Paul Eronce Villard

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Vérité ou impression, l’actuel Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince fait l’«unanimité » dans la basoche. Son installation au Parquet, en décembre 2018, semble avoir sonné le glas du favoritisme qui caractérise le fonctionnement de cette institution.

 

 

L’accueil favorable et grandiloquent, tous azimuts, reçu par le choix de Paul Eronce Villard comme Commissaire du Gouvernement laisse croire, du moins en apparence, que ce dernier est : l’homme qu’il faut, à la place qu’il faut. Ancien professeur de Philosophie traînant derrière lui dix (10) ans de carrière, formé tour à tour à l’École Normale Supérieure (1996-1999), à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de Port-au-Prince (1999-2003), à l’École nationale de la magistrature de Bordeaux (2010) et à l’École de la magistrature haïtienne, dont il a été le lauréat, Paul Eronce Villard n’a pas volé ce poste pour lequel il est parfaitement taillé. Boulimique de connaissances, papivore invétéré, l’actuel chef de la poursuite pénale est doté d’une tête pleinement bien faite. Si les acteurs du système judiciaire presque à l’unanimité avaient, le 18 décembre 2018, fait un triomphe à Me Villard, c’est moins pour ses compétences avérées que pour les valeurs qu’ils lui reconnaissent.

Dès sa prime jeunesse, le triptyque Loyauté-Intégrité-Honnêteté a sous-tendu et sous-tend encore l’existence de ce quadragénaire ouvert d’esprit et libéré de toute forme de préjugés. On peut rapidement comprendre pourquoi Paul Eronce s’est intéressé à la crise morale, de modèles, de principes et de déontologie dans le droit et la société haïtienne dans son mémoire de sortie à la FDSE. Et, il n’est pas sans importance de souligner que c’est six mois après avoir bouclé ses études en Sciences juridiques qu’il a soumis ce travail universitaire… Record ! Bien avant d’occuper ce poste vu comme un « siège éjectable », le savoir de Paul Eronce a été mis à l’épreuve au sein de plusieurs institutions. En 2009-2010, il a travaillé comme Officier de protection de l’enfant au PADF, assistant du travail à l’Assistance légale, Barreau de Port-au-Prince, Substitut Commissaire du Gouvernement de 2012 à 2015, et comme Officier de justice à la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) entre 2016-2018. Sans compter les différentes conférences qu’il a présentées en Haïti ou ailleurs sur la Philosophie politique, la Philosophie du droit…

Idéal réel et objectif précis
Ce serait se faire une idée bien étriquée, voire stéréotypée, de la fonction de Commissaire du Gouvernement de croire que Paul Eronce Villard est arrivé au Parquet catapulté et sans vision personnelle précise. Bien au contraire ! Certes, sa vision est calquée sur la politique pénale de l’Administration Moïse-Céant, à savoir : lutter contre l’insécurité foncière, combattre la traite des enfants, la corruption, la détention préventive prolongée… Pour une meilleure applicabilité de cette politique gouvernementale, le Parquetier entend avant tout réactiver l’administration interne de l’institution dont il préside aux destinées. Adepte du Nietzschéisme, Me Villard incarne, illico, l’exemple qu’il veut donner partout et toujours. En seulement un mois, le Parquet a soumis 199 réquisitoires définitifs et actes d’accusation, alors qu’il en fallait six mois pour produire 40 ; 369 personnes sur les milliers en situation de détention préventive prolongée ont déjà été libérées, toujours en un mois. N’est-ce pas ce qu’on appelle Révolution!

Insolite…
Cet homme qui, à l’évidence, n’occupe pas fortuitement son poste, porte pourtant par hasard ce nom, Paul Eronce Villard, dont il fait l’honneur. Comme on tire un lot d’une tombola, c’est ainsi que sa mère avait extirpé, par empressement, un acte de naissance parmi les dizaines empilées sur le bureau de l’Officier d’état civil, en 1974 ou 1977…

Georges Allen