Relancer les services d’assainissement

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LES DÉCHETS sont souvent brûlés, dégageant odeurs nauséabondes et fumées toxiques. Photo by T. Mora Liautaud / Challenges

Le défi de l’assainissement se pose à travers tout le pays. Des maisons s’empilent sur les hauteurs alors que les plaines sont transformées en « béton-ville ». En l’absence de services d’assainissement, les populations de ces zones sont exposées à de véritables dangers sanitaires.

L
’accumulation, à chaque coin de rue, de tonnes d’immondices en état de décomposition montre que les services de voiries sont dysfonctionnels. Souvent, pour se débarrasser de ces déchets, les riverains y mettent le feu sans se soucier des graves conséquences que la fumée toxique qui se dégage peut causer sur les organes respiratoires. Les cliniques médicales constatent une augmentation des cas d’asthme ces dernières années à un rythme tel qu’il devrait interpeller le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) pour tenter de connaître la prévalence de cette maladie. Il y va des infections respiratoires aiguës qui deviennent chroniques et débouchent parfois sur une anhélation grave.

Le choléra meurtrier
Le choléra, qui a tué plus de 9 000 Haïtiens depuis son introduction dans le pays en octobre 2010 selon le MSPP, est aujourd’hui devenu une maladie endémique. Quelques averses suivies d’inondations suffisent pour que la bactérie vibrio cholerae, responsable de la maladie, se propage dans les zones les plus vulnérables. Les autorités sanitaires redoutent de nouvelles poussées cette année compte tenu du fait que la crise politique a aggravé considérablement les conditions de vie des plus démunis à Port-au-Prince comme dans les villes de province.

FAUTE DE RAMASSAGE, les immondices, vecteurs de nombreuses pathologies, s’accumulent dans les rues. Photo by T. Mora Liautaud / Challenges
FAUTE DE RAMASSAGE, les immondices, vecteurs de nombreuses pathologies, s’accumulent dans les rues. Photo by T. Mora Liautaud / Challenges

Le problème de l’eau potable
Dans les quartiers pauvres, les maladies diarrhéiques sont fréquentes chez les enfants en bas âge et les mauvaises conditions d’hygiène sont mises en cause. L’eau potable reste un luxe que les personnes défavorisées ne peuvent se payer. Elles peuvent encore moins acheter des détergents pour se laver les mains à répétition comme le recommandent les messages de sensibilisation. Dans la capitale haïtienne de nombreux habitants gens continuent de satisfaire leurs besoins naturels en plein air faute de disposer de WC.

Après le séisme du 12 janvier, des spoliateurs ont envahi les points de captage d’eau et ont construit des latrines çà et là. Pour seule réaction, les services concernés, dont la Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement (DINEPA), n’ont fait que rapporter les inconvénients et les cas de sabotage des tuyaux qui alimentent les installations de traitement et de distribution d’eau potable dont la qualité laisse à désirer. Ce qui a donné naissance au phénomène des boutiques d’eau traitée par le procédé dit d’osmose inverse (par filtration) qui échappe au contrôle du MSPP.

La lutte contre le paludisme

Le paludisme a toujours représenté un grave problème de santé publique en Haïti. Pour l’éradiquer, il avait été créé, dans les années 70, le SNEM (Service national d’éradication de la malaria) dont la stratégie visait à désinfecter les marécages et les moindres flaques d’eau aux alentours des maisons. Jusqu’en 1988, date de fermeture des portes du SNEM, cette lutte permettait de limiter la reproduction des anophèles, les moustiques vecteurs de la malaria. En 2016, soit vingt-huit ans après sa fermeture, une telle structure se révèle plus que jamais indispensable. Les risques d’épidémies de fièvre dengue, de chikungunya et de zika sont aujourd’hui encore plus importants en raison du niveau extrême d’insalubrité qui caractérise les zones urbaines et rurales. En 2007, le MSPP s’inquiétait, indiquant que « 80 % de la population sont concernés par le paludisme » et lançait le Plan national stratégique de lutte contre la malaria avec l’objectif d’éradiquer cette pathologie dans le pays d’ici 2020. L’un des axes privilégiés de ce plan est la prévention paludique ciblant toutes les populations vulnérables. Mais plus d’un s’interrogent sur l’atteinte des objectifs fixés en l’absence de fonds dédiés…

IMMONDICES, eau stagnante et produits alimentaires ne font jamais bon ménage… Photo by T. Mora Liautaud / Challenges
IMMONDICES, eau stagnante et produits alimentaires ne font jamais bon ménage… Photo by T. Mora Liautaud / Challenges

Chaque acteur impliqué dans l’assainissement de façon globale doit prendre ses responsabilités. S’agissant de problèmes de santé publique, le MSPP est évidemment la première institution concernée, suivie du Service métropolitain de collecte de résidus solides (SMCRS), des mairies, du ministère des Travaux publics, Transports et Communication (MTPTC), de qui dépend la DINEPA, et du ministère de l’Environnement. Il est essentiel qu’organismes publics et institutions privées concernées par la gestion des ordures, le traitement de l’eau ou encore la lutte contre les moustiques se réunissent et œuvrent de concert. Seule cette synergie pourra permettre de tenter d’atteindre l’objectif d’éradiquer la malaria en 2020 et d’améliorer les conditions sanitaires d’une grande partie de la population haïtienne.

Cossy Roosevelt