Rock André: Que faire pour accélérer la croissance économique en Haïti en 2018 ?

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Cedel Haiti
Cedel Haiti

Rock André: est économiste, directeur général du Centre d’Entrepreneurship et de Leadership en Haïti (CEDEL HAÏTI), copropriétaire de Pot’iwa Pizza et professeur d’entrepreneu- riat à l’Université Quisqueya.

Chaque année, au mois de décembre, l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) publie « Les Comptes économiques » et informe du taux de croissance économique réalisé dans le pays. Pour l’année 2017, un taux de croissance de 1,1 % est anticipé par le gouvernement haïtien, contre une prévision antérieure de 2,2 % dans le budget initial 2016-2017. Dans le budget 2017-2018, l’administration Moïse-Lafontant mise sur une croissance de 3,9 % du Produit intérieur brut (PIB) pour l’année à venir. Selon la Banque mondiale, il faudrait une croissance annuelle du PIB de l’ordre de 7,2 % pour faire passer le taux de pauvreté extrême en Haïti, de 24 % à 3 % d’ici 2030. En clair, l’économie nationale ne croit pas assez vite. Que faire alors pour accélérer la croissance en 2018 dans le contexte actuel ?

Sur le chemin de la croissance
Une économie qui croît est celle où les individus ont un niveau de revenu adéquat pour consommer, où les entrepreneurs et les investisseurs créent et font prospérer des entreprises, où des investissements publics sont réalisés dans des projets à impact sur l’économie et où les exportations se portent bien et font générer des devises. L’ensemble de ces accomplissements sont possibles si et seulement si le pays est compétitif. Celle de la République dominicaine connaîtra un taux de croissance de 5,1 % en 2018, selon la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC).

Pour qu’Haïti puisse retrouver les voies d’une croissance économique soutenue et durable, il est nécessaire de travailler à l’amélioration de la compétitivité du pays. Dans le dernier rapport mondial sur la compétitivité, publié par le Forum économique mondial, Haïti était classé en 128e position sur 137 pays. L’un des principaux obstacles identifiés dans l’environnement des affaires est l’instabilité politique. En clair, créer un environnement politique stable pourrait constituer un point de départ pour les actions à entreprendre pour rendre Haïti plus compétitif.

 

« Créer un environnement politique stable constitue un point de départ pour les actions à entreprendre pour rendre Haïti plus compétitif. »

 

Un pays qui est politiquement stable attitre les investisseurs, facilite la réalisation de grands projets de développement et attire l’arrivée de centaines de milliers de visiteurs/touristes. Un pays qui est politiquement stable permet d’envisager avec beaucoup plus de quiétude des projets d’investissements privés de production sur le long terme. En plus, il faudra nécessairement penser au renforcement des institutions, à l’amélioration de l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’amélioration des infrastructures et à la création d’un environnement qui facilite l’innovation dans le pays.

Le rôle du secteur public est fondamental pour la création de cet environnement dont on parle. Une bonne partie des interventions publiques sera possible si le budget national est adapté à cet effet. En ce sens, la croissance économique viendra, si le pays se met en condition pour avoir suffisamment de ressources dans le budget national pour financer des projets d’investissements à fort impact économique.

Il faut un consensus national autour de la nécessité de créer un environnement économique, social et politique pro-croissance dans le pays, comme l’ont fait entre autres pays la République dominicaine et la Côte d’Ivoire. C’est ce qu’il faut faire pour entrer Haïti dans le cycle de prospérité  tant  souhaité.