Musique: Le festival international de jazz de port-au-prince fête ses 10 ans

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Du 23 au 30 janvier 2016, la 10e édition du Festival offrira plus de 30 prestations de 14 pays invités : la Belgique, le Canada, le Chili, la France, l’Allemagne, le Mexique, l’Espagne, le Japon, la Suisse, les ÉtatsUnis. On saluera le grand retour du Brésil et de la République Dominicaine et l’arrivée de Cuba et de Panama. Des rythmes « caliente » se mêleront au fameux créole jazz made in Haïti. Parmi les invités, le saxophoniste Kenny Garrett (États-Unis), Oliver Jones (Québec), la Brésilienne Eliane Elias… Programme complet sur www.papjazzhaiti.org

En dix ans, le festival international de jazz de Port-au-Prince, le PAPJAZZ, a construit sa notoriété avec des affiches originales et une atmosphère unique. Dix ans de passion et de travail acharné pour vaincre les obstacles liés à l’image du pays, à son manque d’infrastructures mais aussi pour faire comprendre que la culture est aussi un secteur économique.

 

Du 23 au 30 javier, la capitale haïtienne va vivre au rythme des concerts gratuits et des « afterhours » chaque soir dans des bars et restaurants différents. Les musiciens auront, de leur côté, comme chaque année, accès à des ateliers gratuits. Depuis dix ans, le public est invité à vivre ce festival international où les groupes et les musiciens de tous les pays se mélangent dans des rencontres improbables et uniques. Initié et porté par le couple Sandler/Widmaier et la Fondation Haïti Jazz, ce festival s’était fixé pour objectif de faire découvrir le son du jazz et du créole jazz autant aux Haïtiens qu’aux étrangers. Dix ans après, le pari semble réussi : 20 000 festivaliers ont eu le plaisir d’assister aux concerts de grands noms comme Branford Marsalis, Richard Bona Henri texier ou Kellylee Evans, mais aussi de voir dans les meilleures conditions ceux qui portent la musique haïtienne à son plus haut niveau comme Mushi Widmaier, Tabou Combo, Belo, Boukman Experyans ou Jowee Omicil. Mais la route fut longue et elle est toujours difficile…

Pourquoi du Jazz en Haïti ? 

« Et pourquoi pas ? », répond Joël Widmaier, batteur de renom et fondateur du Festival et de la fondation Haïti Jazz, qui se souvient de la genèse et qui a souvent dû répondre à cette question. « L’idée de créer un festival est venue de passionnés de musique – Enrique Montiel Gomez, numéro 2 de l’ambassade du Mexique, et nous, musiciens, Pascale Monier et moi. En 2007, nous avons pu réunir un budget pour démarrer, avec de grandes ambitions – 7 jours – et un petit public – 3 à 4 000 personnes– sur la scène « Et pourquoi pas ? », répond Joël Widmaier, batteur de renom et fondateur du Festival et de la fondation Haïti Jazz, qui se souvient de la genèse et qui a souvent dû répondre à cette question. « L’idée de créer un festival est venue de passionnés de musique – Enrique Montiel Gomez, numéro 2 de l’ambassade du Mexique, et nous, musiciens, Pascale Monier et moi. En 2007, nous avons pu réunir un budget pour démarrer, avec de grandes ambitions – 7 jours – et un petit public – 3 à 4 000 personnes– sur la scène de l’Institut français. » L’idée d’associer à l’aventure, dès sa conception, une dizaine d’ambassades étrangères en Haïti a permis de poser la première pierre. Chaque pays propose un artiste ou un groupe, validé par le conseil de la Fondation, puis prend en charge leur transport, hébergement et cachet. Mais l’apport des ambassades ne suffit pas. La fondation doit compléter le budget pour pouvoir inviter des têtes d’affiche et promouvoir les artistes locaux, mais aussi inviter la presse étrangère et assurer la logistique et la communication. Un travail de titan pour un festival qui dure 8 jours avec 30 prestations sur 10 scènes ! Seuls 3 concerts sont payants et rapportent à la fondation alors que le festival coûte en moyenne 300 000 dollars US. Une bagatelle comparée à un festival antillais ou étranger qui dispose au minimum de cette somme pour 3 jours, ou même au carnaval de Port-au-Prince qui a coûté près de 3 millions de dollars US en 2015. Depuis le début du festival, le ministère de la Culture s’est associé mais avec un apport limité à environ 40 000 USD. Depuis deux ans, le ministère du Tourisme a transformé son appui en nature en apport pécuniaire mais, là encore, de faible ampleur puisque la subvention n’atteint pas 20 000 USD.

 

Le jazz de Joël Widmaier

« Au début, le jazz était considéré comme une musique élitiste. Notre challenge était de la démocratiser, de le rendre accessible dans tous les sens du terme : compréhensible et gratuit pour le public. Nous avons aussi toujours eu en tête d’éduquer le public et les musiciens. Pour ces derniers, le jazz est devenu une possibilité. Aujourd’hui, comme tous les festivals de jazz du monde l’ont fait pour des raisons de popularité et commerciales, nous avons ouvert la programmation à d’autres musiques représentatives, donc Haïti, mais nous resterons à 65 % jazz. Musique traditionnelle, chanson, rap, kompa, le festival a accueilli toutes les tendances, avec un point d’orgue pour le jazz créole. Le jazz se mélange facilement avec les autres musiques et le créole jazz incarne bien cette capacité. Comme la Jamaïque a son reggae ou l’Amérique du Sud le latin jazz, Haïti a désormais aux côtés du kompa, un créole jazz unique qui a un énorme potentiel à promouvoir. »  

Le poids économique du festival, aujourd’hui… et demain

 

RESSOURCES DU PAPJAZZ

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IMPACT ÉCONOMIQUE ACTUEL
8 782 000 HTG
(165 000 $)

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IMPACT ESTIMÉ AVEC 150 TOURISTES
15 500 000 HTG
(290 000 $)

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Un atout culturel  et touristique
Pourtant, c’est un atout formidable pour faire parler d’Haïti et attirer sur le pays l’intérêt, d’abord des amateurs de jazz, puis celui des touristes et progressivement contribuer à l’image d’une destination qui peut faire parler d’elle pour autre chose que des élections et des manifestations… Sans oublier que le jazz a un public international qui possède un réel pouvoir d’achat. Au cours des dernières éditions, la fondation a tenu à inviter des médias internationaux comme FIP, RFI, Le Huffington Post, Le Devoir… Leur couverture de l’événement, conjuguée à une meilleure offre touristique locale, a permis de mettre en valeur le Festival comme un produit attractif pour le mois de janvier. Des packages qui peuvent inciter les amateurs de jazz, les touristes étrangers, les Haïtiens de la diaspora à venir en Haïti pour ce moment fort de la culture, sous un climat tropical parfait et avec une fréquentation très cosmopolite. Les efforts de la fondation, et particulièrement des deux locomotives de ce Festival, le couple Milena Sandler (directrice) et Joël Widmaier (président), ont commencé à payer récemment. Le PAPJAZZ, comme on l’appelle, est devenu un véritable rendez-vous. Il se veut une plateforme internationale du créole jazz : lorsque la musique traditionnelle est abordée à travers des harmonies jazz ou, à l’inverse, lorsque des classiques du jazz sont revisités avec les rythmes traditionnels par les talents locaux. C’est aussi un moment intense de la vie culturelle et du divertissement. Les sponsors ne s’y sont pas trompés et plusieurs entreprises locales supportent fidèlement les scènes publiques et les « after » dans les restaurants. Le secteur privé accompagne une initiative qui a montré combien la culture était un véritable secteur économique et pouvait devenir un vecteur de développement du tourisme pour notre pays.

Stéphanie Renauld Armand