À quand un réseau routier moderne ?

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Georges H. Rouzier / Challenges

Plus de la moitié des 4 370 km de routes dont dispose Haïti sont en piteux état en 2016. Jusqu’en 2011, seulement 1 714 km étaient asphaltées et les travaux de construction ou d’amélioration des voies principales et secondaires avancent très lentement faute de moyens financiers.
Par Cossy Roosevelt

René Préval, au cours de ses deux mandats présidentiels (1996/2001-2006/2011), a fait des projets d’infrastructures routières son cheval de bataille en priorisant les départements autres que l’Ouest. A titre d’exemple, la route moderne qui relie le Cap-Haïtien à Fort Liberté et Ouanaminthe (deux communes du Nord-Est), grâce à laquelle les usagers mettent aujourd’hui moins d’une heure pour atteindre ces communes alors qu’il en fallait plus de quatre autrefois. Au cours des dernières années ayant suivi le séisme sans précédent de notre histoire contemporaine, et avec l’assistance des principaux bailleurs de fonds d’Haïti, sous l’administration Martelly/Lamothe, plus de 180 projets dont des infrastructures horizontales ont connu certaines avancées tels la route de Jérémie et celle reliant la ville des Gonaïves au Cap-Haïtien.

Photographies par Georges H. Rouzier / Challenges
Photographies par Georges H. Rouzier / Challenges

D’autres projets sont jusqu’ici sans suite comme s’en plaignent les habitants de Port-de-Paix qui brûlent d’impatience de voir le lancement des travaux de construction d’une voie publique longue de 46 kilomètres à partir des Gonaïves qui coûteront environ 140 millions de dollars, financement des ponts déjà construits non inclus. En septembre 2015, un protocole d’entente avait été signé avec la China National Automation Control System Corp, une firme chinoise de construction. Et depuis aucune avancée réelle. Lors de la présentation de l’énoncé de politique générale du Premier ministre Enex Jean-Charles, Louis Onondieu a attiré l’attention du collaborateur immédiat de Jocelerme Privert sur la nécessité de réactiver ce projet tout au moins. Le sénateur du Nord-Ouest a fait comprendre à Enex Jean-Charles que la population est au bout de sa peine et exige de l’Etat un meilleur regard.

ROUTES NATIONALES CONSTRUITES ET/OU
EN CONSTRUCTION

  • RN1 (Port-au-Prince/Cap-Haïtien : 251 km)
  • RN2 (Port-au-Prince/Les Cayes : 191 km)
  • RN3 (Port-au-Prince/Hinche : 113 km). Non totalement achevée puisqu’elle doit déboucher sur le Cap-Haïtien
  • RN6 (Cap-Haïtien/Ouanaminthe : 67 km)

Un secteur au rouge
Face à une grande mobilisation de la communauté internationale pour aider à la reconstruction des villes ravagées par le séisme de janvier 2010, les firmes de construction sentirent la nécessité d’investir dans l’achat de nouveaux équipements lourds et de renforcer leur présence sur le terrain pour contribuer à cet effort colossal. C’est le cas de la compagnie Vorbe et Fils qui est passée d’une installation à quatre à travers le pays. Jusqu’en 2013, il y avait des opportunités à exploiter puisque plusieurs projets de construction de routes étaient en cours d’exécution. Mais aucune nouvelle commande depuis, ce qui laisse croire que ce secteur est au rouge aujourd’hui. Les causes sont connues de tous : la chute des prix des produits pétroliers sur le marché entraînant des pertes énormes par rapport aux projections faites dans le cadre du programme PetroCaribe (le baril du pétrole passant de 100 à 30 dollars en moins de deux ans) ; le fait que la dette d’Haïti ait été annulée suite au tremblement de terre, pendant un certain temps le pays ne peut plus solliciter des prêts auprès des bailleurs internationaux. Aujourd’hui, la République qui porte encore les stigmates de cette catastrophe naturelle ne reçoit que des dons, environ 50 millions de dollars par année, largement insuffisants pour supporter les efforts de reconstruction. Actuellement, 1 kilomètre de route coûte 1 million de dollars américains sans parler des autres ouvrages (ponts et canalisations). La dernière raison, celle qui dérange le plus et entrave la poursuite des projets, l’instabilité politique. L’aide des bailleurs est en effet liée par la conjoncture politique, admettent les acteurs du secteur de la construction. Faute de financements, certains projets confiés à la compagnie Vorbe et Fils sont ainsi arrêtés en mi-chemin. Et elle n’est pas la seule compagnie à subir les conséquences de l’effondrement du secteur des infrastructures routières.

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Quid du viaduc de Bizoton ?
A l’époque de l’administration Martelly/Lamothe, s’appuyant sur la manne pétrolière du Venezuela, les ambitions ne semblaient connaître de limites. Plus de 90 % des projets relatifs aux constructions et réhabilitations de routes et de ponts reposaient sur l’argent du programme PetroCaribe. L’on comprend que la chute vertigineuse des prix du baril de pétrole sur le marché international allait remettre en question toutes les initiatives présentant des budgets exorbitants. L’échangeur à huit voies au niveau de Bizoton (Carrefour) n’a même pas franchi la première étape de sa construction malgré les annonces faites par l’ancien ministre des Travaux publics, Transports et Communications, Jacques Rousseau, qui avait annoncé la réactivation de ce chantier pour rattraper les retards dus au manque de financement. Il s’est basé sur la résolution publiée dans le Moniteur # 147, en août 2015, allouant les ressources nécessaires (environ 14 millions de $ US) à la poursuite des travaux qui devaient être achevés en mars dernier. Le pont à étagement de Bizoton doit faciliter la circulation toujours dense au point où l’on entame le tronçon baptisé « route de rail ». L’important serait d’avoir un viaduc qui permettrait la jonction entre Bizoton et Mariana et faciliterait la tâche aux conducteurs à destination des villes du grand Sud. Une nécessité parmi de nombreuses autres.

DÈS QU’UN PONT TEMPORAIRE s’effondre, comme il y a quelques jours près de Cité-Soleil, c’est toute la population qui en souffre.
DÈS QU’UN PONT TEMPORAIRE s’effondre, comme il y a quelques jours près de Cité-Soleil, c’est toute la population qui en souffre.