Montréal : Quand les jeunes leaders sont la solution

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UN DÉFILÉ DE MODE organisé par les élèves était au programme cette année. Photo par Will Prosper / Challenges

L’école secondaire Jean-Grou, qui accueille un grand nombre d’Haïtiens, expérimente depuis plus de dix ans le concept de Jeunes leaders ; des élèves qui s’impliquent dans la vie de leur école. Le Choco Show qui s’est tenu il y a quelques jours est l’une de leurs actions.

Devant une salle bondée d’élèves à l’école secondaire Jean-Grou, de l’arrondissement Rivière-des-Prairies à Montréal, a pris place la deuxième édition du Choco Show organisé par les Jeunes leaders de cette école, le 25 février dernier.

Un projet né en 2005
Le projet Jeunes leaders a vu le jour en 2005 suite à des incidents impliquant des jeunes de la communauté haïtienne liés à des « bagarres, vandalisme, intimidation, racket, etc. », rappelle le directeur d’équipe, Pierreson Vaval, de l’organisme qui chapeaute le projet. Aussi, poursuit-il, « pour contrer ces phénomènes, nous avons mobilisé des jeunes qui avaient envie de s’impliquer dans un comité de réflexion. Nous nous disions “Si les jeunes sont le problème, ce sont aussi eux la solution”. Nous sommes arrivés avec le projet Jeunes leaders pour contrer ces phénomènes en intégrant la participation des jeunes. »

Le comité a débuté avec 15 étudiants de l’école Jean-Grou qui, au début, ont légèrement peiné à se faire accepter par leurs pairs. Ils étaient perçus comme des traîtres « snitch », de la part de leurs camarades en raison des responsabilités qui leur ont été confiées, puisque celles-ci étaient liées à la sécurité (tel que faire respecter les règles de l’école et les règlements municipaux). Ceux-ci ont dû s’ajuster pour créer de nouvelles stratégies afin de sensibiliser et de créer diverses activités tels des barbecues, des danses des cafés, des discussions sur multiples sujets et d’autres activités de sensibilisation. Parmi celles-ci on compte le Choco Show qui se déroule durant le Mois de l’histoire des noirs. Au programme notamment, un défilé de mode préparé par des élèves de l’école mais aussi de la danse et des concerts.

65 candidatures cette année
Cette année, le projet Jeunes leaders a reçu plus de 65 candidatures mais n’a pu retenir que 40 candidats de secondaire 4 et 5, dont la vaste majorité est issue de la communauté haïtienne. Ces leaders « bénéficient de formation continue avec des conférenciers de différents horizons qui viennent les rencontrer durant l’année pour les guider et les inspirer. Ils font des visites à Québec ou à Ottawa, à la Chambre des communes ou au Parlement et rencontrent des députés pour comprendre le processus démocratique et comment défendre des enjeux auprès des politiciens », explique Pierreson Vaval.

L’école secondaire Jean-Grou accueille environ 1 200 élèves, dont 70 % sont noirs et majoritairement issus de la communauté haïtienne, ce qui en fait l’une des écoles comptant l’une des plus grandes communautés noires au Québec. Ces chiffres rendent fier Pierreson Vaval quand il constate que « plusieurs leaders sont devenus des professionnels, en plus d’en avoir qui travaillent avec nous comme intervenant ou comme coach. Aujourd’hui, on voit des jeunes avec des chandails jaunes de leaders, qui ont réussi à changer la perception des adultes et de la communauté grâce à leur travail exceptionnel auprès des jeunes. Non seulement pour le bénéfice de l’école Jean-Grou mais de sa grande communauté. » Preuve s’il en fallait une que les jeunes peuvent effectivement être la solution.

Will Prosper