Rudolph Homere Victor: Intempéries, catastrophe imminente

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TIMOTHE JACKSON/ CHALLENGES

Rudolph Homère Victor, météorologue et consultant météo à Radio Télé Métropole. Il est prévisionniste ; il annonce les couleurs du temps et prédit les catastrophes naturelles avec précisions.

L’ île d’Haïti a connu au cours de son histoire, des périodes de fortes activités cycloniques liées à sa position géographique. En effet, sa localisation entre 17˚ et 20˚ de latitude Nord et  entre 68˚ et -75˚ de longitude Ouest, la place directement sur la trajectoire des cyclones qui se forment en début de saison sur le Sud-ouest de la mer des Antilles et de ceux qui, d’août à octobre, traversent la Caraïbe à partir des perturbations qui prennent naissance sur l’Atlantique tropical.

Durant le XXe siècle, six ouragans ont laissé une empreinte indélébile sur l’île : Hazel  (1954) qui dévasta la presqu’île du Sud, tuant au passage plus de 2000 personnes, Flora  qui dans la nuit du 3 au 4 octobre 1963 sema la mort et la désolation sur la quasi-totalité de la République d’Haïti, Cleo (1964) ruina l’agriculture dans le Sud d’Haïti et dont l’onde de tempête tua plus de 120 personnes à Chardonnières dans le Sud-ouest d’Haïti, David, le 31 août 1979, un cyclone de catégorie 5 qui emporta plus de 2 000 personnes en République voisine; et notons que le 5 août 1980, Allen, un autre cyclone de catégorie 5, le plus puissant cyclone à avoir traversé la mer des Caraïbes au cours des 164 dernières années, passa à moins de 50 km des côtes de la République d’Haïti causant plus de 440 morts et des dégâts considérables. Mais c’est en 1930 que survint le plus violent cyclone dans l’histoire d’Hispaniola, qui ravagea la République dominicaine, Plantations, hôpitaux, églises, habitations ; rien n’échappa à sa furie et plus de 2 000 personnes périrent. Plus près de nous, Matthew en octobre 2016 qui causa un désastre humain, matériel et écologique sans précédent sur le Sud-ouest d’Haïti.

Pourtant malgré la violence de ces perturbations et la quasi-égalité entre le nombre de systèmes tropicaux affectant à la fois la partie occidentale de l’île occupée par Haïti et la région orientale constituée par la République dominicaine, le bilan en termes de perte en vies humaines et dégâts matériels est beaucoup plus élevé du côté haïtien. Pourquoi un tel contraste ?

Le passage de cyclones sur l’île est souvent marqué par de graves inondations, plus particulièrement ceux qui frappent directement la République d’Haïti, diagonalement comme Flora, Inez, Cleo ou perpendiculairement comme Hazel et Matthew. Ce type de trajectoire contrairement à celle qui fait passer ces systèmes sur la république voisine, permet au noyau du cyclone de rester quasiment intact. Face aux massifs de la selle et de la Hotte, la convergence des vents humides est alors maximale et des régions comme le Sud et le Sud-est sont littéralement noyées sous des tonnes d’eau. La configuration du relief, les pentes abruptes et la quasi-absence d’arbres facilitent le ruissellement des eaux de pluie qui vont gonfler le débit des rivières qui entrent en crue et emportent tout sur leur passage.

L’autre facteur aggravant est probablement un mauvais aménagement du territoire ou une mauvaise gouvernance qui a permis à des milliers de gens de s’installer dans les ravins, et surtout près des côtes.

« HAÏTI CONNAÎT DE FORTES ACTIVITÉS CYCLONIQUES LIÉES À SA POSITION GÉOGRAPHIQUE »

Existe-t-il des solutions ?

Il faudrait notamment un réveil de cette société qui ne se rend pas compte que sa survie est menacée. Seule cette prise de conscience permettra d’enclencher un mouvement réel qui forcera l’État à mettre en application un train de mesures permettant d’abord de protéger nos écosystèmes et de reconstruire l’environnement de ce pays. Certaines de ces mesures seront impopulaires mais nécessaires comme la destruction de plusieurs habitations situées près des côtes, dans les ravins, sur les pentes des montagnes, etc. Bien évidemment il faudra relocaliser ces populations dans le cadre de ce projet qui devra s’inscrire dans le cadre plus vaste d’un réaménagement du territoire national. Naturellement, de telles initiatives  doivent aussi s’inscrire dans le cadre d’un projet de développement national où tous les acteurs étatiques et privés devraient aussi prendre part. À court et à moyen terme, il faudra inculquer aux gens une vraie éducation environnementale surtout face aux catastrophes naturelles. Le prochain Matthew ou Inez n’attendra pas 50 ans !