Notre sous- développement est lié à nos institutions

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Photographie par Ralph Thomassaint Joseph / Challenges

Enomy Germain a fait des études en Economie quantitative au CTPEA. Il est l’auteur de plusieurs articles portant sur différents aspects de l’économie haïtienne. Il a travaillé comme économiste pour diverses institutions. Il est actuellement consultant du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI).

Nous sommes du peloton des pays se trouvant au plus bas de l’échelle du développement mondial. Et dans l’Amérique latine et la Caraïbe, le mauvais élève de la classe de développement est bien Haïti. A un certain moment, la différence de développement entre les pays était expliquée par leur différence de ressources. Mais avec l’émergence de l’économie institutionnelle, des économistes et historiens de l’économie arrivent à établir que ce sont les institutions mises en place au niveau des pays qui sont l’élément explicatif par excellence de leur niveau de développement. Ceci étant dit, aucun pays ne peut aujourd’hui atteindre un niveau de développement économique et social relativement important en l’absence d’institutions appropriées. La présence d’institutions fortes est donc bien antérieure au développement. Nos autorités haïtiennes, de par leur comportement à travers l’institution étatique, penseraient le contraire. Chez nous, les institutions formelles que sont – au sens de l’historien économique américain Douglass C. North – la Constitution, les décrets et lois, les codes d’investissements, les règles établies, etc. ne veulent absolument rien dire. Dans son ensemble, l’institution étatique haïtienne est défaillante ou n’existe pas tout simplement.

Sur le plan économique, l’institution étatique assure, en règle générale, trois fonctions destinées à corriger les imperfections et à assurer les mécanismes de fonctionnement du marché : allocation des ressources, stabilisation de la conjoncture et redistribution des ressources. Lorsque ces fonctions élémentaires ne sont pas remplies, on ne saurait parler de développement économique et social. Pour arriver au développement économique, l’allocation optimale des ressources est fondamentale, l’objectif étant de chercher à accroître au maximum la production et donc la richesse nationale. L’amélioration de la conjoncture est inévitable. C’est, dans un certain sens, un préalable aux investissements productifs. La distribution des ressources, de son côté, se fait dans l’objectif de réduire les inégalités au niveau de la société. Aucune de ces fonctions n’est en réalité remplie par l’institution étatique haïtienne depuis des lustres. Autrement dit, cette institution se révèle défaillante dans le cadre de ses fonctions économiques fondamentales.

« DANS SON ENSEMBLE, L’INSTITUTION ÉTATIQUE HAÏTIENNE EST DÉFAILLANTE OU N’EXISTE PAS TOUT SIMPLEMENT »

 

D’un autre côté, nos institutions régulatrices et/ou de contraintes sont violées à longueur de journée par ceux-là mêmes qui sont chargés de les faire respecter. Ce n’est pas un hasard que la perception de la corruption est aussi élevée dans le pays, puisqu’elle est généralisée ou presque dans l’administration publique et dans d’autres compartiments de la société haïtienne. Les différentes interventions de l’Etat qui se font à travers des institutions organisées autour de l’administration appelée « Administration publique haïtienne » sont donc limitées ou tout simplement inopérantes. Comme l’a bien dit l’économiste Frédéric Gérald Chéry, « cette administration, dans l’action de l’Etat et de l’économie, se trouve dans l’impasse ». L’administration publique se révèle en conséquence être le premier et le plus grand cas d’échec institutionnel en Haïti. Dans cette situation de faiblesse institutionnelle grave, le sous-développement économique et social du pays ne peut que persister.

Haïti risque se confiner dans son sous-développement et voire s’y enfoncer davantage aussi longtemps que ses institutions ne sont pas renforcées.