Pierre François Benoit

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Photographie par Timothé Jackson / Challenges

En acceptant de présider la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale, François Benoit avait mis en danger la crédibilité que beaucoup de monde lui reconnaît. En proférant sereinement « la reprise à zéro » de la présidentielle, il s’est sans doute fait quelques ennemis.

C’est dans la troisième ville du pays, Les Cayes, qu’est né Pierre François Benoit en mai 1936 sous la présidence de Sténio Vincent. La rectitude dont François fait toujours montre en tout est un acquis des études primaires et secondaires qu’il a bouclées chez les frères de l’Instruction chrétienne à Port-au-Prince. Une fois ses études classiques achevées, Pierre François Benoit, passionné de l’éloquence, de la toge et de l’autorité de l’argument, s’est dirigé vers la faculté de Droit et des Sciences économiques (FDSE), en 1955. Il n’a passé qu’un an dans cette faculté pour s’orienter ensuite vers l’Académie militaire d’Haïti. Son passage à l’Académie a été aussi de courte durée, entre 1956 et 1957. Intéressé aux langues vivantes, il a appris l’espagnol en 1959 à l’Institut Lope de Vega. La même année, Pierre François Benoit a intégré la USACarib School of the America, comme membre de l’infanterie dans la zone du canal de Panama. De 1972 à 1974, il était étudiant en technologie de l’informatique au Queensborough community college. En 1976, François a fréquenté la Penn State University (York Campus) où il a acquis une large connaissance en intégration à très grande échelle et en microprocesseurs. Possédant un goût poussé pour les chiffres, il s’est inscrit en 1986 à l’Oakland University pour se former en statistiques appliquées. Son aventure d’éternel étudiant ne s’arrête pas là. Deux années plus tard, soit en 1988, Pierre François Benoit a pris place au Washtenaw Community College pour des études dans la programmation en langage assembleur.

Pierre François Benoit est un homme de grande expérience qui a prêté ses services dans des domaines divers. En 2014, il a été nommé Président du Citadel Data Management Systems et également président de la commission chargée de l’élaboration du Livre blanc sur la Sécurité et la Défense nationale. De 2004 à 2008, François Benoit a été directeur général et trésorier du Conseil électoral provisoire (CEP) qui a organisé les élections qui ont porté au pouvoir René Préval. C’est lui qui est le fondateur, en 2001, des jardins hydroponiques d’Haïti. Il a été le président-directeur-général d’Alpha Communications Network (ACN), le premier fournisseur de services internet en Haïti. Sous le gouvernement de consensus dirigé par Emmanuel Nérette de 1992 à 1994, François Benoit a été nommé ministre des Affaires étrangères. Cet homme aux connaissances multiples a également œuvré comme directeur des ressources humaines au sein du GB Group.

Pierre François Benoit a accumulé les distinctions. L’ancien militaire a reçu en 1960, 1961, 1962 et 1963, les médailles d’or, d’argent et de bronze à l’International Military Rifle Competitions-Panama Canal Zone. En 1988, il a obtenu le Ten Thousand Dollar General Motors Aaward pour la création d’un programme informatique. En 1989, il a été décoré de l’Ordre national Honneur et Mérite de la République d’Haïti.

Une mission : dire la vérité
« Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à craindre », lâchait cet homme au regard perçant le 26 avril au Palais national, lors de l’installation de la commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale (CIEVE) que redoutaient l’international et certains partis politiques. En acceptant cette lourde responsabilité sujette à de nombreuses critiques, François Benoit, qui présidait la CIEVE, disait accomplir un devoir citoyen. Après un mois de dur labeur au Centre de tabulation des votes (CTV) et parfois des nuits blanches, à compter des procès-verbaux, François Benoit tranche : ce sera la reprise à zéro de la présidentielle de 2015. Depuis, l’homme s’attire les foudres d’une frange de la classe politique.

G.A.