Paul Beaubrun, la musique dans le sang

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Courtoisie de Paul Beaubrun
Courtoisie de Paul Beaubrun

L’auteur-compositeur d’origine Haïtienne a sorti le mois dernier son nouvel album intitulé ”Ayibobo”, sous l’égide du label Américain indépendant, Ropeadope Records. Toujours ravi de pouvoir partager sa culture, sa musique et ses racines avec un public international, le musicien de blues, aujourd’hui basé à New York, est le nouveau récipiendaire du riche héritage des Beaubrun.

Né de la Royauté musicale haïtienne, Paul Beaubrun a grandi en Haïti, porté par les rythmes, les sons et les accords. L’auteur-compositeur est sans conteste le digne descendant d’une lignée de grands artistes. Son grand-père, Théodore Beaubrun, auteur de la série à succès, Languichatte, est en quelque sorte un trésor national. Paul est aussi le fils des légendes du groupe Boukman Eksperyans nominé aux Grammys, Manzè et Lòlò, deux artistes de renommée internationale. Enfant, Paul a grandi immergé dans la musique mais également dans le militantisme. La famille Beaubrun a toujours été liée à des bouleversements politiques en Haïti. En 1991, celle-ci est contrainte à l’exil après le renversement du premier président démocratiquement élu d’Haïti, Jean Bertrand Aristide, lors d’un coup d’État militaire. À l’époque, Paul n’était qu’un adolescent de Port-au-Prince quand, dans la précipitation et la peur, il a dû fuir son pays. C’est à New York qu’il perfectionne son art. Inspiré de son héritage Haïtien, le jeune homme à la guitare et à l’ingéniosité musicale indéniable invente son propre style, façonne sa patte et son talent.

Il crée un son unique qu’il appelle « roots blues » et mélange habillement l’anglais, le français et le créole. Doté d’irréfutables compétences instrumentales, d’une voix riche et d’un passé culturel coloré, Paul Beaubrun a su créer une expression dans laquelle musique, activisme et histoire se mêlent avec magie et s’entrechoquent avec grâce. Pleinement conscient de ses racines, à mi-chemin entre le combat d’un immigrant et la vie frénétique new yorkaise, il diffuse depuis 2006 son message aux masses, à travers des textes inspirants.

Couverture du nouvel album AYIBOBO.

Ses influences sont multiples et son style inspiré par de nombreux artistes ; de Jimi Hendrix à Bob Marley, de Lenny Kravitz à Sade, en passant par Stevie Wonder et Prince, sans oublier Eric Clapton ou Buddy Guy, tous ont façonné son travail et ont été pour Paul une source d’inspiration. Son premier album sorti en 2012 et intitulé Project Haiti faisait déjà le buzz. En 2015, avec son album Vilnerab, Paul Beaubrun s’était hissé numéro 1 sur iTunes dans la catégorie Musique du monde. En 2016, il était nominé pour le prix Dora par l’Alliance des arts de la scène de Toronto pour sa composition sonore exceptionnelle dans la production de la pièce Espwa / Espoir.

Paul est également un membre actif de l’organisme Artists for Justice and Peace (APJ), une association qui encourage la paix et la justice sociale, en abordant les questions de pauvreté et d’émancipation dans les communautés du monde entier. Acteur éminent de leur mission, Paul monte régulièrement sur scène devant des publics du monde entier, pour y faire ce qu’il aime avant tout : jouer de la musique et faire connaître l’art et la culture Haïtienne. Cet attrait international fait de lui l’un des rares artistes Haïtiens à avoir obtenu un succès mondial. Depuis qu’il collabore avec l’APJ, Paul a eu la chance de se produire aux côtés d’artistes qu’il écoutait et admirait dans sa jeunesse. Des artistes comme Lauryn Hill, Arcade Fire, Jackson Browne, Maxwell, Sheryl Crow et David Byrne, entre autres.

Le mois dernier, le musicien de blues sortait son nouvel album Ayibobo, dont le premier single, « Why Don’t You Love Me? », lui a déjà valu les critiques élogieuses de Glide Magazine : « Avec cette chanson, Beaubrun s’enferme dans un profond groove et pose les questions essentielles auxquelles nous aimerions tous pouvoir répondre. » Ses projets restent nombreux, entre tournées et albums, puisqu’il vient également de terminer un enregistrement avec Jackson Browne. Comme il le confiait à Challenges, Paul rêve encore de travailler en collaboration avec tant d’autres artistes talentueux comme Carlos Santana, Eric Clapton, Stevie Wonder ou Robert Glasper. Mais en attendant, Beaubrun reste fidèle à ce qu’il est et ce en quoi il croit : « La seule chose qui soit réelle, la seule chose qui soit vraie, c’est la musique ! Celle qui vous émeut et qui reflète ce que vous ressentez au fond du cœur. Si l’on reste authentique, on ne peut jamais se tromper. »

Profondément enraciné dans sa culture Haïtienne, Paul Beaubrun cherche par la musique à conquérir le monde. Sa devise est comme son dernier album, Ayibobo, qui signifie bénédiction en Créole. C’est ainsi qu’il vit au quotidien, dans la gratitude pleine et entière : « Je reste un homme simple, je vis dans le respect de chaque être vivant, j’apprécie chaque moment et chaque bénédiction qui se présentent a moi. »

Leslie Gelrubin Benitah