Roudy Stanley Penn

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Timothe Jackson / Challenges

Jeunes et partis politiques en Haïti: comment réussir ce mariage difficile ?

Roudy Stanley PENN est Directeur général de PoliticoTech, firme spécialisée dans l’offre de services, de formations et de consultations dans le domaine politique. Auteur de plus plusieurs publications sur la participation politique des jeunes, Mr Penn est politologue, spécialisé en politique et administration électorale.

En 2014, lors d’une conférence pour le compte de IDEA International sur « Les jeunes et les partis politiques en Haïti », j’ai tenté avec force de cerner ce que nous pourrions interpréter comme le « malaise » chez les jeunes, à intégrer les partis politiques. Aujourd’hui, bien que de nombreux jeunes occupent d’importantes fonctions politiques, la question de « l’intégration politique » de ces derniers reste entière, dans la mesure où, ils ne sont pas issus de partis politiques structurés, et ne doivent leur ascension qu’à « la politique de salon », celle qui est en quelque sorte responsable du mal d’Haïti.

La stabilité et le développement dont nous rêvons tous nécessitent une vie politique organisée, où les partis sont de véritables institutions dynamiques qui fonctionnent au-delà des périodes électorales et qui ne sont pas à la recherche perpétuelle de candidats. Les dirigeants des formations politiques doivent comprendre la nécessité de recourir à des méthodes modernes de gestion de leurs institutions. On ne peut continuer éternellement avec les partis de cartables, les partis de valises, les partis de radio, alors qu’aujourd’hui tout se joue en ligne. En conséquence, les jeunes persisteront à afficher leur désintérêt le plus manifestement possible.

Pourquoi, par exemple, y a-t-il autant de jeunes leaders qui émergent, autant d’organisations de jeunes à prendre naissance et à faire succès, alors que les structures de jeunesse des partis politiques ont du mal à décoller ? Où est le handicape ? Tant de questions auxquelles il faut trouver des réponses, sans quoi le problème restera entier. Les partis demeureront des structures séniles qui ne dureront que le temps de ceux et celles qui les ont créés. Les partis ont besoin de la jeunesse parce qu’il s’agit de la plus forte proportion de la population haïtienne. Plus de 70 % de notre population ont moins de 30 ans. Des données qui nous font comprendre que les jeunes ne représentent pas seulement l’avenir du pays, mais qu’ils sont également le présent. On ne peut donc continuer à voir « l’affiliation dans les partis politiques » avec des lunettes de 1950,1960… Il faut innover. Il faut moderniser. Il faut s’adapter aux nouvelles situations.

« Les partis ont besoin de la jeunesse parce qu’il s’agit de la plus forte proportion de la population haïtienne.»

Il est vrai que les rapports intergénérationnels sont toujours sensibles parce que chaque génération porte des valeurs différentes qu’elle entend obstinément défendre. Pourtant, les partis doivent s’ouvrir et accepter d’être mis en question pour se restructurer et prendre leur véritable envol. À plus forte raison, il faut trouver les meilleures formules pour intégrer les jeunes et avoir des organisations de jeunesse dynamiques, pérennes, capables de renouveler elles-mêmes les idéaux des partis.

L’intérêt des jeunes jusque-là pour la politique est remarquable même si leur méfiance à l’égard des partis politiques est grandissante. Tout au long de l’histoire d’Haïti, les jeunes se sont fait remarquer en s’engageant et en consentant les sacrifices nécessaires. Mais ces sacrifices se révèlent vains dans la mesure où certains voient la révolution dans son sens étymologique plutôt que politique, à savoir “retour au point de départ”, plutôt qu’un changement radical dans l’ordre social. Aujourd’hui, il y a chez les jeunes un dégoût pour les leaders politiques, mais pas pour la politique en soi considérée comme l’un des moyens d’organiser la société en vue du bien-être collectif.

S’il n’y a pas au sein des partis cet effort d’intégrer les jeunes à travers des politiques cohérentes avec les moyens que cela nécessite, l’avenir politique du pays ne pourra être qu’incertain et sera malheureusement encore plus sombre au cours des prochaines années, car la démocratie se cultive, et c’est à travers les partis politiques que cela se produit.