Nutrition: changez de régime

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Stephen Eddyson Joseph/ Challenges
Stephen Eddyson Joseph/ Challenges

La rentrée, c’est une bonne occasion de prendre des résolutions pour les petits comme pour les grands. Au cœur de notre santé se trouve l’alimentation, et les habitudes alimentaires haïtiennes ne sont pas des plus saines. C’est le moment de changer de régime… en puisant dans la production locale ce qui est bon pour toute la famille.

Crises cardiaques et problèmes d’hypertension liés au poids et à l’alimentation trop riche, diabète, obésité… les grands problèmes de santé sont au cœur des politiques de santé publique partout dans le monde, et Haïti n’y échappe pas. C’est ainsi que l’an dernier le MSPP a lancé une campagne d’éducation pour sensibiliser la population sur les meilleures pratiques alimentaires, à travers un document qui aborde les questions d’hygiène alimentaire de manière rationnelle. Comme le soulignait la ministre d’alors : «la nutrition est au centre du problème et la surveillance nutritionnelle constitue un axe d’intervention prioritaire. À ce moment précis de notre existence de peuple, nos habitudes alimentaires sont en phase de mutation extrême et dangereuse. Le secteur de la santé doit se mettre en mode opératoire plus agressif. » C’est une vérité scientifique, ce que nous mangeons a un impact sur notre santé, et le meilleur moyen de se protéger contre certaines maladies comme l’obésité, le cancer, le diabète, Alzheimer…, est de manger sain et équilibrer. Mais comment ?

Comprendre les groupes d’aliments
Au centre de la campagne se trouve la «Pyramide Alimentaire Haïtienne », une bonne référence qui peut aider les familles à comprendre la qualité des aliments qu’elles mettent dans leurs assiettes. Chaque aliment se classe dans une catégorie : ceux qui sont constructeurs, énergétiques ou protecteurs sont représentés dans cette pyramide. Par exemple, les aliments constructeurs sont constitués par les protéines comme le poisson et les fruits de mer, la viande et les volailles, les pois (et plus généralement toutes les légumineuses), le lait et les œufs. Ensuite viennent les aliments énergétiques, ceux qui diffusent sur la durée leurs calories. On y trouve le riz, les vivres (tubercules et autres), les bananes, la noix de coco, les pommes de terre, les véritables et autres farineux… Enfin viennent les aliments protecteurs, qui constituent la base de cette présentation schématique : tous les fruits et les légumes, mais aussi les herbes aromatiques et salades, susceptibles d’apporter vitamines et sels minéraux, fibres, carotène, etc.

 

Aliments énergétiques. Istock/ Getty Images
Aliments énergétiques. Istock/ Getty Images


Équilibrer son assiette:
la règle du 1 demi et 2 quarts
Une fois compris les apports de chaque type d’aliment, tout devient plus clair. L’important c’est d’équilibrer l’assiette, explique le docteur Joseline Marhone Pierre, Directrice du Programme National de Nutrition au MSPP. «L’idéal c’est de la remplir pour une moitié avec des aliments protecteurs, un quart avec des protéines (les aliments constructeurs) et un quart avec des aliments énergétiques (les sucres lents) ». Spécialiste en nutrition, professeur en Nutrition et alimentation depuis 1995, elle insiste sur l’importance de se nourrir avec des produits locaux. Lorsque l’on évoque les spaghettis comme petit-déjeuner de base des Haïtiens, elle fait la moue. « Des pâtes d’accord, mais avec des légumes verts, de l’ail, de l’oignon, mais pas avec de la pâte de tomate et de l’huile pour tout accompagnement… ». Pourquoi ne pas opter pour des céréales locales, comme l’AKA100 ou une bouillie, des œufs et du pain, une banane et du mamba pour un bon départ énergétique de la journée? Les fruits locaux sont aussi une source formidable d’apport nutritif à privilégier en boisson comme aux repas et même en morceaux dans les « boîtes à lunch » des plus petits.

 

Aliments constructeurs. Istock/ Getty Images
Aliments constructeurs. Istock/ Getty Images


Supprimer les poisons
Modifier l’alimentation est loin d’être facile, mais c’est important de changer progressivement les mauvaises habitudes. Boire moins sucré est un premier objectif. Les gazeuses sont en effet un concentré de sucre, une drogue addictive et un poison pour notre organisme car il favorise les inflammations de toute nature. L’idéal c’est de s’efforcer à réduire chaque semaine la quantité de sucre de votre café et la consommation de boissons sucrées, et autres douceurs industrielles, afin d’habituer les papilles et le cerveau à un autre goût. Les habitudes alimentaires commencent dès l’enfance. Veillez à privilégier les sucres naturels : ceux des fruits dans des jus frais, le miel, le rapadou… ou les sucres lents qui donnent de l’énergie (pain complet, riz, pâtes, vivres). Les autres ennemis de la santé sont les graisses transformées : limiter tout ce qui est frit d’une part… –car comment se passer d’un « griot » de temps en temps ?–, et la quantité d’huile et de matières grasses dans tous les plats. Enfin, réduire le sel, qui, comme le sucre, fait partie des mauvaises habitudes induites, qu’il soit sous forme de cube ou dans la salière, avec de graves incidences sur la santé, notamment en favorisant l’hypertension.

Stéphanie Renauld Armand