Présentation à Washington d’un rapport sur le commerce illégal

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Malgré l'interdiction, les assiettes en styrofoam passent à la frontière. Foto Konbit
Malgré l'interdiction, les assiettes en styrofoam passent à la frontière. Foto Konbit

Le 22 mars dernier, le CSIS (Center for Strategic and International Studies), l’un des plus importants think tank de Washington, présentait une étude et un rapport comportant une série de recommandations aux États, aux pouvoirs publics, au secteur privé, à la société civile des deux pays se partageant l’île, Haïti et Saint Domingue. Retour sur ce dossier.

Suite au financement d’une première présentation du CSIS en février 2018, l’Association des Industries d’Haïti (ADIH) a, par la suite, sollicité le soutien de l’USAID, de l’Ambassade des États-Unis et du Département d’État pour financer cette deuxième étude du CSIS. «Nous sommes sensibles au financement du Gouvernement américain pour la réalisation de cette étude et reconnaissants au secteur privé haïtien pour son soutien financier dans ce projet au cours des 12 dernières années», exprimait le secteur privé en introduction à la présentation du rapport du CSIS. Depuis février 2019, le congrès américain a suivi cette requête d’une mesure législative encourageant la collaboration des deux États frontaliers, et favorable au soutien de leurs efforts de collaboration pour le contrôle des frontières.

 Une préoccupation fondamentale
«La contrebande est une préoccupation fondamentale, voire une menace existentielle pour le peuple haïtien : le commerce frontalier illégal est grandissant entre la République d’Haïti et la République Dominicaine. Si rien n’est fait pour résoudre ce problème de toute urgence, la République d’Haïti court le risque de devenir un État en déliquescence», note le secteur privé en préambule de la présentation dudit rapport. Face à cela, il se félicite également de la prise de position du gouvernement américain car pour eux, « aucune autre stratégie de développement politique, social ou économique ne sera couronnée de succès sans mettre fin à l’énorme commerce frontalier illégal qui tue l’emploi, freine la croissance économique et prive la République d’Haïti de ses recettes publiques». Le secteur privé rappelle quelques chiffres qui font frémir : en 2015, les exportations de la République Dominicaine vers Haïti ont totalisé 1,4 milliard de dollars américains, alors qu’Haïti exporte : moins de 60 millions de dollars américains vers la République Dominicaine en 2018. Les pertes de revenus à la frontière pour le gouvernement haïtien provenant des importations dominicaines sont estimées à environ 350 millions de dollars américains, soit 16 % du budget de la République d’Haïti pour l’année écoulée de l’ordre de 2,2 milliards de dollars américains.

Quatre recommandations spécifiques
Si le rapport contient plusieurs recommandations spécifiques formulées en 4 objectifs fondamentaux – instaurer la confiance, lutter contre la corruption, faciliter le commerce formel, et promouvoir le développement dans la zone frontalière –, le secteur privé met en exergue la priorité immédiate d’établir un contrôle sur le commerce frontalier, l’objectif étant la réduction et l’élimination effective de la contrebande qui alimente la corruption, porte atteinte à l’emploi et nuit aux secteurs privés légitimes en République d’Haïti et en République Dominicaine.

Les remarques du secteur privé
Une volonté politique est nécessaire au plus haut niveau dans les deux pays pour garantir le changement. Le secteur privé haïtien continuera à plaider auprès du Gouvernement et du Parlement pour que des changements obligatoires soient apportés. Pour conclure, le secteur privé insiste sur la prochaine étape qui devrait inclure l’élaboration et la publication d’un plan intégré visant à mettre en place un contrôle des échanges frontaliers et une sécurité efficace.

Stéphanie Renauld Armand