maintenant il s’agit de construire sur ces bases saines et durables pour s’assurer que tout le monde puisse jouir d’une bonne Prestige glacée, dans un environnement sûr et agréable pour les employés. Je suis là depuis quelques jours, mais je suis déjà très impressionné par le niveau d’implication de l’entreprise. Le nouveau challenge sera d’aller un cran plus loin ! »

Stéphanie Renauld Armand

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