Quand le commerce se conjugue au féminin

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UNE MAJORITÉ DE FEMMES travaillent dans le secteur informel. Photo par Frankenson Lexis / Challenges

Les femmes haïtiennes sont fortement présentes dans le secteur informel et, depuis plusieurs années maintenant, leur proportion augmente considérablement sur le circuit formel. Elles sont pleinement engagées dans l’activité économique, à des degrés divers, que ce soit en milieu rural, urbain ou métropolitain.

Des études effectuées ces dernières années sur l’évolution de l’économie nationale présentent les femmes haïtiennes comme le poumon de ce secteur se basant sur leur engagement effectif dans les activités commerciales aussi bien en amont qu’en aval (commerce des intrants et des produits agricoles). Les données de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) jusqu’en 2010 – avant le séisme – tournaient autour de 40 % d’implication des femmes dans toutes les filières ou presque. Cette tendance évolue à la hausse ; la situation générale du pays poussant en effet les femmes haïtiennes à improviser. De fait, leur prédominance dans le circuit informel varie en fonction des milieux. Elle est estimée respectivement à plus de 67 % et 53 % dans les zones rurales et urbaines, et à plus de 52 % dans l’aire métropolitaine. Cependant, l’activité économique des femmes en Haïti demeure sous-estimée en raison justement de son caractère informel et insuffisamment structuré, axée particulièrement sur la vente de produits alimentaires. Alors que les emplois du secteur informel tendent à se concentrer dans le commerce de détail (46,5 %), ce dernier ne concerne que 12,1 % des emplois du secteur formel.

Quand la microfinance entre en jeu
Marie a démarré son commerce avec seulement 25 000 gourdes en 2009. Sept ans plus tard, son chiffre d’affaires a quadruplé et, aujourd’hui, elle bénéficie d’un apport de l’Association pour la coopération avec la micro-entreprise (ACME) de 150 000 gourdes qui permet à cette quarantenaire de développer son business et d’assurer l’éducation de ses trois enfants. Sa solvabilité lui a permis de donner confiance à une autre micro-entreprise auprès de qui elle a pu obtenir des moyens pour louer un local dans un petit centre commercial de Delmas. Comme Marie, des milliers de femmes haïtiennes se battent quotidiennement dans les marchés publics et sur les trottoirs pour faire fructifier leurs petits commerces dans des conditions souvent très précaires, mais elles y arrivent tant bien que mal. Certaines d’entre elles disposent de patente et paient régulièrement leurs taxes et les dettes contractées, d’autres fonctionnant totalement dans l’informel et sont assez souvent pressurées par des percepteurs mobiles des mairies. Toutes, d’une façon ou d’une autre, participent à la croissance de l’économie nationale.

Depuis un certain temps, les petites et moyennes entreprises dominées par les femmes jouissent d’un focus particulier de la part de bailleurs internationaux. Entre 2013 et 2014, un total de 3 900 PME a bénéficié d’un encadrement pour la formalisation des dossiers, l’élaboration de plan d’affaires et l’accès à la commande publique, tout ceci dans le cadre d’un partenariat avec Peace Divident Trust.

Mais la microfinance haïtienne a commencé à recevoir un appui financier important de la part de plusieurs organisations dont l’USAID, la Banque Mondiale et l’ACDI à partir de 1995. Tout d’abord avec un Programme pour la Relance de l’Economie en Transition autour de 4,2 millions de dollars (1995-2000) et, depuis juillet 2009, avec Haïti Integrated Finance for Value Chains and Enterprises à hauteur de 34,4 millions.

Frankenson Lexis / Challenges
Frankenson Lexis / Challenges

Cossy Roosevelt


Formel et informel

En Haïti, l’informel, toutes activités économiques confondues, est considéré comme tel lorsqu’il échappe au contrôle de l’Etat. Dans cette catégorie sont inclus tous les emplois créés dans les unités de production non-enregistrées ou dans les unités de production enregistrées mais ne possédant pas de comptabilité formelle.

Ralph Thomassaint Joseph / Challenges
Ralph Thomassaint Joseph / Challenges