Mieux gérer notre potentiel hydraulique

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Ralph Thomassaint Joseph / Challenges

Lionel Rabel est ingénieur hydrogéologue. Diplômé en Génie civil de la faculté des Sciences en Haïti, il est titulaire d’une Maîtrise de l’université Nancy 1 (France) et spécialisé en Planification des ressources en eau de l’université Los Andes (Merida, Venezuela). Il a été professeur à la faculté des Sciences de l’UEH, à la faculté d’Agronomie et à l’université GOC.

L’eau est indispensable à la vie. C’est une ressource naturelle renouvelable mais non inépuisable, d’où la nécessité d’apprendre à la gérer et à la conserver. Au cours de mes trente dernières années d’expériences professionnelles, j’ai eu la chance d’arpenter le pays, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, pour effectuer des travaux de forages, de captages et d’études. Ceci m’a permis de constater que plusieurs zones du pays sont encore non étudiées et que l’accessibilité à l’eau est un problème récurrent. Le manque d’eau peut être considéré comme un frein au développement social, économique et à la protection de l’environnement. La disponibilité en eau par pays et par habitant est liée à la superficie du pays et à la densité de sa population. En nous référant aux normes internationales, un pays est considéré en état de stress hydrique ou en état de déficit d’eau quand les ressources en eaux renouvelables sont inférieures à 1 000 m3 par habitant et par an. Selon les données fournies par la FAO, Haïti dispose de 1 261 m3 par an et par habitant ; ce qui nous place proche de cette limite et indique que nous tendons vers un déficit en eau.

La hauteur de précipitation, facteur déterminant pour la disponibilité, est la quantité d’eau que reçoit chaque pays. La hauteur de précipitation des pays de la région est proche : une moyenne de 1 310 mm/an à Cuba, de 1 410 en République Dominicaine et de 1 440 pour Haïti. La consommation d’eau par habitant varie selon les pays. Elle est de 2 000 m3/an/hab (m3 par an par habitant soit 530 000 gallons) aux Etats-Unis, de 900 m3/an/hab (soit 238 000 gallons) pour l’Union européenne. Pour les pays de notre région, elle se chiffre à 684 m3/an/hab à Cuba et 714 m3/an/hab en République dominicaine. En Haïti, elle est de 148 m3 /an/hab (40 000 gallons). En comparaison de la consommation et de la disponibilité, Il nous reste encore une marge importante. Présentement, nous n’exploitons qu’un dixième de notre disponibilité ; ce qui porte à croire que nous devrions nous pencher sur le volet de la distribution et de l’accessibilité de cette ressource.

Qu’en est-il de la réserve en eau souterraine et des possibilités de stockage ? Ces réserves sont mal connues. Bien que les terrains sédimentaires représentent plus de 60 % de la surface du pays, seules les plaines alluviales proches des villes sont étudiées. Nous ne disposons d’aucune information sur les nappes des massifs calcaires. Ce potentiel hydraulique n’est donc pas quantifié.

Les eaux renouvelables particulièrement les eaux de surface se jettent à la mer et ne sont pas stockées. Seul le barrage de Peligre terminé en 1956 constitue un réservoir d’eau important à l’échelle du pays. Les autres pays de la région comme Cuba et la République dominicaine n’ont entamé des projets similaires qu’en 1972 soit vingt ans plus tard. Depuis, ils ont mis en place plus d’une dizaine de réservoirs de stockage d’eau de surface, augmentant ainsi leur disponibilité pour desservir leur population. Comparativement, on retrouve une disponibilité de 3 384 m3/an/hab pour Cuba et 2 259 m3 /an/hab pour la République dominicaine et 1 261 m3/an/hab comme mentionné plus tôt pour Haïti.

Haïti dispose de ressources en eaux renouvelables en quantité acceptable ; nos disponibilités en eaux souterraines sont en partie méconnues et notre capacité de stockage (réservoirs et barrages) est l’une des plus faibles de la région. Notre consommation actuelle est largement inférieure à notre disponibilité. Ainsi, notre faiblesse se situe essentiellement au niveau de l’exploitation et de la gestion de cette ressource. Pour y remédier, il faut donc la mise en place d’une politique générale et concertée pour une meilleure accessibilité à l’eau. Un modèle de gestion et de coordination des interventions s’avère également nécessaire afin de pallier les perturbations liées aux changements climatiques et à la croissance de la population dans les années à venir.