REBO, plus qu’une marque de café

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Ti Pilon permet à des auto-entrepreneurs de proposer des petits-déjeuners

REBO, quatre lettres intrinsèquement liées à l’une des plus anciennes et des plus grandes compagnies haïtiennes de café. L’histoire de cette entreprise et l’étendue de ses investissements sont pourtant méconnues du public. Le café n’est que la pointe de l’iceberg de ce fleuron entrepreneurial. Jean-Philippe Dufort et Gilbert Gonzales racontent l’aventure de la marque.

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our Jean-Philippe Dufort, le PDG de REBO, la marque est d’abord une histoire de famille. En 1970, sa famille rachète à la famille Reimbold l’une des premières usines de torréfaction en Haïti et crée la marque REBO. Il occupe alors différents postes dans l’entreprise familiale Jacques A. Dufort & Co. Celui qui est le plus âgé au sein de REBO S.A. a vu l’entreprise familiale confrontée à de nombreux obstacles et défis. L’embargo de 1991 et les durcissements de 1993 ont même complètement suspendu les exportations de l’entreprise qui a dû se renouveler pour garantir sa survie. C’est dans ce contexte, qu’en 1995 Jean-Philippe Dufort propose à sa famille d’ouvrir l’entreprise à l’actionnariat. Il lui faut plus d’un an pour les convaincre que cette option est celle de l’avenir. Une fois leur accord obtenu, il recrute trois actionnaires pour fonder REBO SA en 1996. Se joignent alors à lui, Gilbert Gonzales, Jacques Villejoint et Patrick Fischl. Ensemble, ils détiennent la majorité des actions de REBO, une minorité appartient toujours la famille Dufort. Un conseil d’administration veille au bon fonctionnement de l’entreprise.

Évoluer pour ne pas stagner
Le marché de l’exportation n’étant plus ce qu’il était, les nouveaux actionnaires ont complètement revu le modèle d’affaires et la structure de l’entreprise. « Il nous fallait nous réinventer complètement et ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier », partage Jean-Philippe Dufort. Au fil des ans, l’entreprise s’est donc diversifiée en développant une branche agro-industrielle dédiée à la distribution de produits haïtiens et étrangers sur le marché local. C’est d’ailleurs à ce niveau que l’entreprise réalise la plus grande partie de son chiffre d’affaires. Son produit vedette et au sommet des ventes : Criollito (cube de bouillon de poulet).

Diversifier pour mieux régner
REBO SA ne se limite pas au domaine de la distribution de produits et la production du café. En parcourant la structure de l’entreprise, on constate son implication actionnariale dans des sociétés telles que BUH (banque), I Commerce (importation vins), Barton & Guestier (alcool, boissons, etc.), Caribbean Bottling Company (Culligan, purification d’eau, production de boissons et fabrication de glace), PISA-Production des îles (Rebo Expresso, Ti Pilon, production de cacao, café, mamba, fruits et légumes), Internegoce (protection incendie et équipements de bureau) et SCDI (Société caribéenne de développement et d’investissements – acquisitions et gestion d’investissements). « Nous avons réussi à implanter une bonne structure et surtout mis la qualité au premier plan de toutes nos initiatives d’affaires », telle est, selon Gilbert Gonzales, son vice-président, la clef du succès de REBO SA. Il va plus loin en affirmant que la survie de la filière café de l’entreprise a été conditionnée par la performance des autres divisions. La stratégie de diversification des risques a été bénéfique selon son analyse et les rapports financiers.

De gauche à droite : Gilbert Gonzales et Jean-Philippe Dufort, respectivement vice président et PDG de REBO SA. T. Mora Liautaud / Challenges
De gauche à droite : Gilbert Gonzales et Jean-Philippe Dufort, respectivement vice président et PDG de REBO SA. T. Mora Liautaud / Challenges

Innover pour assurer l’avenir
L’innovation est au cœur des plans d’avenir de REBO SA. Gilbert Gonzales parle avec fierté de la certification biologique que le cacao PISA a réussi à obtenir pour quelques coopératives et qui continuera de s’étendre. Il travaille également sur le projet de ferme modèle qui permettrait à REBO de contrôler sa production tout en créant un modèle d’affaires permettant d’éduquer et de former les agriculteurs locaux dans des conditions de production optimales. Son souhait est également de voir aboutir un partenariat public-privé qui pourrait, à travers des investissements substantiels, garantir le soutien à la filière café qui souffre depuis plusieurs années. La rouille, cette maladie qui attaque les zones de production, doit être une priorité pour le gouvernement pour la survie du secteur. Il faut également, selon lui, travailler sérieusement sur un système de certification pour le café puisque les consommateurs à travers le monde sont de plus en plus demandeurs de produits certifiés équitables. Côté affaires, REBO souhaite ouvrir au moins deux nouvelles succursales Rebo Expresso dans la métropole en 2016-2017. Une version express vient d’être inaugurée au Giant de Tabarre et des perspectives pour les provinces sont à l’étude… La production et l’exportation du cacao fermenté sont une priorité pour l’entreprise via sa division PISA. L’entreprise a reçu un soutien financier de 200 000 $ de l’Usaid à travers son programme LEAD pour soutenir son développement. PISA a participé ce mois-ci au Salon du chocolat à Paris pour présenter son produit sur le marché international. Le cacao haïtien a été sacré comme l’un des meilleurs au monde lors de cet événement.

Impact social
Dans le classement des contribuables de la DGI, Rebo SA figure parmi les 40 compagnies qui paient le plus d’impôts. Elle compte 480 employés. À cela s’ajoutent les emplois indirects : 100 entrepreneurs Ti Pilon, 80 journaliers, 40 manutentionnaires, 1 800 agriculteurs pour la filière cacao et 4 000 producteurs de café. La parité homme/femme est un enjeu important sur lequel des efforts sont investis. La responsabilité sociale (RSE) est une priorité pour l’entreprise. La Fondation REBO, créée en 2008, a pour mission principale de supporter le développement rural à travers le reboisement, l’éducation, la construction d’infrastructures et l’appui aux organisations communautaires. En 2009, dans le cadre d’un programme de relance de la production agricole, PISA a lancé son projet Ti Pilon pour lequel elle a reçu une aide financière de l’Usaid de 49 000 $. Ce projet est destiné à créer du travail et former des micro-entrepreneurs en leur permettant d’offrir à travers les rues de la capitale, dans un chariot mobile, un petit-déjeuner, hygiéniquement préparé, offrant du café accompagné de tartines au beurre d’arachide. Jusqu’à aujourd’hui, ce projet continue à s’étendre et créer des emplois durables dans la communauté.

Véritable empire avec des tentacules qui touchent plusieurs secteurs, REBO SA est définitivement plus qu’une marque de café !
Carla Beauvais

Plus d’informations sur www.rebo.ht