Max Pénette

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Photo by Roberto Stephenson

Homme de chiffres, Max Pénette est aussi un homme de lettres et un personnage qui, du haut de ses 95 ans, partage avec ses contemporains une riche expérience d’éducateur mais aussi d’homme engagé dans le développement de son pays, honoré près d’une dizaine de fois par de multiples ordres et institutions.

Assis dans son fauteuil, Max Pénette lit tranquillement son journal, comme chaque matin. Le ballet des visites a déjà commencé, car cet ancien édile de Pétionville, mais surtout grand homme d’éducation, est un personnage, au sens français comme au sens haïtien. Tous ses visiteurs valorisent ses précieux conseils. Né en 1920, Max Pénette fait toutes ses études classiques à Saint-Louis-de-Gonzague et s’oriente vers des diplômes d’ingénieur civil et de mathématiques; des diplômes qu’il complétera tout au long de sa vie par des formations en France et en Allemagne. Entré major de sa promotion à l’ESA (ancienne dénomination de l’Ecole Polytechnique), il en sort également lauréat en 1946.

La vocation de l’éducation

Sa marotte ce sont les chiffres… sa vocation, l’enseignement. Max passera donc de l’enseignement en tant que professeur pour des élèves de l’école d’Arpentage au Lycée Alexandre-Pétion à l’enseignement destiné aux enseignants eux-mêmes. Formateur du Programme national du ministère de l’Education, il est désigné pour en élaborer les programmes officiels de mathématiques modernes. C’est dans ce cadre qu’il acquiert de nouvelles expériences dans le secteur de l’éducation en France, en Allemagne, aux Etats-Unis et au Canada. Pas un professeur de mathématique en Haïti, ou presque, qui ne l’ait eu comme mentor, entre 1939 et 1996. Max Pénette a été professeur à l’Ecole Polytechnique (1946-61) et à l’Ecole Normale supérieure, dont il fut également le Doyen. Professeur au sein de plusieurs écoles secondaires, il fonde et dirige le collège Max-Pénette à Pétionville. Il est également le fondateur, en 1950, de l’Ecole des ouvriers du bâtiment et de l’Ecole haïtienne par correspondance, première du genre en Haïti. Il a également enseigné au cours Georges-Duhamel, devenu le lycée Alexandre-Dumas.

Homme de bien

En 1977, Max Pénette est élu maire de Pétionville. Il dirigera la commune pendant cinq ans, sans laisser ses multiples activités et fonctions: président de la Fondation du Rotary et du Rotary Club, vice-président du conseil de l’Institut haïtiano-américain, membre honoraire de plusieurs équipes de football. Il collectionne également les médailles et gratifications: Ordre international du Bien Public, Ordre de l’Education nationale haïtienne, ordre du Mérite du Rotary international, Médaille d’honneur de l’institution Sainte Rose de Lima… la liste est longue et ne traduit pourtant pas l’ampleur des actions et bienfaits de Max Pénette. De 1993 à 2000, il préside Espace SA, la société qui gère le Parc du Souvenir. Jamais vraiment à la retraite, Max a toujours dans son bureau de la rue Geffrard un écolier ou un étudiant à ses côtés, un cahier ouvert devant eux. Convaincu que l’éducation est la seule voie vers le développement, Max Pénette fonde avec sa fille, Maryse, et son gendre Daniel Kedar, la fondation Progrès et Développement (Prodev) en 1995. L’une des premières missions que se fixe Prodev sera l’éducation des jeunes en conflit avec la loi, détenus à Delmas 33. Le « personnage » devient leur grand-père à tous. Des jeux d’échecs aux salles de classe improvisées dans la cour de la prison, Max Pénette est un infatigable confident et mentor, confiant de pouvoir inculquer à ces jeunes en perdition un peu de ses valeurs, de quoi s’équiper pour un autre départ… et un peu d’espoir. Après le tremblement de terre et quelque mois d’enseignement sous les tentes, Prodev a fondé l’école pilote de Zoranje. Max n’enseigne plus mais les enfants de Zoranje, et avec eux tous ses anciens élèves, savent qu’ils ont un grand-père attentif aux progrès de chacun et à celui de l’éducation en Haïti.

Stéphanie Renauld Armand