Poésie : 20 questions à James Noël

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James Noël Photo par : Francesco Gattoni

Poète acclamé et habitué des résidences d’écriture un peu partout dans le monde, James Noël est le fondateur de Passagers des Vents, la première structure de résidence artistique et littéraire en Haïti, créée dans le but d’accueillir les écrivains du monde entier. L’imaginaire poétique de James Noël nous a légué, entre autres, Cheval de feu, La Fleur de Guernica, Bon Nouvèl ou Le Sang visible du vitrier. Sans oublier la revue IntranQu’îlités. À l’approche de la publication de l’Anthologie de poésie haïtienne contemporaine (le 12 novembre) et du Pyromane adolescent aux Éditions Points, Challenges a rencontré cet éternel non conformiste qui s’est prêté au jeu de nos 20 questions !


Anthologie de poésie haïtienne contemporaine Dirigée et présentée par James Noël Éditions Points
Anthologie de poésie haïtienne contemporaine
Dirigée et présentée
par James Noël
Éditions Points

Le peuple haïtien est un peuple de poètes, dit-on souvent pour faire vite. Un peuple aux rêves d’épopée avec des traces qui n’en finissent pas. Soixante-treize « poètes vivants » ont livré cinq de leurs plus beaux poèmes. La singularité de cette anthologie tient au fait qu’elle forme un tapis volant de subjectivités éclatées. Un brassage de tempéraments passionnants qui rassemble quatre générations ouvertes et poreuses aux grands flux de l’Histoire, de l’amour, du pays, du jeu, de la colère, du sexe, de l’exil, de la mer, de la joie…


Un objet dont vous ne pouvez vous départir ?
Mon ordinateur.

Le pays qui vous a le plus marqué ?
Notre étrange pays étranger, Haïti.

Votre chanson fétiche (le passage qui vous touche le plus) ?
Depi tan nou isit lannwit pa janm ale, chantée par Wooly Saint-Louis Jean. Texte Fi-a bwote dlo de Pierre Richard Narcisse.

Le livre qui vous a le plus marqué ? Cahier d’un retour au pays natal, d’Aimé Césaire.

Un film à voir absolument ? Salo, de Pasolini (un film éprouvant pour les yeux).

Une rencontre qui vous a marqué ? Ma femme.

Votre mot favori ? Bonjour, s’il fait jour.

Le poème que vous n’avez pas écrit et que vous auriez aimé écrire ? L’amour fou, de Léo Ferré.

Un événement que vous n’oublierez jamais ?
Le beau ciel surpeuplé d’étoiles qui s’est invité après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Écrire pour vous c’est… ?
Un moyen de faire faillite jusqu’au bout de soi. Sortir ses boyaux pour tenter de les attacher, les amarrer aux nœuds des étoiles filantes. Écrire est une feinte, un tour de main pour apparaître et disparaître.

Votre routine matinale ? Prendre un café.

Ce que vous rêviez d’être quand vous étiez enfant ? Un détenu, un prisonnier.

Votre vision de la mort ?
Une chaussette. Oui, une chaussette trouvée dans la boue, c’est ça la mort.

La plus belle déclaration d’amour qu’on vous ait faite ou que vous avez faite ?
« C’est peut-être toi, le profil type de l’amour… » « Je t’aime et bat mon cœur en faute de frappe. »

Ce qui vous met hors de vous ?
La grossièreté et tout ce qui incarne l’ère Martelly.

Une rencontre improbable que vous souhaitez au plus profond de vous ?
Léonard Cohen.

Ce qui vous fait sourire ?
Faute de colère, la Minustah me fait sourire.

Ce qui vous fait pleurer ?
Je baille et je pleure.

Ce que vous aimeriez qu’on retienne de vous ?
Mes poèmes sont un peu le fruit de mes problèmes. Si certains d’entre eux sont retenus pour leur vernis de beauté, ça serait déjà pas mal. La postérité, ce n’est pas trop mon truc.

Ce dont le monde a le plus besoin à l’heure actuelle ?
Des yeux pour voir et aimer ce que les yeux ne donnent pas nécessairement à voir. Un niveau d’amour et d’exigence pour rendre le cœur plus élastique, plus hospitalier au mystère de l’autre.

Propos recueillis par Carla Beauvais