Quelles stratégies de subvention appliquées en 2016 ?

118
500 000 000 DE GOURDES sont consacrés chaque année à l’achat des manuels scolaires. Tatiana Mora Liautaud

L’Etat haïtien se retrouve cette année face au problème complexe des subventions scolaires. Le ministère va devoir choisir entre le Programme EPT et le Psugo ou optera-t-il pour leur jumelage ? D’aucuns pensent qu’une nouvelle approche est nécessaire en vue d’une meilleure utilisation des 500 millions de gourdes mobilisées pour la subvention et la dotation des manuels scolaires.

Les subventions scolaires en Haïti comprennent deux phases. Dans la première, l’Etat prend en charge le paiement de la scolarité d’une certaine quantité d’enfants. Avant l’année scolaire 2011-2012, le nombre était de 140 000. Le financement provenait du Partenariat mondial pour l’Education, comme la Banque Mondiale, qui avait consenti 10 millions de dollars pour la mise en œuvre du Programme éducation pour tous (EPT). Avec l’administration de Michel Martelly est né le Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (Psugo) financé par la diaspora à travers le Fonds national de l’éducation (FNE), qui n’a toujours pas été approuvé au Parlement. Pour des raisons non élucidées, ces deux programmes sont mis en œuvre parallèlement alors qu’ils ne fixent qu’un seul objectif : augmenter l’offre scolaire. Cette année, beaucoup espèrent que les autorités éducatives les fusionneront en vue d’une plus grande efficacité. C’est le cas du professeur Hans Muselaire qui fait remarquer que les deux programmes diffèrent seulement dans l’origine de leur financement. L’EPT a même été dupliqué et un EPT-II vient d’être financé à travers la subvention de la scolarité de 28 000 nouveaux enfants.

LES PROGRAMMES,/span> de subvention scolaires sont-ils efficaces ? Georges H. Rouzier / Challenges
LES PROGRAMMES, de subvention scolaires sont-ils efficaces ? Georges H. Rouzier / Challenges

« En fait, René Préval a initié l’EPT discrètement. Michel Martelly a créé le Psugo parallèlement et déployé toute une campagne médiatique autour », rappelle Hans Muselaire. « Malgré tout, le Psugo est un bon programme dans son essence, malheureusement il est devenu purement politique et a engendré tout un monde de corrompus », regrette l’éducateur. Il déplore le détournement des fonds mobilisés par des députés et des sénateurs qui auraient inscrit des écoles fantômes dans le programme en complicité avec des fonctionnaires du système éducatif. D’ailleurs, il distingue parmi les établissements scolaires impliqués dans la mise en œuvre du Psugo les écoles existantes dans les valises des écoles fonctionnelles comme celles qui se regroupent sous l’appellation de l’Initiative des directeurs d’écoles privées d’Haïti (IDEPH), lesquelles recevraient effectivement des enfants en salle de classe. Les autorités de l’éducation sont au courant de ces manigances mais rien n’est fait de peur que les parlementaires corrompus ne les éjectent de leur poste, dévoile le directeur de l’Institution mixte Hans Muselaire.

La deuxième phase des subventions scolaires concerne les livres. En effet, depuis plus d’une décennie, l’Etat haïtien distribue des millions de manuels scolaires en subvention et en dotation. Le budget de la République prévoit 500 000 000 de gourdes pour appliquer cette politique à chaque rentrée scolaire. Chaque fois, le même montant est mobilisé pour les mêmes opérations. A la fin, l’Etat ne fait que dépenser alors que le livre pourrait être inscrit dans le cadre d’un investissement et le bien qu’il représente serait amorti annuellement. Le professeur Hans Muselaire voit dans cette politique de subvention et de dotation une possibilité de corruption des fonctionnaires, qui bénéficieraient des pots-de-vin de la part des éditeurs dont le chiffre d’affaires augmente chaque année à pareille époque. Il souscrit à l’idée que l’élève reçoit le manuel contre un frais et sous la menace de sanction au cas où il l’abîmerait. Le frais consenti au moment du prêt servirait à la reliure du manuel de manière à prolonger sa durée de vie afin qu’il contribue à l’apprentissage de plusieurs promotions d’élèves.

Des programmes à repenser
Certains désapprouvent la politique qui consiste à subventionner et doter des livres. Cette catégorie d’observateurs et acteurs du système éducatif haïtien est favorable à la mise en place d’une bibliothèque dans toutes les écoles publiques avec la possibilité que celle-ci soit ouverte aux élèves du secteur privé de l’éducation. L’idée n’est pas mauvaise, à en croire Hans Muselaire, mais des mesures strictes s’imposeraient pour prévenir le détournement des manuels par les enseignants et les directeurs des structures scolaires concernées.

Pour l’année académique 2016-2017, les responsables de l’éducation ne font aucune annonce en ce qui a trait aux programmes de subvention scolaire alors que les décisions sont censées être prises au cours de l’année précédente. Normal, pour certains. A moins qu’il ne soit question de lever le voile sur les privilèges accordés à des maisons d’édition au détriment de plusieurs autres ? Il faudrait également justifier la mise en œuvre de deux programmes parallèles de subvention de la scolarité d’enfants haïtiens.

Guamacice Delice