Québec: La force D’Anthony Duclair

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PHOTOGRAPHIES PAR CHC – FRANÇOIS LACASSE

Anthony Duclair, qui évolue comme ailier gauche pour les Coyotes de l’Arizona, fait tourner bien des têtes depuis son arrivée dans la Ligue nationale de hockey (LNH). D’origine haïtienne, ce rapide attaquant  de 20 ans se positionne comme 5e meilleur pointeur parmi les recrues.

A rrivés d’Haïti à Montréal, les parents d’Anthony Duclair ont fait connaître le hockey à leur fils très tôt. « C’est en regardant les Canadiens de Montréal (CH) et au vu de la popularité de ce sport que mon père m’a fait essayer le hockey, explique l’attaquant de 20 ans. Il a commencé à m’apprendre à patiner quand j’avais deux ans. J’ai joué au soccer, au baseball et au football comme mon oncle Farell Duclair qui a gagné la coupe Grey en 1998 avec les Stampeders de Calgary. Mais mon père a vite compris que le hockey était mon sport numéro un. »
tréal, les parents d’Anthony Duclair ont fait connaître le hockey à leur fils très tôt. « C’est en regardant les Canadiens de Montréal (CH) et au vu de la popularité de ce sport que mon père m’a fait essayer le hockey, explique l’attaquant de 20 ans. Il a commencé à m’apprendre à patiner quand j’avais deux ans. J’ai joué au soccer, au baseball et au football comme mon oncle Farell Duclair qui a gagné la coupe Grey en 1998 avec les Stampeders de Calgary. Mais mon père a vite compris que le hockey était mon sport numéro un. »
Pour ce jeune né à Montréal, qui a grandi avec la ferveur qu’éprouve cette ville pour son équipe de hockey, difficile de ne pas en être contaminé. D’ailleurs, son joueur préféré dans sa jeunesse était nul autre que le capitaine du CH pendant quatorze ans, Saku Koivu. Il a été impressionné non seulement par son jeu, mais également par sa détermination et « toute l’adversité à laquelle Saku a dû faire face en combattant le cancer ».

Des recruteurs sur la réserve

L’adversité, c’est le propre de tout athlète et Anthony y a été confronté à plusieurs reprises. Lors du repê chage de la Ligue nationale de hockey (LNH) en 2013, Anthony Duclair avait le potentiel pour être choisi en première ronde, mais il n’a été sélectionné qu’au 80e rang, en troisième ronde. Nathan Mackinnon, le premier attaquant choisi (2e au total) dans ce repêchage, évoluait lui aussi dans le même circuit qu’Anthony Duclair, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). En 2011-2012, pour leur saison recrue dans la LHJMQ, tous les deux ont marqué le même nombre de buts (31), Mackinnon finissant avec un total de 78 points contre 66 pour Duclair. L’année suivante, Anthony commença la saison en force avec 8 points lors ses trois premiers matchs avant de subir une entorse à la cheville qui le maintiendra hors du jeu pendant cinq semaines. À son retour avec la formation des Remparts de Québec, pilotée par le célèbre entraîneur Patrick Roy, il obtiendra tout de même 50 points. Toutefois, l’analyste de TSN, Bob McKenzie, note que des rapports de recruteurs commençaient à indiquer que Duclair « était un joueur égoïste, qui jouait prudemment et ne voulait pas payer le prix dans les matchs plus compétitifs ». Ce sentiment s’est accentué lors du repêchage de 2013 quand son ancien entraîneur Patrick Roy, maintenant devenu entraîneur de L’Avalanche du Colorado, ne l’a pas repêché ni en deuxième ni en troisième ronde. Le fait que son ancien entraîneur n’en voulait pas a probablement envoyé le signal qu’il devait y avoir quelque chose de louche chez Anthony. Plusieurs équipes ont ainsi passé leur tour.

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ANTHONY DUCLAIR a obtenu la médaille d’or lors des championnats du monde juniors

Repêché aux Rangers  de New York 

Le directeur du personnel des Rangers de New York, Gordie Clark, avait trouvé « qu’on avait entendu des histoires d’attitude et d’égotisme avant le repêchage et pourtant, lors de l’entrevue avec Anthony, nous avons vu un jeune qui admettait ses torts et qui semblait empli d’humilité ». Même si Clark se disait « étonné de voir Duclair encore disponible en troisième ronde » son organisation, qui avait pourtant trois choix en troisième ronde, ne s’est pas empressée de le sélectionner pour autant. Ont été préférés en 65e position Adam Tambellini, ensuite en 75e position Pavel Buchnevich et finalement en 80e position, Anthony Duclair. La bonne nouvelle de ce repêchage, c’est qu’Anthony allait porter le gilet de l’équipe préférée de son père, les Rangers de New York. Fait intéressant, c’est qu’à ce jour aucun des deux autres choix de troisième ronde n’a encore joué un seul match dans la LNH !
Animé, voire galvanisé, par cet épisode, Anthony Duclair a redoublé d’effort avec 50 buts et 49 passes en 59 matchs lors la saison suivante chez les Remparts de Québec, ce qui lui a valu d’être nommé sur l’équipe étoile de la LHJMQ en 2014. Par la suite, lors du camp d’entraînement des Rangers, personne ne s’attendait à ce qu’il se taille un poste au sein de la formation mais il se distinguera avec 5 points en 5 matchs et contraindra la direction à le garder au sein de l’équipe régulière de la LNH : « Mon premier match dans la ligue nationale, c’était un feeling incroyable ! Quand tu es jeune, tu rêves de jouer dans la ligue nationale. Puis, plus tu vieillis, plus tu réalises que ça devient de plus en plus difficile et qu’il y a beaucoup de sacrifices à faire avant d’y arriver. J’ai travaillé fort et il y a beaucoup de bon monde qui m’a aidé, dont mes parents. C’est grâce à eux si je suis ici. Alors c’était vraiment un moment incroyable pour moi et toute ma famille ce premier match. » Après 18 matchs, les Rangers le céderont à l’équipe junior du Canada pour qu’il puisse participer aux championnats mondiaux juniors. Évoluant sur le trio le plus offensif du tournoi avec Max Domi et Sam Reinhart, il récoltera 4 buts et 4 aides en 7 matchs menant le Canada à la médaille d’or. Dire que l’année précédente, il n’avait même pas été considéré par l’équipe nationale. Anthony se remémore : « chaque Noël, ma famille et moi nous regardions ce tournoi auquel j’avais toujours rêvé de participer. Là, j’y jouais, à Montréal en plus ! C’est à date, mon plus grand accomplissement d’avoir eu cette médaille d’or autour du cou. »
Les Rangers le retournent par la suite aux Remparts. C’est là que le 1er mars 2015, entre la deuxième et la troisième période d’un match, il apprendra par téléphone qu’il fait partie d’un échange à multiples joueurs entre les Rangers et les Coyotes de l’Arizona. En effet, les Rangers avaient besoin du défenseur étoile Keith Yandle pour faire du chemin en série alors que les Coyotes voulaient réunir Anthony Duclair et Max Domi, le duo magique des championnats junior. « C’était une surprise pour moi, explique le jeune hockeyeur. Mais j’ai regardé les côtés positifs, je me retrouvais avec l’un de mes bons amis, Max Domi. C’était un scénario parfait pour Max et moi parce que nous pouvions avoir beaucoup de temps de glace avec les Coyotes. »

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ANTHONY DUCLAIR face au défenseur (all-star) des Canadiens de Montréal P.K. Subban (#76), le 19 novembre dernier.

 Un rêve quotidien 

Aujourd’hui, Anthony vit son rêve chaque jour en jouant dans la LNH : « Je côtoie des modèles comme P.K. Subban qui inspire des gens de la communauté haïtienne et les noirs en général à jouer au hockey mais aussi en s’impliquant dans sa communauté ». P.K. Subban a récemment fait un don de 10 millions de dollars à l’Hôpital de Montréal pour enfants. « Je suis encore une recrue mais ça fait définitivement partie de mes plans de redonner à la communauté autant qu’elle m’a donné », affirme Anthony Duclair. Plusieurs joueurs d’origine haïtienne ont évolué dans la LNH depuis le natif d’Haïti Claude Vilgrain ; des joueurs comme Réginald Savage, Georges Laraque, Francis Bouillon, Jean-Luc GrandPierre ou encore Maxime Fortunus. Est-ce que nous pourrions voir une équipe olympique d’hockey haïtienne un jour ? « J’espère, répond Anthony. J’en connais beaucoup qui jouent au hockey à Montréal et si ça pouvait arriver, ce serait incroyable. » Il y a actuellement une vingtaine de joueurs noirs dans la LNH. « Et de plus en plus de jeunes espoirs qui arrivent dans la ligue, rappelle l’attaquant d’origine haïtienne. Le message que j’espère leur transmettre c’est de rester humble, d’être toujours positif, peu importe ce qui arrive. Quand tu travailles fort, de bonnes choses finissent par arriver ! » Voilà un discours qui contredit totalement l’impression des recruteurs en 2013. Anthony Duclair n’est jamais allé en Haïti mais il compte bien s’y rendre un jour. Pour l’instant, c’est lorsqu’il revient à Montréal qu’il profite des « plats haïtiens de ma mère, car je n’en trouve pas en Arizona ». On souhaite vraiment que les Canadiens de Montréal fassent ce qu’il faut pour qu’Anthony puisse savourer tous les jours la cuisine de sa mère.

Will Prosper