Philippe Vorbe

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«Il est né balle aux pieds». Voilà ce qui explique, d’une certaine manière, la longévité, voire l’immortalité, de la passion de Philippe Vorbe pour le football. La fascinante histoire de 
ce footballeur prouve indéniablement que ce sport se joue beaucoup plus avec le « cœur » qu’avec les pieds.

Demandez à Lionel Messi, à Cristiano Ronaldo, à Neymar da Silva Santos, à toutes les étoiles internationalement connues et reconnues de ce sport qui fait rêver, des millions d’Haïtiens, l’une des plus grandes vérités sur leurs talents, ils vous répondront certainement que : « Le football est comme une femme jalouse qui ne se donne qu’à celui qui se donne complètement à elle ». Même si aujourd’hui l’équipe nationale de football n’est plus notre motif de fierté, comme ce fut le cas dans les années 70, nous pouvons tout de même nous réjouir puisqu’avant l’Argentin, le Portugais, le Brésilien et toutes les stars de renommée mondiale, l’enfant de Bas-peu-de-Chose, Philippe Vorbe, pratiquait quotidiennement cette vérité. Philippe était encore enfant quand, pour la première fois, il s’est mêlé à l’immense foule bruyante des gradins du Stade Sylvio Cator.

En effet, c’est son père, Jean Vorbe, lui aussi amant du football, qui l’avait emmené à l’âge de 7 ans assister à un match que disputait le Club Racing dont il finit par tomber amoureux. C’était en 1954, sous la Présidence de Paul Magloire. La naissance de cet homme, dont la raucité vocale gratifie les passionnés de foot d’excellents commentaires d’avant et d’après matchs sur Radio Télévision Caraïbe (RTVC) depuis 2010, coïncide avec le jour de la célébration de la Croix Glorieuse, le 14 septembre 1947. Philippe Vorbe est né à Port-au-Prince, dans une famille relativement aisée. Cette heureuse coïncidence explique peut-être pourquoi l’ancien élève du Petit Séminaire Collège Saint-Martial a connu la gloire dès sa prime jeunesse.

Entre déceptions et obsession…
Que l’on ne s’y méprenne pas ! Le racisme, la xénophobie ou la discrimination basée sur la couleur de peau ne sont pas des sentiments qui se vivent à sens unique où seul le « Blanc » peut, viscéralement, détester le « Noir ». En fait, très tôt dans sa vie, dès l’âge de 15 ans, Philippe Vorbe a été victime d’une violence verbale inhumainement antipathique. « Les mulâtres ne sont pas admis au Racing ». C’est la phrase qu’un « Monsieur » lui a lancée en plein visage alors que le jeune Philippe était venu lui dévoiler ses intentions de jouer au foot sous les couleurs jaune et bleu de la sélection raciniste. Pour une âme aussi tendre qui n’avait pas encore appris qu’un homme fort verse du sang avant de verser des larmes, pleurer était l’exutoire du moment. Mais, aussi tonitruant que fut ce premier choc, le fils du natif de Jérémie n’allait pas se laisser faire. Bien au contraire ! Conseillé par son grand frère Joël, footballeur lui aussi, Philippe est allé tenter sa chance chez l’adversaire de toujours du Racing, le Violette Atlhetic Club. Sans coup férir, il a été admis à cette sélection avec laquelle le septuagénaire reste encore attaché. À l’époque où il faisait les beaux jours de son Club, Philippe Vorbe était, par la finesse de son jeu en milieu de terrain, l’Arthur Rimbaud du football haïtien. Enchaînant victoire sur victoire avec son équipe, il gravissait les échelons footballistiques avec une vitesse supersonique jusqu’à atteindre le sommet : l’équipe nationale. Philippe n’avait que 17 ans. Pour la première et la dernière fois qu’Haïti a participé à la Coupe du monde, en 1974, Philippe Vorbe était là et son Art avait évité à la sélection nationale d’essuyer de trop grands échecs à Munich (Allemagne).

Une passion ardente
À 70 ans, Philippe Vorbe garde l’âme en feu du footballeur modèle qu’il fut, qu’il est, qu’il restera toujours. Aujourd’hui, intronisé au panthéon du football de la CONCACAF, Hall of Fame, Philippe Vorbe est comme Eduardo Galéano, un mendiant du football qui ne réclame que de belles actions, de beaux buts.

Georges Allen