Richenel Ostine: Ils sont entre le marteau et l’enclume

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Timothe Jackson/ Challenges
Timothe Jackson/ Challenges

est normalien et détient un Master en Philosophie. Il a fait également des études en Sociologie à la Faculté des Sciences Humaines. Il est le secrétaire général du « GWOUP SIMEN » qui assure entre autres la promotion pour l’entreprenariat et le financement participatif. Depuis une dizaine d’années, il travaille sur des thématiques liées à la gestion de l’aide humanitaire, à la coopération internationale et à la migration.

En politique, la perception est beaucoup plus importante que les faits. Selon ce que dégage le contexte actuel, Jovenel Moïse n’est ni aimé, ni respecté, ni craint, et est perçu comme quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il fait. Les derniers évènements violents enregistrés dans le pays, qui l’ont terriblement affaibli, renforcent cette perception de quelqu’un qui parle beaucoup sans rien faire de concret. Si le président est perçu de cette façon, le Parlement n’est pas mieux loti. Il est vu par l’opinion publique comme un repaire de bandits, de gens dépourvus de scrupule, de narcotrafiquants, de brasseurs d’affaires des plus louches, de parlementaires à patrons. Tout comme le Président, cette législature n’a plus de crédit aux yeux de la nation. 

 Depuis la transition démocratique entamée il y a environ une trentaine d’années, aucune législature en Haïti n’a été autant décriée que la 50e. C’est du jamais vu dans l’histoire politique de ce pays. Cette législature pourra-t-elle survivre jusqu’aux élections de l’année prochaine ? Si vous faites un sondage aujourd’hui, demain ou dans un mois, vous vous rendez compte qu’une bonne frange de la population est pour la dissolution du Parlement haïtien.

 

« LE PARLEMENT EST VU PAR L’OPINION PUBLIQUE COMME UN REPAIRE DE BANDITS ET DE GENS DÉPOURVUS DE TOUT SCRUPULE.»


Mineur…mais
responsable
Pour respecter ses engagements d’« améliorer les conditions de vie de la population et combattre la corruption », le Président aurait dû, d’entrée de jeu, diminuer de moitié le train de vie de l’État, en prenant des mesures drastiques pour réduire le coût de fonctionnement des ministres et des directeurs généraux, en encourageant la justice à faire son travail dans le cadre des dossiers de dilapidation des caisses du Trésor public, en prenant toutes les dispositions qui s’imposent pour combattre la surfacturation des contrats passés avec l’État (comme il l’a d’ailleurs dénoncé). Il ne devrait surtout pas représenter un obstacle pour les suites de l’enquête sur le gaspillage et le détournement des fonds Petro Caribe. L’histoire lui reprochera la déclaration qu’il a faite lors d’une tournée en France pour faire comprendre que pendant son quinquennat « aucun membre de son entourage ne sera persécuté dans le cadre de l’affaire Petro Caribe ». De fait, la mobilisation déclenchée par des sénateurs et par des organisations de la société civile n’a toujours pas abouti. Le dossier reste dans l’impasse. Le président de la République veille non seulement à la bonne marche des institutions mais aussi et surtout au bien-être de ses citoyens. Pendant les 17 premiers mois de son mandat, il est pratiquement passé à côté de ces deux missions. Jamais auparavant les institutions publiques n’avaient été aussi inefficaces. Et le fait d’avoir ordonné la destruction de plusieurs maisons à Pèlerin 5, où se trouve sa résidence officielle, prouve que Jovenel Moïse ne défend pas les couches défavorisées. On est en droit de se demander comment un président issu des « pitit sòyèt » puisse agir de la sorte ? Au lendemain de ces opérations, la cote de popularité de Monsieur Moïse a sans nul doute chuté de moitié, si l’on se réfère aux différentes interventions dans les médias et dans les rues. Les évènements du mois de juillet démontrent qu’il y a lieu pour le locataire du Palais national de réviser ses stratégies dans l’intérêt de la population sinon il risque de perdre toute sa légitimité, voire son pouvoir. En Haïti, tout pouvoir vient du peuple. Il vous le donne et peut, au moyen de mouvements pacifiques et/ou violents, vous l’enlever. Citons entre autres exemples, la mobilisation baptisée « GNB » qui avait provoqué le départ en exil de Jean Bertrand Aristide en Afrique du sud en 2004, et les turbulences politiques qui ont poussé Michel Martelly à céder sa place à Jocelerme Privert, suite à son élection au Parlement.