Redonner au Fort Jacques sa valeur historique et touristique

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Des canons déposés à l’entrée du Fort Jacques en raison des travaux de restauration
Des canons déposés à l’entrée du Fort Jacques en raison des travaux de restauration

Depuis bientôt neuf mois l’accès à l’enceinte du Fort Jacques est interdit ; une mesure pour  faciliter les travaux de restauration de ce patrimoine touristique précieux. Pour autant les activités ne sont pas au point mort puisque beaucoup de gens continuent de fréquenter ce site.

Kenscoff a évolué au fil des années en termes de construction de maisons en béton. Ces dernières ont remplacé les pins, la verdure et la douce température qui caractérisaient cette zone et appartiennent désormais au passé. Le seul symbole qui a su résister à l’usure du temps et aux changements imposés par les nouvelles communautés, c’est bien  le «Fort Jacques ». 212 ans après, il tient encore debout et témoigne de l’ingéniosité de nos ancêtres qui, face à un éventuel retour des soldats français pour reconquérir la perle des Antilles, se sont attelés à ériger des forteresses dans toutes les zones stratégiques du pays. Sur un sommet culminant à près de 1500 mètres et dominant pratiquement la baie de Port-au-Prince, ledit fort était censé avoir la capacité de repousser des troupes ennemies bien que cela ne se soit jamais produit puisque, entre-temps, les données avaient changé.

Fort Jacques, des valeurs inestimables

À l’instar de bien d’autres structures de défense du territoire national construites après l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804, le Fort Jacques, dédié en l’honneur de Jean-Jacques Dessalines, a acquis des valeurs historiques et touristiques inestimables. Avant sa fermeture, dans le cadre des travaux de restauration, des flux importants de visiteurs y débarquaient quotidiennement pour contempler son architecture et pour revivre le passé glorieux de l’armée indigène qui a infligé une sévère défaite à l’une des plus puissantes armées du XIXe siècle. Il dispose en effet d’une armurerie, d’une salle de réunion, d’un cachot, d’un dortoir, d’un réservoir et de 13 canons de trois à quatre kilomètres de portée dont un de fabrication anglaise. Ces armes, vielles de plus de 220 ans, sont déposées provisoirement non loin d’un restaurant construit en 1984 avec des pierres mais qui aujourd’hui ne sert à rien.

Le Fort Jacques a été sérieusement endommagé lors du séisme de janvier 2010
Le Fort Jacques a été sérieusement endommagé lors du séisme de janvier 2010

Bien qu’aucune pancarte n’informe du projet de réhabilitation en précisant notamment le plan et la durée des opérations, Mario Beauzile, qui s’est improvisé guide touristique, rôde encore dans les parages et croit savoir qu’il faudra au moins dix mois d’intenses travaux pour insuffler une nouvelle vie au Fort Jacques. Le fort porte encore les stigmates du séisme du 12 Janvier 2010 qui avait fait tomber des pans de murs entiers. La restauration effectuée entre 1980 et 1984 n’avait pas pris en compte les risques sismiques.

« En plus des contours et des différents compartiments de cette structure, poursuit ce
natif de Kenscoff, il faut s’attaquer à l’ensemble de son environnement pour améliorer l’accueil et attirer beaucoup plus de touristes locaux et étrangers les jours suivant
sa réhabilitation 
».

« Nous avons perdu beaucoup de pins en octobre 2016 lors du passage de l’ouragan Matthew », déplore Mario Beauzile qui conseille aux responsables concernés de lancer une campagne de reboisement afin de préserver les richesses du site en question.

Un chantier en souffrance

Au 15 juin, Fort Jacques transformé en chantier est resté au stade de démarrage, donc aucune avancée, ce qui d’ailleurs décourage le jeune Mario. En attendant que tout redevienne normal, il a fait l’acquisition d’une moto et se transforme du coup en chauffeur de taxi, uniquement pour combler son manque à gagner.

Dans un passé encore récent, beaucoup de gens vivaient à partir des flux de visiteurs qu’attirait le Fort Jacques. Explorations, journées récréatives, pique-niques, séances de shooting pour des vidéoclips, commémoration de l’assassinat de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines le 17 octobre de chaque année…autant d’activités qui apportaient un peu d’argent aux habitants de Kenscoff.

Le ministère de la culture et l’ISPAN ont donc pour obligation de s’impliquer à fond dans le projet de restauration de Fort Jacques en mobilisant tous les moyens nécessaires.

Cossy Roosevelt