Patricia Michaële Amédée Gédéon

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Mercredi 22 août 2018 à l’hôpital Bernard Mevs, la route a tué celle qui, deux jours plus tôt, avait volé au secours d’un accidenté sur la voie publique. Ironie du sort, la surprise créée par ce décès tragique est quasi-générale, comme si la loi naturelle de la mortalité ne pouvait pas s’appliquer au Dr Michaële Amédée Gédéon.

 

 

Pour ses amis comme pour ses proches, voire pour ceux qui ne la connaissaient qu’à travers ses engagements au sein du corps médical haïtien, l’ipséité de Michaële Amédée Gédéon, femme dotée tout au long de sa vie d’une volonté quasi-obsessionnelle d’aider les autres, demeure irremplaçable. La disparition de la première femme ministre de la Santé publique en Haïti est incompensable. Sa mort prématurée, quoique le Dr Gédéon fût déjà souffrante, souligne malgré tout le côté accidentel de son départ. Comme si le dieu de la mort avait voulu se moquer des titanesques efforts consentis par Michaële Amédée Gédéon de son vivant pour renforcer la médecine d’urgence en Haïti, celle-ci, blessée dans un accident de la circulation le mardi 21 août 2018 sur la route nationale # 2, transportée à l’hôpital Bernard Mevs (Ouest), a pourtant succombé le lendemain, par faute de soins d’urgence, à l’hôpital des Cayes (Sud).

Premiers diagnostics : « Une rupture d’organes internes. Son foie, sa rate ainsi que son colon sont attaqués. Perte importante de sang. Chute de sa tension artérielle (6/9) ; état de choc hémorragique… ». Hélas ! Pour celle qui fut trois fois présidente de la Croix-Rouge haïtienne, entre février 2001 et septembre 2013, pas une pochette de sang n’était disponible ce jour-là aux salles d’opération de l’OFATMA de la troisième ville du pays. N’y a-t-il pas lieu de voir ici une cruelle ironie du destin contre celle qui a dédié toute sa vie à sensibiliser les gens sur le fait «qu’une goutte de sang peut sauver une vie ». De là, commence-t-on à comprendre pourquoi le décès de quelqu’un est toujours un scandale. Pourquoi la disparition de Michaële Amédée Gédéon a surpris tout le monde comme si celle-ci était la première à mourir, ainsi aurait dit l’écrivain roumano-français Eugène Ionesco. 

Une vie bien remplie
« Patricia Michaële Amédée Gédéon a vécu sa mort ». Titre d’un article d’une agence en ligne qui rendait un hommage post-mortem à celle qui, de 1980 à 1988, avait mis ses compétences et son intelligence au service de la sécurité alimentaire dans au moins six pays à travers le monde, les États-Unis, l’Égypte, les Philippines, la Jamaïque, l’Équateur et le Guatemala. On ne saurait mieux dire ! C’est comme si, dirait-on, depuis le jour où cette femme qui laisse sa marque profonde à l’histoire de la Médecine en Haïti a fait le serment d’Hippocrate, la Grande faucheuse était là, patiente à ses côtés, attendant le bon moment pour l’arracher des bras de celui-ci avec qui elle a vécu plus de quarante années de mariage. L’époux de la défunte, le Dr Eddy Gédéon, n’oubliera jamais entre autres qualités sa « rectitude sans faille ». En intégrant la Faculté de médecine de l’Université d’État d’Haïti (UEH) en 1969, Michaële s’était donné pour objectif majeur d’améliorer les conditions de santé de la population haïtienne. D’un point de vue personnel, elle aura tout essayé. Se sentant comme investie d’une mission envers Haïti, Michaële Amédée, lauréate de sa promotion aux Cours International sur les Sciences de la Nutrition et de l’Alimentation (CISNA) à l’Université d’État de Gand (Belgique) en 1981, avait refusé, sans tergiversation, une offre alléchante du Gouvernement américain qui souhaitait bénéficier de ses services. Aujourd’hui, elle laisse le bilan de sa vie entre les mains de ceux qui l’ont bien connue. L’être exceptionnel qu’elle fut vit aujourd’hui dans les témoignages dithyrambiques de ses amis et de ses proches. Paix à son âme !

Georges Allen