Pascale Monnin, Reine de Dak’art

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Les volets bleus de la maison de Pascale. David Damoison
Les volets bleus de la maison de Pascale. David Damoison

Seule artiste à représenter Haïti à DAK’ART, la Biennale 2018 de Dakar au Sénégal, Pascale Monnin s’arrogeait le cœur de cette rencontre d’art contemporain avec sa puissante installation baptisée Matthew…

La Biennale de Dakar, intitulée aussi Dak’Art, est l’une des principales manifestations d’art contemporain africain à consacrer exclusivement sa sélection aux artistes vivant sur et hors du continent. Instituée par l’État du Sénégal depuis 1989 avec une première édition dédiée à la littérature en 1990, elle s’est réservée à l’art contemporain lors de la deuxième édition en 1992, avant d’être définitivement consacrée à la création africaine contemporaine à partir de 1996.

C’est la plus ancienne biennale de ce genre en Afrique et la pionnière dans le développement de l’art contemporain sur ce continent, avec la plus récente Biennale du Bénin. Avec des variantes selon les éditions, la manifestation est constituée de plusieurs événements et expositions : l’exposition internationale regroupant artistes africains et issus de la diaspora, les expositions d’artistes invités, les expositions hommages, des salons ou expositions sur des thèmes spécifiques. Un festival « off » intègre des artistes de divers horizons dans des expositions à Dakar, Saint-Louis et dans les régions du Sénégal.

Haïti au cœur de DAK’ART
Cette année, « L’émancipation, la liberté et la responsabilité », étaient au centre du projet des organisateurs de la Biennale de Dakar. Il s’agit d’une nouvelle édition ouverte également aux artistes caribéens. Simon Njami, son directeur artistique, l’a baptisée l’ « Heure rouge » et l’Exposition internationale intitulée « Une Nouvelle Humanité » abritait jusqu’à fin juin les œuvres de soixante-quinze artistes venant de trente-trois (33) pays du monde. Au centre de cette biennale et de l’ancien Palais de Justice qui en est l’un des espaces, c’est l’artiste haïtienne et suisse Pascale Monnin, seule représentante d’Haïti, qui a rejoint le continent africain pour y poser une œuvre pleine de force. Ici, après l’avoir créée dans le carré Zémès en Haïti, elle est venue installer les volets volants de sa maison de Port-Salut après le passage de l’ouragan Matthew en 2016. L’installation de cette œuvre au cœur de l’événement pourrait suggérer que ce futur, cette utopie réalisable, doit avoir pour moteur le quotidien douloureux d’une part encore trop grande de la population mondiale. Cette fois, c’est autour d’un arbre que s’envolent les volets bleus de la maison de Pascale, laissant sa trace sur le continent africain, dans la plus grande manifestation d’art contemporain d’Afrique. Non loin, l’œuvre de l’artiste dominicain philippin, Marcos Lora-Read, lui faisait écho : balayé par le vent, une petite tente rouge flottait au-dessus du sol, interprétation pour la biennale d’une installation qu’il avait conçue en 2010 après le tremblement de terre, et qu’il avait baptisée « Haïti 2010 ». Deux « hispagnolais » qui se rejoignent en Afrique sur les mêmes thèmes et rappellent la fragilité de nos environnements face aux forces de la nature, et l’impact infiniment long de ces catastrophes.

Stéphanie Renauld Armand