Le Montcel : la force de l’innovation

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PHILIPPE VILLEDROUIN, directeur exécutif du ranch. Photographies par Cossy Roosevelt / Challenges

Qui l’aurait cru, Haïti exporte non seulement des choux rouges mais aussi des choux de Bruxelles, des pommes de terre et des fraises de qualité. Des produits qui portent la marque du ranch Le Montcel transformé à partir de 2009 en jardins écologiques tout en conservant ses services d’hébergement et de restauration. Ou comment concilier tourisme et économie.

Pas moins de 400 visites sont enregistrées chaque week-end au ranch Le Montcel à Bélo (Kenscoff), se réjouit le directeur exécutif du lieu, Philippe Villedrouin. Des personnes de tout âge viennent remplir leurs poumons d’air pur et frais, consommer des produits non chimiques (totalement bio), dormir dans des chalets enfouis dans une végétation dense et, surtout, se renseigner sur des techniques agricoles simples mais efficaces. Au cours de la première année de lancement du projet (2003), la fréquentation a franchi la barre des 10 000 visiteurs, révèle Philippe Villedrouin.

A l’époque, il s’agissait d’un simple hôtel et d’un endroit pour pique-niquer surtout pendant les grandes vacances. La distance (9 km à partir de la route principale de Kenscoff) et l’état déplorable du tronçon conduisant au Montcel décourageaient la venue des touristes. Les rentrées étaient si maigres qu’il était extrêmement difficile de maintenir en vie l’entreprise, reconnaît le maître à penser du ranch. Après réflexion, l’idée a germé de monter une usine de briquettes de charbon, toujours dans le souci de contribuer à l’amélioration et à la protection de l’environnement. Une initiative de courte durée mais qui a permis de découvrir les potentialités agricoles du ranch puisque la terre est devenue très fertile grâce aux déchets organiques qui l’ont infiltrée.

La philosophie du Montcel
« On peut réussir en Haïti même dans les conditions adverses », soutient Philippe Villedrouin qui a fait du Montcel un véritable outil de développement durable. Le concept du mathématicien haïtien repose sur des axes d’intervention clés : améliorer et protéger l’environnement, intégrer et apporter de la richesse dans la communauté, garantir l’autonomie de la zone en énergie électrique, en eau, en nourriture et en finance. En 2010, année de démarrage effectif du projet Jardins écologiques du Montcel, une partie du court de tennis est cédée aux fraises et, sur environ deux carreaux de terre, les plantations varient d’une espèce à une autre dûment identifiées : choux-fleurs, choux rouges, choux de Bruxelles, mirliton, croupier, céleri, etc. Pour augmenter la production de fraises, Philippe Villedrouin privilégie la culture par étages. A ce niveau, l’unité de recyclage joue un rôle important en combinant récipients de cinq gallons d’eau et tuyaux en plastique pour monter des colonnes de quatre plateformes. Un système d’arrosage muni de pompe est installé et un lac à poissons permet de mesurer le degré de toxicité des jardins au beau milieu desquels des salons sont installés pour les visiteurs. Les fraises sont constamment entourées de musique classique qui, selon Philippe Villedrouin, participe à l’émancipation de ces plantes.

Le secret de Philippe
« Je suis un mathématicien, un autodidacte, un homme à tout faire, indique le directeur du ranch. Mes connaissances dans le domaine de l’agriculture sont puisées dans un petit livre à 50 centimes imprimé par Henri Deschamps. » Comment planter une pomme de terre, c’est le fameux ouvrage qui lui a servi de guide dans toutes ses initiatives. Pour avoir concrétisé son rêve le plus cher, celui de créer un outil de développement durable en Haïti, il compte aujourd’hui le pérenniser, le dupliquer et le répliquer. A commencer par faire du Montcel une université ouverte aux jeunes, aux étudiants, aux agronomes, entre autres. En ce sens, le site est accessible à tous pour les promenades, les pique-niques, moyennant une petite contribution qui donne droit aussi à un goûter bio. Les fruits et légumes consommés au ranch Le Montcel proviennent des jardins écologiques dont la grande partie de la production est commercialisée ou exportée.

 CHAQUE WEEK-END, 400 visiteurs profitent d’une vue exceptionnelle sur les montagnes de Kenscoff.
CHAQUE WEEK-END, 400 visiteurs profitent d’une vue exceptionnelle sur les montagnes de Kenscoff.

Maintenir la philosophie
« Au Montcel, le mot aide est proscrit », martèle Philippe Villedrouin rejetant toute idée d’assistance de l’Etat ou d’organisations non gouvernementales. L’important pour lui est d’innover, de mettre les gens au travail et de surmonter toutes les difficultés quotidiennes. Dans les jardins et au niveau de la salle d’emballage, de nombreuses personnes travaillent et contribuent aux progrès de l’entreprise. Les idées novatrices de Philippe Villedrouin permettent au pays de gagner des billets verts et la communauté évoluant aux alentours du Montcel de pouvoir améliorer ses conditions de vie. Avant 2003, la localité de Bélo était méconnue de tous ou presque. Aujourd’hui, elle représente « l’Haïti de demain », comme le proclame la pancarte à l’entrée des lieux, et avec Le Montcel, elle devient une destination touristique. Tout un chacun est invité à s’y rendre pour vivre la beauté des montagnes de Kenscoff.

 LES FRAISES comptent parmi les produits exportés par Le Montcel.
LES FRAISES comptent parmi les produits exportés par Le Montcel.

Cossy Roosevelt