Québec : Kerlande Mibel est candidate à la mairie de Montréal-nord

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D’ORIGINE HAÏTIENNE, Kerlande Mibel sera la candidate du parti Projet Montréal. Photographie par Pierre-Luc Daoust

Kerlande Mibel, née au Cap-Haïtien et présidente de l’agence de communication Zwart, a plus de dix ans d’expérience dans le secteur de la communication et du développement économique. Ancienne conseillère politique au cabinet du maire de Montréal, elle brigue aujourd’hui la mairie de Montréal-Nord.

C’est en grande pompe que la présidente du parti politique Projet Montréal, Nathalie Goulet, et le chef par intérim du parti, Luc Ferrandez, ont annoncé la candidature à la mairie de Montréal-Nord de l’experte en développement économique Kerlande Mibel. Cette native du Cap-Haïtien, qui est arrivée rue Monty à Montréal-Nord à l’âge de 8 ans et qui est la « fille d’une couturière qui a fait carrière sur Chabanel et d’un père chauffeur de taxi », veut « refaire la réputation de Montréal-Nord » et souhaite « que ce soient les Nord-Montréalais qui la définissent ». « Montréal-Nord a nourri et stimulé ma curiosité pour le monde à travers mes profs. Ils m’ont fait croire qu’il n’y avait que des opportunités, que tout était possible », indique-t-elle, avant d’ajouter : « Je veux faire de Montréal-Nord une plateforme d’intégration comme ce fût le cas pour moi. »

Un arrondissement pauvre mais riche de sa jeunesse
Cet arrondissement, dont 35 % de la population est âgée de 30 ans et moins, est riche de sa jeunesse. Toutefois, 40 % de sa population vit sous le seuil de la pauvreté. Pour Kerlande Mibel, ces statistiques représentent aussi « un puits de création immense, car avec un taux de chômage élevé tu dois apprendre à te débrouiller. Cette créativité, c’est ce qui nourrit l’entrepreneuriat, que ça soit de l’économie sociale ou collaborative, c’est ce qu’il faut pour créer de la richesse et combattre la pauvreté. »

Cette débrouillardise fait partie de la génétique de cette mère qui se présente dans l’arrondissement ayant le plus haut taux de familles monoparentales sur l’île de Montréal. Kerlande Mibel, elle-même mère seule, a accouché de son fils Dietrich à l’âge de 20 ans, alors qu’elle sortait de son premier examen du Bac à l’Uqam. Elle se souvient : « Je suis en plein examen mi-parcours. Deux semaines après mon accouchement, je suis au café à côté de l’Uqam, j’allaite mon enfant avant qu’un ami ne le garde pour que j’aille passer mes examens. » Son fils a été un catalyseur pour elle : « Beaucoup de choses que j’ai faites, je les ai faites pour que mon fils me voie accomplir des choses intéressantes. »

L’entrepreneuriat en fer de lance
L’importance d’être à l’écoute de la jeunesse est une leçon que le père de Kerlande a transmise à celle qui se remémore les soirées où son « père et ses amis jouaient au bésigue, discutant le samedi soir en regardant le hockey. Mon père forçait ses amis à m’écouter car, pour lui, ce que j’avais à dire était important. » Elle reconstitue cette logique de renforcement auprès de son fils qui l’a suivie sur « tous les conseils d’administration, à la Jeune Chambre de commerce haïtienne. Et quand je me suis présentée comme responsable du groupe d’action politique des Québécois issus de l’immigration au Parti Québécois (PQ) en 2005, Dietrich faisait la tournée et disait aux gens : “Posez-lui telle question”. Il voulait que j’aborde tous les sujets sans en oublier un. C’est comme cela que j’ai fini par siéger dans l’exécutif national. » Le Parti Québécois sera une école politique extraordinaire pour elle.

Mais son fer de lance demeure l’entrepreneuriat, acquis durant son mandat de responsable du développement des affaires de la Compagnie F. D’ailleurs, l’ancien maire de Rosemont Petite-Patrie, André Lavallée, disait souvent « Kerlande, c’est la meilleure “pusher” de l’entrepreneuriat féminin. »

Il ne faut donc pas s’étonner que le chef par intérim de Projet Montréal, Luc Ferrandez, déclare à son attention : « Tous les Montréalais ont besoin de toi, pas seulement à Montréal-Nord, mais nous avons besoin de toi au centre des affaires. Nous avons besoin de toi dans la culture, dans le mouvement féministe montréalais. En plus, tu es représentante d’une communauté qui a pris sa place à Montréal. Nous sommes à une étape où nous voulons que les Haïtiens prennent le pouvoir à Montréal en tant que Montréalais. » Cela pourrait être dès le 24 avril, date de l’élection partielle à Montréal-Nord.

Challenges