Michel Chancy

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Photo by Timothé Jackson / Challenges

Œil malicieux et sourire affable, Michel Chancy est un homme de terrain et un médecin vétérinaire par vocation. Secrétaire d’Etat à la Production animale depuis 2008 il accomplit sa mission avec dévouement.

Michel Chancy est né en Haïti mais laisse le pays très tôt, le jour de ses 4 ans, avant de grandir au Canada. Fils de Max Chancy, éminent professeur, intellectuel et homme politique qui a marqué tant la société haïtienne que canadienne, où il a vécu longtemps en exil. Sa mère, Adeline Magloire Chancy, a été secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation en 1996 sous le gouvernement du président René Préval et ministre à la Condition féminine et aux Droits de la Femme de 2004 à 2006 sous la présidence provisoire de Boniface Alexandre. Lorsque Michel Chancy décide d’entreprendre des études de médecine vétérinaire, il se tourne vers un pays plus proche des caractéristiques d’Haïti que le Québec. Il est ainsi diplômé en médecine vétérinaire et en zootechnie de l’Université nationale autonome du Mexique. En 1986, à 25 ans, il retourne vivre en Haïti. Il est le cinquième vété- rinaire d’un pays qui, à l’époque n’en comptait que quatre, tous hauts fonctionnaires du ministère de l’Agriculture. Face à l’immense fossé qui lui semble séparer les besoins des paysans de la réalité du suivi vétérinaire, il se tourne vers la formation et prend la route de Hinche où il travaille dans une école de formation de techniciens agricoles polyvalents: « Il faut plusieurs catégories de professionnels, j’ai préféré me consacrer à la formation et donner des outils pour aider les paysans ». Il croit notamment au renforcement des associations paysannes pour que des cadres, en leur sein, puissent fournir des services de base. C’est ce qui le conduira à systématiser la formation d’agents vétérinaires. Une mission qui allait à l’encontre de la politique d’Etat élitiste. « On criait au scandale, comme si l’existence d’agents vétérinaires pouvait dévaluer la fonction du médecin, alors que, dans le même temps, personne n’était formé, sauf cinq ou six boursiers en vingt ans », constate Michel Chancy en souriant.

Sa philosophie le conduit également à fonder Veterimed, une ONG haïtienne spécialisée en santé et production animales qu’il a dirigée de 1991 à 2008. C’est sous sa direction que naît, en 2000, le projet LÈT AGOGO. Il reçoit le premier prix des meilleurs projets d’innovation sociale de l’année, lors d’un concours conjoint réalisé par la CEPAL et la Fondation Kellogg à Santiago, au Chili, parmi 1 200 projets de 35 pays. En novembre 2006, il reçoit le prix Latin Trade Bravo de Leader humanitaire de l’année. Nommé secrétaire d’État à la Production animale dans le gouvernement de Michèle Pierre-Louis, entré en fonction le 23 septembre 2008, il fut maintenu à son poste par les premiers ministres successifs Jean-Max Bellerive, Garry Conille, Laurent Lamothe et Evans Paul, tant sous la présidence de René Préval que de Michel Martelly. De janvier 2010 à juin 2010, il coordonne la Commission responsable de la distribution de l’aide alimentaire et de l’eau créée suite au séisme du 12 janvier. Le 7 septembre 2012, Michel Chancy a reçu du Brésil la distinction de Commandeur de l’Ordre de Rio Branco. Une distinction qui lui est octroyée par la présidente brésilienne, Dilma Roussef. Alors que le monde est en pleine crise alimentaire, Michel Chancy sait que le défi qu’il a à relever est la relance de la production locale. Après le séisme, convaincu qu’il faut réorienter l’aide alimentaire sur les intrants locaux, il se bat pour faire rentrer le lait dans les cantines scolaires et obtient finalement gain de cause avec l’appui du Brésil qui finance pendant trois ans la distribution de lait dans les écoles. Plus largement, il se bat pour que l’ensemble des filières animales soit mieux organisé, modernisées et tra- çables. Face aux importations alimentaires, Michel Chancy répond avec calme et fermeté : « Il n’y a pas d’interdiction mais des conditions: si l’on envoie vers Haïti des rejets ou des produits de mauvaise qualité ou bien ne pouvant être produits par des fermes certifiées, on ne peut pas accepter ces produits. Or la République dominicaine n’a aucune ferme agréée. Exiger la qualité et des taxes… c’est le seul moyen de protéger notre production ».

Stéphanie Renauld Armand