Odette Roy Fombrun : 2016, une année pour investir chez nous

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T. MORA LIAUTAUD / CHALLENGES

Educatrice de carrière, Odette Roy Fombrun, née à Port-auPrince le 13 juin 1917 et diplômée de l’Ecole normale d’institutrices en 1935 a poursuivi des études d’infirmières à Boston en 1945. A son retour en Haïti en 1946 elle y crée la 1re école préscolaire. Des années 60 à nos jours, elle se consacre à l’éducation, aux recherches historiques et fonde en 1986 un mouvement social,  le Konbitisme.  

Dans le numéro 12 de Challenges, du 3 octobre 2015, page 43, le coordonnateur spécial du Département d’Etat pour Haïti, Kenneth Merten, conscient sans doute que le développement de nos communautés de l’intérieur est indispensable au développement national, mobilise la diaspora et l’invite à investir dans les communes haïtiennes. Pour renforcer cette invitation, nous présentons à la diaspora haïtienne le « comment faire » par le concept du Touris lakay (tourisme interne). Il s’agit d’une grande konbit (rassemblement unitaire de ressources humaines au travail) de trois forces jusqu’ici exclues dans les projets de développement. Ces trois forces sont la communauté rurale, sa jeunesse trop dispersée et sa diaspora avide d’investir et de s’investir chez elle (s’investir en Haïti et comme on dit en général investir lakay.)

Cette konbit a pour but la prise en charge et le développement du monde rural par ses propres ressortissants à partir de son potentiel, aujourd’hui à l’état latent, pour reconnaître, protéger et tirer le meilleur de son environnement, de son patrimoine naturel, culturel et historique, dans une vision d’accueil de ses enfants et de visiteurs, pour créer de l’emploi et produire de la richesse.

Le développement communautaire doit être mu par un esprit de fierté collective telle qu’elle provoque chez les Haïtiens de la diaspora assez d’enthousiasme pour devenir partie prenante de ce grand mouvement et que les visiteurs nationaux et étrangers trouvent de l’intérêt à venir découvrir et expérimenter les nouveautés proposées dans des programmes de visites touristiques bien planifiées. Le Touris lakay ne réclame aucun luxe mais exige propreté, hygiène, sécurité, accueil décent (dont des toilettes confortables) et surtout des originalités de toutes sortes (danses, artisanat, cuisine locale saine et traditionnelle…). Ce développement communautaire rural axé sur la nature, l’histoire, la culture et le potentiel humain est une voie royale de coopération entre les trois groupes sociaux précités et un encouragement à l’unification de la société haïtienne dont la grande division empêche jusque-là l’évolution. Pour implanter le Touris lakay, j’encourage la tenue de séminaires orientés vers la prise de conscience par la communauté. Je parle de la jeunesse, de la grande portée constructive du Konbitisme appliqué, du potentiel d’exploitation des richesses de sa région et surtout de son important potentiel entrepreneurial à développer.

L’organisation d’enquêtes qui feront le bilan de la situation de la zone et de toutes ses richesses exploitables – naturelles, culturelles, historiques, humaines – ainsi que de ses faiblesses, la mobilisation de la communauté pour identifier les projets de développement à entreprendre et ceux susceptibles d’attirer les visiteurs sont autant d’urgences à gérer. L’implication constructive et mobilisatrice de membres de la diaspora et d’associations issues de la région, invités à s’impliquer activement dans les projets sélectionnés par la communauté, sera de nature à promouvoir ce Touris lakay qui est un important volet de développement pour arriver à transformer en réalité notre vision : transformer Haïti en centre historique et culturel de la Caraïbe.

« LE DÉVELOPPEMENT  COMMUNAUTAIRE DOIT  ÊTRE MU PAR UN ESPRIT  DE FIERTÉ COLLECTIVE »