Quel impact attendre d’un festival ?

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MALOU BEAUVOIR, chanteuse haïtia- no-américaine
MALOU BEAUVOIR, chanteuse haïtiano-américaine

Qu’est-ce qui attire les étrangers vers un festival ? Quels sont ses impacts en termes financiers et d’image ? Comment tirer parti des investissements qu’il représente ? C’est la question que Challenges s’est posée à l’issue du 11e Festival International de Jazz de Port-au-Prince.

Le 11e Festival International de Jazz s’achève sur un bilan paradoxal : une affiche prestigieuse, des milliers de spectateurs, des dizaines de critiques élogieuses dans la presse locale et internationale, et en même temps un bilan financier déficitaire malgré une équipe bénévole qui ne tire pas un sou de ces huit jours exceptionnels. La raison de ce marasme : l’absence presque totale de soutien de la part de l’État pour un événement de portée internationale qui devrait rapporter plus que de l’argent, de l’image, de la notoriété et de la visibilité positive.

« Pas de 12e édition dans ces conditions »

Avec un budget de moins de 285,000 USD dont l’essentiel provient du secteur privé (28%), des ambassades étrangères qui financent directement la venue des musiciens qui les représentent (35%), de subventions institutionnelles étrangères des ambassades de Suisse, des États Unis et de l’OIF (15%), et seulement 15% des institutions publiques  (qui n’indexe pas ses subventions au taux de la gourde, ndlr), et 7% provenant de sources diverses telles que le programme « Les Amis du festival » et la contribution des restaurants afters, le PAPJAZZ a réjoui son public, fait travailler une vingtaine d’entreprises pendant 8 jours, et a permis de générer une fréquentation additionnelle pour les hôtels et restaurants (300 nuitées et plus de 600 repas) mais est loin d’équilibrer le budget du festival, dont la majorité des concerts sont gratuits.  « Le manque d’équipements culturels publics (salles de spectacles, chapiteaux, équipements en son et lumière, génératrices, podiums, transport local, etc.) impose un investissement très lourd à la Fondation. Tout cela pour quel retour… à part les remerciements et encouragements des artistes et du public qui sont en bout de ligne notre seul moteur ? Nous devons revoir entièrement notre modèle économique et l’implication de l’État, car le déficit de ces deux dernières éditions ne nous permet en aucun cas d’envisager une 12e édition dans les mêmes conditions », alertent les organisateurs.

À l’opposé, le festival de Jazz de Montréal affiche, lui, un budget de 30 millions, couvert à un tiers en autofinancement (billetterie des concerts et ventes de restauration et de souvenirs sur le site), un tiers en sponsoring de grandes marques et un tiers venant de contributions institutionnelles publiques. Le festival emploie environ 2 000 personnes en plus de son équipe permanente d’une centaine de personnes (source Le Monde).

Hôtellerie et restauration :  les premiers bénéficiaires

Quels que soient leur taille et leur type, l’impact de tels événements n’est plus à démontrer. Jazz in Marciac, en France, récolte environ 9 millions d’euros pour 3,5 millions d’investissement, le Festival de Spectacles de Rue à Aurillac fait rentrer 4 euros pour chaque euro dépensé. Ces festivals permettent en outre de développer l’activité touristique des régions, et notamment l’hôtellerie/restauration, premiers bénéficiaires des festivités, qui réalisent à Marciac par exemple 30 à 40 % de leur chiffre annuel en une semaine.

Chez nos voisins caribéens, une étude réalisée il y a quelques années évoque 900 % de retour sur investissement (majoritairement public) c’est-à-dire les dépenses des visiteurs pour le Festival des Musiques Créoles (la Dominique), 700 % pour le Carnaval de Trinidad et Tobago ou encore 900 % pour le Festival de Sainte Lucie (source France Antilles). Les expériences de Sainte Lucie et de la Barbade ont aussi montré qu’il peut y avoir des retombées économiques à long terme, avec la professionnalisation des prestataires et des opportunités d’exportation des services et des artistes locaux. Le Barbadien, Keith Nurse, consultant en gestion, planification stratégique et recherche culturelle, auteur de cette étude, constate aussi que ce ne sont pas ceux qui investissent qui en bénéficient. « Ce qu’un festival génère vaut beaucoup plus que l’impact microéconomique. L’impact de la marque, en particulier à l’ère d’internet, des blogs, des médias… est souvent plus important que l’impact microéconomique », conclut-il. Et c’est bien là que se légitiment et se justifient les apports (environ 1/3) des municipalités, des ministères et des institutions publiques en général : l’impact médiatique et de notoriété permet à une ville ou un pays de réaliser une campagne de communication nationale et internationale à moindres frais.

Stéphanie Renauld Armand