Montréal : Un pompier d’origine haïtienne au cœur des flammes !

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Photographie par Will Prosper / Challenges

Alberto Syllion, pompier au Service des incendies de Montréal depuis 2008, travaille actuellement à la caserne 9 du quartier Saint-Michel.

Montréal compte 2 400 pompiers, parmi lesquels seulement 19 proviennent des minorités, dont 9 noirs et 4 autochtones. Quant aux femmes, il n’y en a que 31 à l’emploi du Service des incendies de Montréal (SIM).

L’un de ces neuf pompiers noirs, Aberto Syllion, ancien rappeur d’origine haïtienne connu sous le pseudonyme de Spook, s’est investi d’une mission, celle de modifier ces données, surtout lorsque nous savons que plus de 30 % de la population sur l’île de Montréal provient des minorités.

Tout a commencé en 2008, lorsque Alberto entreprit de célébrer l’obtention d’un poste de pompier au sein du SIM. Empli de fierté, il se dit « set for life » afin d’assurer l’avenir de sa famille et de son nouveau-né. Une fois la joie dissipée, il fait le même constat que durant ses études : « Les pompiers à Montréal, c’est à 95,5 % homogène : des hommes francophones blancs. C’est là que je me suis dit que j’avais une responsabilité. Là, je suis plus qu’un pompier, je suis plus qu’un gars qui a eu son job et qui est “set for life” ».

Ce feu, qui s’est allumé à l’intérieur de lui, s’embrase lorsqu’il prend la parole en tant que conférencier devant des élèves, illuminés par ce motivateur qui n’hésite pas à avouer : « Je n’étais pas bon à l’école et j’étais plutôt tannant. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas eu 90 % de moyenne que vous ne pouvez pas réussir. J’ai réussi, parce que j’ai mis les bouchées doubles ».

Proactif, le SIM comprend la nécessité de la démarche du pompier Syllion, surtout lorsqu’il s’interroge : « Quelle serait la pertinence qu’un pompier blanc aille dans ces écoles multiethniques ? À qui va-t-il passer le message ? Si on ne voit pas des gens qui nous ressemblent dans un milieu, on n’aura pas tendance à aller vers ce milieu. »

Une source d’inspiration
Celui qui joue le rôle de mentor auprès de multiples aspirants pompiers issus de la diversité, mais aussi d’aspirantes pompières, ne cache pas les efforts nécessaires requis pour devenir pompier dans un milieu contingenté, rempli de tests physiques et académiques. « Je suis devenu pompier en n’ayant aucune connaissance de ce métier. Je n’avais jamais manipulé une “chainsaw” (tronçonneuse, NDLR). Quand il y a un feu dans une maison, il faut la démonter et je n’avais jamais fait de la construction. Alors je ne connaissais pas c’est quoi un montant ou des “forens” (traverses, NDLR). C’est beaucoup plus lourd à apprendre quand nous ne sommes pas familiers avec les outils et le langage. » C’est pour cette raison qu’Alberto s’assure d’encadrer des aspirants pompiers comme Marie-Soleil Dumouchel qui vise à devenir la première pompière noire au Québec. « Avant Alberto, je n’avais jamais vu un pompier noir. Quand les gens ne voient pas un modèle qui leur ressemble, ils ne pensent pas à pratiquer un métier ou bien ils pensent que ce n’est pas pour eux ». Dans cet extrait du journal Métro du 21 mars, la jeune femme de 19 ans ajoute : « Ce qui me fait peur actuellement, c’est la manière dont mes futurs collègues vont réagir. »

Photographie par Will prosper / Challenges
Photographie par Will prosper / Challenges

C’est ici que la présence d’Alberto Syllion prend toute son importance : « Ce qui dérange le plus tous les pompiers, c’est un pompier qui ne fait pas son job, qui n’est pas à son affaire. Que tu sois noir, blanc, un homme, une femme, si tu fais ton job, tu viens de régler 90 % des problèmes des gens qui ont des commentaires négatifs à ton sujet ». C’est sûr que « le parcours est déjà difficile physiquement pour les hommes, alors imaginez pour une femme ». Mais il prend le temps de rappeler à ses disciples qu’ils vont « pratiquer le plus beau métier au monde ».

Alberto se souvient d’un « jeune noir qui finissait son programme de pompier et qui m’a dit : “Je n’avais jamais pensé devenir pompier avant que je te voie devant ta caserne”. Lui, il va pouvoir faire vivre sa famille. Ce n’est pas juste une vie de sauvée. Le plus beau projet de ma vie, c’est ça, car même si sur un groupe de 30 j’en inspire un ou deux, c’est 1 ou 2 de plus à chaque conférence. Donc, à la fin de l’année, j’en aurai peut-être sauvé une douzaine, voire une vingtaine. Jamais je pourrais faire ça comme pompier. Combien de pompiers peuvent se vanter d’avoir sauvé 4 personnes dans leur carrière en trente ans ? Je n’en connais pas ! Moi je te parle d’une vingtaine par année, ça vaut la peine ! »

Will Prosper


Atlanta: Haïti à la fashion week d‘atlanta

C’est le designer haïtien Ralph Leroy qui clôturera la Fashion Week d’Atlanta le 1er avril. Designer polyvalent et créateur de bijoux, il a su se faire un nom dans le milieu très fermé de la mode à Montréal. Depuis 2015, il a ouvert un atelier loft en Haïti et c’est désormais là qu’il prépare ses collections. C’est à lui que la Fashion Week d’Atlanta a confié la clôture de ce temps fort de la mode. Depuis sa première collection pour hommes automne-hiver 2009, il enchaîne les collections et la créativité. Six ans plus tard, et une reconnaissance toujours plus affirmée, il devient un ambassadeur de son pays d’origine, son lieu d’inspiration.

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