Rétrospective Burton Chenet jusqu’au 21 avril

469
Photographies par Marc Lee Steed

Sous l’impulsion de sa femme Christine, et dans le cadre d’une superbe restauration réalisée par Fokal, une rétrospective Burton Chenet nous livre une magnifique occasion de voyager à travers la peinture d’un artiste qui a su intégrer les symboles du vaudou et « comprendre ce vocabulaire pictural propre à la réalité de ma culture haïtienne », comme il le disait lui-même.

Il y a des rétrospectives plus joyeuses que d’autres. Non pas que les couleurs et la vitalité de Burton Chenet fassent défaut. Au contraire, quelle œuvre enthousiasmante et réjouissante, à la fois d’une grande diversité et bien ancrée dans son style, ses couleurs, ses sujets. Mais l’on préfère que l’artiste soit là pour nous accueillir, ou qu’il ait encore des années devant lui pour nous réjouir encore, surtout lorsque c’est un peintre aussi sympathique et chaleureux que Burton.

«  JE PENSE QU’IL EST DE MON DEVOIR DE CRÉER UN ART À TRAVERS LEQUEL LES AUTRES PEUVENT PÉNÉTRER LA CULTURE HAÏTIENNE, DE SAVOIR COMBIEN EST IMMENSÉMENT RICHE LE PEUPLE HAÏTIEN, MALGRÉ LES STATISTIQUES QUI NOUS CLASSENT COMME LES PLUS PAUVRES DU MONDE. »

Burton Chenet

Eh bien, ce serrement de cœur qui vous prend en pensant à sa disparition brutale et précoce, s’estompe à mesure qu’il vous entraîne de pièce en pièce et d’œuvre en œuvre. Dans la superbe maison Dufort, de style gingerbread, restaurée par Fokal, la lumière entre par toutes les portes et caresse les couleurs douces ou vives des tableaux de Burton Chenet. Un voyage dans le temps, celui des plafonds hauts et des parquets de bois, des briques blondes, des carreaux de ciment et des persiennes qui protègent du soleil et des regards.

Burton Chenet est né le 22 janvier 1958 à Suffren dans l’Etat de New York. De père haïtien – Rony Chenet, assureur – et de mère américaine – Nancy William, décoratrice d’intérieur – Burton Chenet grandit sous l’influence de ces deux cultures avec ses deux frères Ronald et Cédric. En 1960, sa famille s’installe en Haïti ou il est bercé par sa nourrice haïtienne des contes et histoires fantastiques du pays. En 1978, Burton Chenet commence à fréquenter le Centre d’art et tisse alors des liens avec les maîtres de la peinture naïve, Jasmin Joseph, Rigaud Benoît et le sculpteur Murat Brierre. À partir de 1980, il reprend la direction des États-Unis pour compléter sa formation artistique au Thiel College, Liberal Arts en Pennsylvanie puis au School of Visual Arts à New York. En 1985, il reçoit le prix Doolittle de l’Indian Mountain School dans le Connecticut. De retour en Haïti, il enseigne la peinture à l’Ecole nationale des Arts (ENARTS) de Port-au-Prince, de 1985 à 1991. Parallèlement, il travaille à temps partiel et installe son atelier à la boutique Ambiance, entreprise cogérée par sa mère. Ainsi prend naissance Ambiance Design Studio où il produit, expose et conserve son indépendance créatrice. Son propre style s’affirme dans un mélange d’influence culturelle haïtienne et de modernité new-yorkaise. Ses maîtres sont tout autant les Robert Saint-Brice, Georges Liautaud que les Jackson Pollock, William De Kooning ou encore Marc Rothko. Le 3 janvier 1993, il épouse Christine Audain, architecte paysagiste avec laquelle il a deux filles Iris et Jasmine. Le 21 mars 2012, il est assassiné en pleine nuit dans sa résidence à Turgeau, le quartier qui l’a vu grandir. Il avait 54 ans. Son dernier tableau s’appelle La Cible.

Photographies par Marc Lee Steed
Photographies par Marc Lee Steed

« CE QUI FRAPPE À PREMIÈRE VUE DANS SES TOILES, C’EST L’ABONDANCE DES COULEURS, BLEUS INTENSES DE LA MER ET DU CIEL, VERTS DURS DES PALMISTES, OCRE JAUNE DU SABLE DU RIVAGE CARAÏBE, NOIR ÉBÈNE DU FER DE NOS MAÎTRES FORGERONS, COULEURS QUI S’ADOUCISSENT DE RÉMINISCENCES D’AUTOMNE, OCRE BRUN, TERRE DE SIENNE MÊLÉE DE BLANC QUAND IL RETROUVE SES INFLUENCES ANTÉRIEURES…

SA TECHNIQUE A GARDÉ LA TOUCHE ET SOUVENT LA COMPOSITION DES PEINTRES QUE DANS LE LANGAGE HAÏTIEN OU MÊME UNIVERSEL, ON APPELLE MODERNE… TRIDIMENSIONNELLE DANS CERTAINES DE SES TOILES…DANS CE POTO-MITAN ENRUBANNÉ PLANTÉ AU MILIEU D’UN JARDIN SILENCIEUX ET ÉNIGMATIQUE. »

Francine Murat
Directrice du Centre d’Art, septembre 1991

 


Au programme de l’HOMMAGE À BURTON CHENET

Dans le cadre de l’inauguration du premier chantier-école de restauration de gingerbread de FOKAL

Photographies par Marc Lee Steed
Photographies par Marc Lee Steed

Tous les jours jusqu’au 8 avril, les 15 et 21 avril : visites guidées de l’exposition, Maison Dufort

30 mars : Burton Chenet raconté aux étudiants, projection commentée par Sterlin Ulysse, docteur en Histoire de l’art (Université de Toulouse), Bibliothèque de l’Université Quisqueya / Bibliothèque Madeleine Paillière, Campus de l’Université Quisqueya, Haut de Turgeau/

7 avril – 15 h : Ouverture de l’exposition Burton Chenet : Vèvès, Les Ateliers Jérôme, 46 rue Rebecca, Pétion-Ville

8 avril – 10 h 30 / 12 h 30 : Burton Chenet raconté aux élèves, projection commentée par Sterlin Ulysse, docteur en Histoire de l’art (Université de Toulouse), FOKAL, 143 avenue Christophe, Port-au-Prince

15 avril – 10 h 30 / 12 h 30 : Burton Chenet raconté aux élèves, projection commentée par Sterlin Ulysse, docteur en Histoire de l’art (Université de Toulouse), FOKAL, 143 avenue Christophe, Port-au-Prince

21 avril – 16 h / 18 h : Table ronde Burton vu par les artistes animée par Ronald Mevs (plasticien), Lori Manuel (graphiste), Emilcar Similien dit Simil (plasticien) et Pascale Monnin (plasticienne), Maison Dufort.
Clôture des expositions.

Stéphanie Renauld Armand