Plus d’économie moins de politique !

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Photographies par Timothe Jackson/ Challenges
Photographies par Timothe Jackson/ Challenges

Finies les grandes déclarations politiques qui dérangent. Depuis quelque temps, le Président de la République a choisi d’emprunter les sentiers qui mènent aux parcs industriels. Des milliers d’emplois seront créés dans le pays en peu de temps, selon
Jovenel Moïse.
Par Georges Allen

S’agit-il d’un changement de paradigme ? En tout cas, depuis un certain temps, le climat politique est apaisé, laissant place à une apparente sérénité ici et là. Du côté du pouvoir en place, volontairement ou involontairement, une sourdine a été mise aux déclarations politiques malencontreuses, intempestives et gratuites. Le Président de la République agit plus et parle moins. À son 14e mois de mandat, Jovenel Moïse met le cap vers le ‘’Changement’’ promis. Durant tout le mois de mars, de nombreuses mesures visant à renforcer l’économie haïtienne ont été prises par l’Administration Moïse-Lafontant. Le Président de la République semble avoir laissé la caravane du changement poursuivre son cours à travers le pays, en mode ‘’pilote automatique’’.

 Ces derniers jours, Jovenel Moïse côtoie les entrepreneurs, visite les usines et annonce la création prochaine de milliers d’emplois en s’appuyant notamment sur les efforts en cours dans la zone franche de Lafito. En effet, le 26 mai dernier, le Président de la République avait assisté à la pose de la première pierre dans le cadre de la construction de 50 000 m2 d’usines par la compagnie taïwanaise, Reliable Source Industries, qui sera opérationnelle fin 2018.  Basés sur une superficie de 330 000 m2, les locataires de la zone franche de Lafito bénéficieront des avantages du port, ainsi que de l’électricité 24heures/24 et 7jours/7 produite par sa centrale de 24 MW. À l’occasion de cet événement, Gilbert Bigio, fondateur du GB Group, avait confié à Challenges que sa vision pour le développement durable passait toujours par la création d’emplois en Haïti : ‘’créer un emploi, c’est avant tout offrir à quelqu’un la possibilité de prendre en charge toutes les responsabilités qui lui incombent’’. Actuellement, des travaux d’expansion sont en cours à la société nationale des parcs industriels SONAPI. En effet, ces usines, dont la construction avance à grands pas, sont établies sur une superficie de 13 mille mètres carrés et seront confiées à la compagnie sud-coréenne dénommée HANSAE.

Reuven Bigio (Chairman du GB group) , Chris Yu (Représentant du RSI) et Jovenel Moïse (Président de la République) le 26 mai 2017, lors de la pose de la première pierre de la Zone franche à Lafito. Cossy Roosevelt/ Challenges
Reuven Bigio (Chairman du GB group) , Chris Yu (Représentant du RSI) et Jovenel Moïse (Président de la République) le 26 mai 2017, lors de la pose de la première pierre de la Zone franche à Lafito. Cossy Roosevelt/ Challenges

En visite d’inspection des chantiers, le Chef de l’État déclarait récemment : ‘’sept mille nouveaux emplois seront bientôt créés dans le secteur du textile. Pour y parvenir, j’appelle tous les acteurs, patrons, ouvriers et syndicats, à la collaboration’’. Accompagné pour l’occasion de son Premier ministre, Jack Guy Lafontant, le locataire du Palais national a passé des instructions claires au locataire de la Primature qui devra lancer des discussions sérieuses sur l’épineux dossier du salaire minimum.

Visite de président Jovenel Moïse à la Sonapi.

Poursuivant son périple, le Chef de l’État, en compagnie de l’ambassadeur américain accrédité en Haïti, Michèle J. Sison, a foulé les chantiers de construction de la zone franche de Santo Dujour, à Croix-des-bouquets. Basée sur une superficie de 10 mille mètres carrés, cette zone franche générera la création de 10 mille nouveaux emplois dans le pays. ‘‘Haïti a besoin d’une locomotive pour retrouver le chemin de la croissance et les zones franches ont les atouts nécessaires pour favoriser la diversification économique et les emplois dont le pays a tant besoin pour soulager la souffrance des populations vulnérables…’’, a dit Jovenel Moïse qui semble avoir entamé le chapitre II de son programme politique, consistant à ‘’mettre de l’argent dans la poche des Haïtiens’’.  

Au secours de la Gourde
Que toutes les transactions qui s’effectuent sur le territoire national soient libellées en monnaie locale ! Ainsi en a décidé l’administration par arrêté pris en conseil des ministres, le 1er mars 2018. D’une voix concordante, le ministre du Commerce et de l’industrie, Pierre-Marie Dumény, le grand argentier de la République, Jude Alix Patrick Salomon, ainsi que le Gouverneur de la Banque centrale, Jean Baden Dubois, expliquent que cette mesure vise à en finir avec la dépréciation accélérée de la gourde, soulager la population qui subit la variation incessante du taux de change. Par cette disposition qui suscite la grogne du Forum économique du secteur privé, le gouvernement veut également mettre fin à la dollarisation du marché haïtien. Haïti, dollarisé à plus de 63 %, selon le numéro un de la BRH, tente aujourd’hui d’appliquer la loi contre la double circulation de monnaie. Dans un contexte où le déficit budgétaire avoisine les 10 milliards de gourdes, pour le premier trimestre de l’année fiscale 2017-2018, l’administration Moïse-Lafontant doit prendre les décisions appropriées pour essayer de redresser l’économie. Si le gouvernement parvient à rétablir la gourde, Haïti aura franchi un grand pas dans la prise en main de son destin, comme Jovenel Moïse en a formulé le vœu en début d’année.