Saut-d’Eau, la dernière chance ?

198
Photo par Harry Jean Louis / FOTOKONBIT

Dieuseul Simon Desras, l’instigateur du branle-bas de combat déclenché en 2013 pour sauver Saut-d’Eau, vient d’être nommé ministre de l’Environnement du gouvernement provisoire. Il a l’opportunité, si la déclaration de politique générale du Premier ministre Fritz Jean est ratifiée par le Parlement, de changer le sort de ce haut lieu ethnographique et touristique.

Trois ans se sont écoulés depuis qu’à l’initiative des sénateurs du Plateau Central Dieuseul Simon Desras et Francisco de la Cruz, un forum communautaire réunissait au Haut Saut-d’Eau des représentants des pouvoirs publics et de la société civile pour élaborer dans l’urgence une stratégie visant à préserver le site naturel de Saut-d’Eau, dont l’écosystème est menacé de subir à terme d’importants dommages.

Ses cascades, de 50 mètres de hauteur en moyenne, avaient perdu leur beauté sauvage et impétueuse et présentaient l’aspect d’un voile diaphane flottant au gré du vent et des aspérités des rochers. « Saut-d’Eau se meurt ! » La nouvelle, en un rien de temps, avait fait le tour du pays. L’élément déclencheur de l’alerte générale, à l’époque, était le tarissement inquiétant des trois sources d’alimentation des célèbres chutes. Le débit de Kaara, la source la plus importante, avait baissé de façon dramatique. En moins de six mois, elle était devenue un mince filet d’eau qui se frayait difficilement un passage à travers les rochers.

Véritable centre d’attraction touristique, ce haut lieu de mémoire à haute valeur ethnographique, depuis 1948 – date de « l’apparition » de la Vierge selon la légende – attire chaque année plus de 20 000 pèlerins.

Tout n’est pas perdu
« Si les chutes de Saut-d’Eau venaient à disparaître, si le tarissement des sources était définitif, Saut d’Eau devrait changer de nom ou ne plus exister. Car son nom symbolise l’eau », avait déploré à l’époque le sénateur Dieuseul Simon Desras, alors président du Sénat, aujourd’hui ministre de l’Environnement. Les causes évoquées vont du déboisement à la construction anarchique en amont des chutes, en passant par la sécheresse résultant du réchauffement climatique. D’aucuns envisageaient plutôt l’ouverture d’une faille souterraine non encore détectée.

Et puis, tout fut oublié. Les bonnes résolutions furent diluées dans la routine d’un espace-temps régulé par la lutte pour le pouvoir politique. Aujourd’hui, tout semble revenir à la normale. Mais pour combien de temps encore ?

Henri Alphonse