Sécurité maximale aux bureaux de vote

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LA MINUSTAH se déploie dans les zones rouges aux côtés de la Police Nationale d'Haïti. Timothé H. Jackson / Challenges

Jusqu’au 30 janvier 2017, le pays est en mode électoral. À plus forte raison, la Police nationale d’Haïti reste mobilisée afin de maintenir stable le climat de sécurité pendant tout le processus. Les policiers déployés à travers le pays ont reçu l’ordre de sévir contre tout fauteur de trouble.

Prévenir tout dérapage aux alentours des centres de vote, garantir la sécurité des votants, favoriser le bon déroulement des opérations électorales à travers le pays…telles sont entre autres les missions confiées à la PNH. Le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) ayant à sa tête le Premier ministre Enex Jean Charles ne prend pas à la légère la lourde responsabilité qui lui incombe, et, à cet effet, toutes les mesures qui s’imposent sont adoptées. Plus concrètement, les forces de l’ordre ont reçu des instructions, comme le précise le chef du gouvernement dans une interview : «Nos policiers seront déployés dans toutes les régions du pays, mais les zones rouges font l’objet d’une attention particulière puisqu’elles sont placées sous le contrôle des unités spécialisées de la PNH…». On se le rappelle, lors des élections d’août et d’octobre 2015, des cas de violence, de saccages de centres de vote, et de meurtres, ont en effet été enregistrés dans les départements de l’Ouest, du Nord et de la Grand’Anse notamment. L’inspecteur général de la Police Nationale d’Haïti, Jean Saint-Fleur, qui intervenait dans le cadre des dispositions adoptées, martèle : « tout fauteur de trouble sera arrêté et puni conformément aux lois de la République ».  Quelques jours avant le premier tour de la reprise de la présidentielle du 9 octobre 2016, le haut gradé de la PNH a tenu à souligner que le port d’arme à feu est interdit pendant les opérations électorales, et que seuls les policiers en uniforme en font exception. Interrogé sur le comportement affiché par certains agents de l’ordre au cours des dernières élections, pour le moins irresponsable, Jean Saint-Fleur prévient que « la passivité et la partialité ne seront pas tolérées ».

Georges H. Rouzier / Challenges
Georges H. Rouzier / Challenges

Protéger les matériels sensibles et non sensibles
Cette responsabilité est confiée à six mille agents formés par la Police nationale d’Haïti. Munis de bâtons et de gaz lacrymogène, ces derniers seront déployés dans les centres de vote pour prévenir tout risque de dérapage pendant et surtout après le vote ; moment au cours duquel, assez souvent, certains individus tentent de remplir des urnes au profit d’un candidat. Les premiers décomptes en présence de nombreux mandataires et de quelques observateurs nationaux peuvent provoquer des agissements. L’opération la plus délicate reste le transport vers le centre de tabulation à Port-au-Prince de tous les procès-verbaux (en provenance de toutes les régions du pays) signés par les responsables des bureaux de vote. Tout un plan de sécurité est défini, rassure la PNH qui met en contribution ses unités spécialisées. En appui, dans toutes les opérations, la Minustah qui déploie ses troupes et son arsenal militaire à travers notamment des zones dites sensibles. Si l’on tient compte des dispositions et annonces faites par les autorités haïtiennes, les joutes vont pouvoir se dérouler dans les conditions maximales de sécurité.  Les Haïtiens d’ici et d’ailleurs, détenteurs d’une carte d’identification nationale, sont invités à venir remplir leur devoir civique.

Les craintes
En fonction du plan de sécurité mis en place, les forces de l’ordre se préparent à faire face à toutes sortes de situations. En Haïti, il est de coutume que des partisans de candidats qui prétendent avoir remporté les élections gagnent les rues. On s’en souvient des scènes d’envahissement des voies publiques et des espaces privées en 2006 pour supporter René Préval, et tout récemment en 2011 en soutien à l’ancien président Michel Martelly. Les policiers ont eu du mal à calmer l’ardeur des militants qui avaient érigé des barricades de pneus enflammés. En 2015, les résultats du Cep, dirigé à l’époque par Pierre Louis Opont, allaient mettre de l’huile sur le feu en classant Jovenel Moise en première position suivi de Jude Celestin, Moise Jean Charles et Maryse Narcisse respectivement en troisième et quatrième places. La crise poste électorale allait avoir de graves conséquences sur la situation économique et sociale du pays faisant dégringoler la gourde et le niveau de vie de la population. Les débats animés dans les médias à l’occasion de la campagne électorale (du 23 Août au 7 octobre) mettent en garde contre d’éventuels dérapages au cas où les résultats seraient rejetés par les perdants.

Cossy Roosevelt

TOUTES les unités spécialisées de la PNH sont mobilisées à l'occasion des élections du 9 octobre
TOUTES les unités spécialisées de la PNH sont mobilisées à l’occasion des élections du 9 octobre. Photographie par Marie Arago