Marie Marcelle Deschamps

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Photographie par Georges H. Rouzier / Challenges

Membre fondateur des Centres Gheskio, Marie Marcelle Deschamps est une pionnière dans la lutte contre le Sida en Haïti, reconnue dans le monde pour son expertise. Elle est aussi une infatigable combattante contre la pauvreté.

Marie Marcelle Deschamps a traité les premiers cas de Sida en Haïti en 1979, alors qu’elle était résidente en Médecine interne à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti. Elle a ensuite étudié les maladies infectieuses et immunologiques aux Etats-Unis, au National Institute of Health du Maryland en 1982, puis la médecine tropicale au Walter Reed Army Institute of Research à Washington et aux Center for Disease Control (CDC) à Atlanta en 1984. C’est donc un médecin très spécialisé et une femme décidée qui revient en Haïti en 1984 pour lutter contre le fléau du Sida et de la pauvreté. Cette mission, elle la poursuit avec les Centres Gheskio dont elle est membre fondateur et secrétaire générale. Cette institution de santé, reconnue d’utilité publique par l’Etat haïtien, est également un centre de renommée internationale reconnu comme le principal centre de référence en Haïti pour la prise en charge du VIH/Sida/IST/TB et des pathologies associées. Parmi ses autres publications, le Dr Deschamps a publié en 1996 le premier manuscrit qui décrit le mode de transmission hétérosexuel du VIH chez les couples discordants en Haïti.

Expert émérite, Marie Marcelle Deschamps est reconnue par de multiples comités nationaux et internationaux, missions ou groupes de recherche. Elle participe également à différents panels portant sur le VIH/Sida et la pauvreté. En 1995, face à l’augmentation du nombre de femmes atteintes de la pathologie, elle intègre l’Unité de Santé de la Reproduction aux centres Gheskio, offrant aussi une prise en charge aux victimes de violences sexuelles et des services d’encadrement et de prise en charge aux travailleurs du sexe. Elle milite également pour l’accès au microcrédit des femmes et de leurs familles et l’accès à l’emploi. Depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, elle a travaillé à la mise en place au Gheskio d’une école primaire pouvant accueillir plus de 300 élèves provenant des zones marginalisées des quartiers vulnérables ou bidonvilles avoisinants (Cité de Dieu, Cité l’Eternel) afin d’améliorer les conditions de vie des familles vulnérables. En 2013, en collaboration avec le PNUD, elle a même installé une école professionnelle – les Ateliers 83 – qui vise à réinsérer dans la vie professionnelle des femmes chefs de famille en situation de vulnérabilité. Ces femmes produisent des meubles en bois et fer, des œuvres d’art en papier mâché, tissus, peinture et sérigraphie.

Reconnue internationalement
Marie Marcelle Deschamps, femme, médecin, auteur et coauteur de plusieurs articles décrivant l’histoire naturelle du Sida en Haïti, de ses modes de transmission et prévention, a été honorée en 1987 du International Award for AIDS Research par la World Federation of Contraception and Health. En 2004, le MSPP et l’ONU-Sida en Haïti, lui ont remis un prix honorifique pour sa lutte contre le Sida et les problèmes relatifs concernant les femmes et, en septembre 2005, le président français Jacques Chirac l’a décorée du grade de Chevalier de l’Ordre national du Mérite. Elle a également été couronnée en 2007 par l’Association médicale haïtienne du prix « Pionnier dans la lutte contre le Sida en Haïti » et invitée à la Maison blanche à la Conférence des Amériques par le président George W. Bush pour sa contribution dans la lutte contre le Sida et la pauvreté dans les Amériques. Décrétée Trésor national vivant par le ministère des Affaires sociales et la Fondation Canez-Auguste, elle s’est vue décerner en 2008 le Prix Marie-Curie par l’Unesco pour ses travaux de recherche en Haïti. En 2010, elle a reçu le prix honorifique de la Fondation Gates pour son travail (Gates Award for Global Heath).

Stéphanie Renauld Armand