René Garcia Préval

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Politicien d’une rare modestie, René Garcia Préval a souvent été présenté comme le « primus inter pares » parmi les chefs d’État qui ont marqué l’histoire d’Haïti durant les trente dernières années. Décédé le 3 mars 2017, son legs reste pourtant bien vivant dans la tête 
des Haïtiens.

C’était un personnage iconoclaste » disent les uns, « c’était un homme simple et humble », déclarent les autres. En effet, le décès de René Garcia Préval, survenu le 3 mars 2017 à son domicile de Laboule, ouvre la porte à toute sorte de jugements tant sur l’homme lui-même que sur le Président qu’il a été.

Et comme la mort d’un homme est toujours le bilan de sa vie laissé entre les mains des autres, chacun retient et présente un aspect du comportement, des actions, des propos de celui qui a été 52ème, puis 55ème chef d’État d’Haïti et tente de le faire revivre dans les esprits. Somme toute, ce qui est unanimement admis et reconnu, c’est que Préval était un fin stratège. La preuve : il a dépassé son mentor politique Jean-Bertrand Aristide en bouclant deux mandats présidentiels de cinq ans alors que ce dernier a essuyé l’échec à deux reprises. Né le 17 janvier 1943 à Port-au-Prince, René Préval, agronome de formation, a été l’homme de la terre. Son premier mandat de Chef d’État,  du 7 février 1996 au 7 février 2001, a été consacré à la réforme agraire dans la vallée de l’Artibonite.

 

Sa politique agricole allait se révéler payante, mettant ainsi fin à une série de conflits terriens qui avait coûté la vie à de nombreux paysans. Ni propagandiste, ni vantard, les grandes actions politiques comme les coups bas de René Préval demeurent inconnus du grand public. Celui dont la compétence intellectuelle n’a jamais été trop vantée est un gestionnaire, un agronome qui a fait ses études  en Belgique, à Gembloux puis à l’Université de Louvain et a étudié également la biologie à l’Université de Pise (Italie). Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, celui dont Haïti a récemment pleuré la mort reste un « grand politicien » . Et ce n’est pas sans difficulté qu’il a pu parvenir à gravir les échelons. Il a un passé et un parcours. René Préval était trentenaire lorsqu’il a fait ses premiers pas dans l’administration publique.

Son premier poste occupé fut à l’Institut national des ressources minérales (INRM). Durant cette même période, celui qui laisse désormais définitivement sa marque à l’histoire d’Haïti ouvre une boulangerie dans la Capitale haïtienne et distribue du pain à l’orphelinat de Jean-Bertrand Aristide, à l’époque prêtre salésien. C’est dans cette activité qu’il a fait la connaissance de Jude Célestin, directeur d’usine à la Minoterie. Celui-ci allait être son poulain quelques années plus tard, soit en 2010 lors de l’élection présidentielle. En 1990, l’ancien curé de St Jean Bosco est élu président d’Haïti et René Préval, avec qui une amitié s’était liée, devient son Chef de gouvernement. Exilés après un coup d’État militaire en septembre 1991, les deux hommes reviennent en Haïti en 1994.  Deux ans après, René Préval, bénéficiaire de l’aura de Jean-Bertrand Aristide, est élu Président. Son mandat bouclé, Ti René fait profil bas. On ne l’entend presque plus.

Une quasi-absence politique, ou absence tout court s’est installée. En mai 2006, René Préval occupe pour une seconde fois le fauteuil présidentiel, après avoir signé «  l’acte de décès politique « de l’Intellectuel Lelsy François Manigat, son rival à l’élection présidentielle. Kidnappings, manifestations de rues, émeutes de la faim entre autres, M. Préval a dû faire face à tout cela durant son deuxième quinquennat. Il plie et ne rompt pas. Parlant de René Garcia Préval, ses admirateurs comme ses détracteurs accolent l’adjectif « grand » au mot « politicien » pour le rendre moins péjoratif…

Georges Allen